Lundi 31 mars, le quotidien La Prensa a révélé un nouvel acte de profanation institutionnelle : la Curie épiscopale de Matagalpa a été confisquée par le régime dictatorial du Nicaragua. Ce geste, loin d’être isolé, s’inscrit dans une politique de répression systématique menée par le président communiste Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo contre l’Église catholique, ses pasteurs et ses fidèles.
Le bâtiment, construit dans les années 1930 comme palais épiscopal, avait déjà été saisi en août 2022 lors d’une offensive policière contre les paroisses du diocèse. Cette opération avait conduit à l’arrestation de plusieurs membres du clergé, dont Mgr Rolando Álvarez, évêque de Matagalpa. Condamné en 2023 à 26 ans de prison pour « trahison » et privé de sa nationalité — en violation manifeste du droit international — l’évêque a été contraint à l’exil en janvier 2024, dans le cadre d’un accord avec le Saint-Siège.
Désormais apatride, Monseigneur Álvarez, tout en maintenant un profil discret, n’a cessé de prier pour son peuple. Lors de sa première messe publique célébrée en décembre à Séville, il rappelait avec force : « Je suis un évêque pour l’Église universelle (…) Je resterai évêque de Matagalpa aussi longtemps que Dieu le voudra. » Une déclaration de fidélité et de service pastoral qui a déclenché l’ire du régime, lequel a répondu par une violente note diplomatique accusant le Vatican de « porter atteinte à la souveraineté nicaraguayenne » et, comble de l’ignominie, l’a associé à des crimes de pédophilie et d’inquisition.
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Ce dernier outrage souligne une évidence : la stratégie diplomatique du Saint-Siège, fondée sur la prudence, le silence et le compromis face aux régimes autoritaires, semble de plus en plus inefficace. Au lieu d’obtenir des ouvertures ou des protections pour les fidèles, elle semble donner libre cours aux tyrans pour humilier davantage l’Église.
La confiscation de la Curie de Matagalpa — transformée en centre de santé lié à l’Institut national de sécurité sociale — n’est qu’un exemple parmi d’autres. Ces dernières semaines, dix nouvelles organisations chrétiennes ont été dissoutes, portant le nombre total des fermetures forcées ou « volontaires » à plus de 5 660 depuis décembre 2018.
On peut désormais se poser la question : que reste-t-il de la liberté religieuse au Nicaragua ? Et jusqu’à quand l’Église acceptera-t-elle, au nom d’une paix illusoire, d’être humiliée, dépecée, et trahie jusque dans ses fondements les plus sacrés ?À l’heure où même les reliques sacrées sont profanées, où les pasteurs fidèles sont contraints à l’exil, ne serait-il pas temps que la diplomatie vaticane cesse de dialoguer avec le silence et commence à nommer le mal, comme le firent les papes face aux totalitarismes du siècle passé ? Comme l’a rappelé saint Jean-Paul II : « Le silence face au mal est lui-même un mal. »