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Quand l’Eucharistie fit face à l’océan : Tumaco commémore les 120 ans d’un salut inespéré

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Le diocèse colombien de Tumaco a célébré, le 31 janvier dernier, le 120ᵉ anniversaire d’un événement qui occupe une place centrale dans la mémoire religieuse locale, le miracle eucharistique survenu en 1906

Au cœur du Pacifique colombien, une ville conserve le souvenir d’un séisme, d’une vague annoncée comme fatale et d’un geste sacerdotal devenu fondateur. Plus d’un siècle après les faits, cet épisode continue de nourrir la foi d’un peuple pour qui l’Eucharistie demeure un refuge et une espérance face aux forces de la nature. Le diocèse colombien de Tumaco a célébré, le 31 janvier dernier, le 120ᵉ anniversaire d’un événement qui occupe une place centrale dans la mémoire religieuse locale, le miracle eucharistique de Tumaco, survenu en 1906 et transmis depuis lors comme le signe d’une protection divine accordée à cette ville de la côte pacifique.

Le 31 janvier 1906, un violent tremblement de terre frappa une vaste région du Pacifique, touchant notamment la Colombie et l’Équateur. À Tumaco, la secousse provoqua un phénomène particulièrement redouté par les populations côtières, le retrait soudain des eaux, signe annonciateur de l’arrivée imminente d’un tsunami. Très rapidement, la crainte d’une vague destructrice se répandit parmi les habitants, conscients que la ville pouvait être entièrement engloutie.Dans ce climat d’angoisse extrême, une grande partie de la population se rassembla dans l’église pour prier, tandis que la mer continuait de se retirer de manière inquiétante. Selon les récits conservés par la tradition locale et ecclésiale, deux prêtres, le père Gerardo et le père Julián, prirent alors une décision exceptionnelle. Munis d’une custode contenant le Saint-Sacrement, ils sortirent de l’église et se dirigèrent vers le rivage, faisant face à l’océan menaçant.Ce geste, accompli dans un esprit de foi et d’abandon total à Dieu, fut perçu par les fidèles comme une supplication ultime, plaçant la ville sous la protection du Christ présent dans l’Eucharistie.

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Alors que la vague semblait imminente, les témoins rapportent qu’elle perdit soudainement de sa force, s’arrêta ou se dispersa avant d’atteindre la ville. Tumaco fut ainsi épargnée, contrairement à d’autres zones du littoral pacifique qui subirent de lourdes destructions.

C’est cet arrêt inexpliqué du tsunami, attribué à l’exposition du Saint-Sacrement, qui est désigné comme le miracle eucharistique de Tumaco. Il ne s’agit pas d’un miracle eucharistique au sens strict d’une transformation visible de l’hostie, mais d’un événement où l’Eucharistie se trouve au cœur d’une intervention considérée comme miraculeuse par la foi du peuple. L’Église, prudente dans son discernement, en reconnaît avant tout la valeur spirituelle et pastorale, profondément enracinée dans la piété populaire locale.Lors de la messe solennelle célébrée pour cet anniversaire, l’évêque diocésain, Franklin Misael Betancourt, a rappelé la signification de cet événement pour les fidèles d’aujourd’hui, déclarant que l’on commémore le jour où le père Gerardo et le père Julián sortirent avec Jésus Eucharistie pour faire face à la terrible vague qui menaçait de détruire ce territoire.

Les nombreuses réactions de fidèles, tant sur place que sur les réseaux sociaux, souvent réduites à un simple mais fervent « Amen », témoignent de la vitalité de cette dévotion. Pour la population de Tumaco, la custode dressée face à l’océan demeure l’image d’une foi qui n’a pas cédé à la peur et d’une ville qui se sait, depuis plus d’un siècle, placée sous la protection de Dieu par le mystère de l’Eucharistie.

Cette ostentation assumée de la foi face au péril renvoie directement à un épisode précis de l’histoire chrétienne, celui de la bataille de Lépante. Le 7 octobre 1571, tandis que les flottes chrétiennes et ottomanes s’affrontaient en Méditerranée, le pape Pie V ordonna à Rome des processions publiques et la récitation solennelle du rosaire. La prière de l’Église fut alors exposée au grand jour, au même moment où se jouait l’issue d’un combat jugé décisif pour la chrétienté, dans la conviction que la victoire ne pouvait venir que de Dieu.Dans les deux cas, l’ostentation n’est ni théâtrale ni superstitieuse. Elle est un acte de confession publique, presque liturgique, par lequel l’Église expose ce qu’elle a de plus précieux, le Christ réellement présent dans l’Eucharistie à Tumaco, la prière ecclésiale unanime à Lépante, face à ce qui menace de la submerger. Cette ostentation devient ainsi un langage, celui d’une foi qui ne se cache pas, qui ne négocie pas avec la peur, et qui accepte de se rendre visible au moment même où tout semble perdu.

Tumaco et Lépante se rejoignent donc dans cette audace spirituelle, montrer Dieu au cœur du danger, non pour le contraindre, mais pour proclamer que, même lorsque l’histoire paraît échapper à l’homme, elle demeure entre les mains de Dieu.

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