Dans l’ombre des cérémonies et des grandes décisions de l’Église existe une fonction presque invisible mais essentielle au quotidien du pontife. La nomination du nouvel assistant de chambre du pape révèle la place singulière de ce rôle au Vatican, fondé avant tout sur la confiance personnelle, la discrétion et une proximité constante avec la vie privée du Saint-Père. Quand la nouvelle est tombée au Vatican le jeudi 5 mars, elle a immédiatement suscité l’attention : le pape Léon XIV a choisi un membre de la Garde suisse pontificale pour devenir son nouvel assistant de chambre.

Le lieutenant Anton Kappler devient en effet le nouveau majordome du pape, succédant à Piergiorgio Zanetti, parti à la retraite la semaine dernière.
Né le 16 août 1979 à Wattwil, Anton Kappler est membre de la Garde suisse pontificale depuis février 2001. Son parcours au sein du corps témoigne d’une longue expérience et d’une solide connaissance de la vie interne du Vatican.Pendant de nombreuses années, il a été responsable de l’armurerie, une fonction exigeant rigueur et sens des responsabilités. Avant sa nomination au grade de lieutenant, il avait également servi comme sergent de section. Plus récemment, en tant que lieutenant, il était chargé de la gestion de la troisième section, dans laquelle sont également intégrés les membres de la bande musicale de la Garde suisse.Avec cette nomination, le pape Léon XIV confie donc cette mission délicate à un homme issu du corps chargé traditionnellement de sa protection.
La fonction d’assistant de chambre, souvent assimilée à celle de majordome du pape, occupe une place singulière dans l’entourage pontifical. Il s’agit d’une figure peu visible, rarement mentionnée dans les documents officiels, mais essentielle dans l’organisation de la vie quotidienne du Saint-Père.
Le majordome n’est pas seulement un collaborateur de haut rang. Il est aussi le gardien de la vie privée du pape, celui qui voit ce que presque personne ne voit et qui accompagne le pontife dans les moments les plus ordinaires de la journée. La mission exige une confiance absolue, une grande discrétion et un dévouement constant. Au fil des décennies, certains assistants de chambre sont devenus des figures marquantes de la vie pontificale. Parmi eux figurent notamment les assistants de Jean XXIII, les frères Giampaolo Gusso et Guido Gusso. Mais l’exemple le plus célèbre reste sans doute celui de Angelo Gugel, fidèle majordome de Jean-Paul II pendant les 27 années de son pontificat.
Angelo Gugel fut longtemps une véritable institution dans l’appartement pontifical. Ceux qui l’ont connu évoquent un homme discret, efficace et toujours présent, sans jamais être envahissant. Sa relation avec le pape polonais reposait davantage sur des gestes quotidiens simples et une confiance profonde que sur le protocole.
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L’histoire de cette fonction n’a cependant pas toujours été sereine. Le cas le plus connu reste celui de Paolo Gabriele, assistant de chambre de Benoît XVI
En 2012, il fut accusé d’avoir soustrait et diffusé des documents confidentiels provenant de l’appartement pontifical, affaire devenue célèbre sous le nom de Vatileaks. Selon ses propres déclarations, il pensait agir pour révéler des problèmes et des situations de corruption au sein de la Curie. Le scandale secoua profondément le Vatican, précisément parce qu’il impliquait l’une des personnes les plus proches du pape. Entre l’image classique incarnée par Angelo Gugel, faite de fidélité et de discrétion, et l’épisode douloureux du Vatileaks, l’histoire des assistants de chambre rappelle combien ce rôle est délicat.
Toujours présent mais presque invisible, le majordome du pape ne participe pas aux grandes décisions de l’Église. Pourtant, dans la vie quotidienne du pontife, il demeure l’un des rares témoins silencieux de la dimension humaine du ministère pétrinien, une réalité que le monde voit rarement.Avec la nomination d’Anton Kappler, le pape Léon XIV confie désormais cette mission à un officier de la Garde suisse appelé à exercer l’une des fonctions les plus discrètes mais aussi les plus proches du cœur de la vie pontificale.


