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Quand la “diversité” devient une injonction : le prêtre assomptionniste Alibert entend transformer le pèlerinage de Chartres

Le père Arnaud Alibert ( à droite) - DR
Le père Arnaud Alibert ( à droite) - DR
"C’est comme aller à un concert de musique classique et demander aux musiciens de jouer du jazz"

Par Philippe Marie

Le débat diffusé le 15 janvier dernier, sur Radio Notre Dame (RCF ) ,aura eu le mérite de mettre en lumière un malaise profond au sein de l’Église de France. En cause, les propos du père Arnaud Alibert, prêtre assomptionniste du diocèse de Paris, responsable de foyers étudiants, accompagnateur spirituel de Routes bibliques ( société qui organise de pèlerinages) , et par ailleurs rédacteur en chef du journal La Croix, propriété de la congrégation des Assomptionnistes.

Le père Alibert ( à gauche) l’abbé Matthieu Raffray ( à droite )

Ce malaise tient en une question simple, presque brutale par son évidence. Comment expliquer que le pèlerinage de Chartres, organisé par l’association Notre-Dame de Chrétienté, rassemble sans difficulté près de 20 000 fidèles, en majorité des jeunes, au point de devoir refuser des inscriptions, tandis que d’autres pèlerinages, portés par des structures institutionnelles, peinent à mobiliser ? Face à l’abbé Matthieu Raffray, assistant du supérieur général de l’Institut du bon Pasteur, le père Alibert ne semble pas s’interroger sur les raisons fondamentales de cet écart. La question n’est pas, dans son propos, pourquoi certains pèlerinages fonctionnent et d’autres non. Elle devient celle de savoir comment imposer ce qu’il appelle la « messe universelle » à des fidèles qui expriment pourtant clairement leur attachement au rite tridentin, dans une obéissance reconnue par le Saint-Père et envisage même d’assouplir les restrictions qui lui sont imposées.

Comme l’a résumé l’abbé Raffray, « la présentation est biaisée ». Vouloir s’infiltrer dans un pèlerinage qui a sa cohérence spirituelle et liturgique pour y imposer un autre rite relève-t-il réellement d’une démarche d’écoute ou de fraternité ?

Louis Daufresne, animateur du débat,l’a formulé avec une image parlante : « c’est comme aller à un concert de musique classique et demander aux musiciens de jouer du jazz « .Le décalage est manifeste, l’incohérence aussi.

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Le père Alibert reconnaît pourtant que ce pèlerinage attire de nombreux jeunes, et que ces jeunes sont heureux d’y participer. Mais il poursuit en affirmant que « certains viennent chercher la messe traditionnelle parce qu’elle est donnée », suggérant presque qu’elle serait imposée. Puis il ajoute que « les 16 000 pèlerins ne viennent pas chercher la messe traditionnelle », (alors même qu’ils sont en réalité près de 20 000 ) : suggérant ainsi que si la messe traditionnelle n’était plus permise à Chartres,ca ne serait pas véritablement un problème. Le propos devient alors explicite. Puisque ce pèlerinage marche, puisqu’il rencontre le succès, l’Église devrait, selon lui, y manifester « sa diversité et sa capacité de communion« , autrement dit introduire d’autres formes liturgiques.

Le paradoxe est frappant. Vivre la diversité en imposant à l’autre sa propre vision de la diversité.

Comme le souligne encore l’abbé Raffray, l’idée surgit précisément maintenant que ce pèlerinage fonctionne. Reconnaissons que certains prêtres, constatant l’échec de leurs propres initiatives, sont tentés non pas de se remettre en question, mais d’accaparer ce qui marche déjà. Or, la démarche la plus honnête serait peut-être de se demander pourquoi certains pèlerinages ne fonctionnent pas, d’observer ce qui porte du fruit et ce qui n’en porte pas. Cela exige de l’humilité, une remise en cause de certains a priori et de certains carcans idéologiques. En sont-ils capables ?

L’abbé Raffray le rappelle avec gravité. Pendant longtemps, les fidèles attachés à la tradition ont été marginalisés, parfois humiliés, traités de tous les noms. Pour plusieurs générations, cette marginalisation a été vécue comme un véritable drame spirituel. Et aujourd’hui certains évêques demandent encore aux fidèles traditionnels soit de renoncer, soit de se convertir à un autre rite.Est-ce là la fraternité ecclésiale ? Est-ce cela, l’harmonie tant invoquée au sein de l’Eglise ?

Pourquoi vouloir détruire ce qui fonctionne et qui porte ses fruits?

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