Depuis 1966, à l’exception d’une session en 2013, toutes les Assemblées plénières ordinaires des évêques se tiennent à Lourdes. La tradition est bien ancrée : deux rendez-vous annuels, en novembre entre le 1er et le 11, et au printemps avant la Semaine Sainte. Le lieu n’est pas anodin : Lourdes, troisième lieu de pèlerinage le plus fréquenté au monde, est un haut-lieu de prière mariale, mais aussi un espace de travail ecclésial où se prennent des décisions majeures.
La session actuelle est la 89e Assemblée plénière (77 ordinaires, 12 extraordinaires). Outre les discussions habituelles sur l’évangélisation, la société, la vie familiale ou les vocations, l’attention se porte cette fois sur l’élection du futur président de la Conférence des évêques de France (CEF).
Les noms qui circulent dans les couloirs de l’hémicycle de Lourdes laissent entrevoir des profils différents. Le cardinal Jean-Marc Aveline (Marseille) fait figure de favori : cardinal créé par le pape François, ce natif de Sidi Bel Abbés est très engagé sur les questions migratoires et de dialogue interreligieux ( au moins autant que Mgr Vesco , l’évéque d’Alger), il incarne une ligne en phase avec le pontificat actuel. Mais d’autres candidatures sont aussi évoquées : Mgr François Bustillo (Ajaccio), charismatique et missionnaire, également proche du Saint Père , l’étoile montante de l’Eglise de France qui a réussi à faire venir le Pape sur l’ile de Beauté au vu et au su des autres évêques dont certains s’étranglaient de jalousie, ne comprenant pas pourquoi Francois n’est pas venu à la réouverture de Notre Dame de Paris..
Egalement Mgr Antoine Hérouard (Dijon), l’homme des missions difficiles et proche des dossiers sociaux tout en gardant ses propres ambitions. Et enfin l’outsider Mgr Matthieu Rougé (Nanterre), ancien aumônier parlementaire qui a conservé tout l’art de parler dans les médias avec diplomatie, finesse et parfois un » esprit très politique » qui laisse aussi entrevoir son souhait de rejoindre la présidence de la CEF.
Plusieurs évêques saluent également la posture pastorale équilibrée de Mgr Jean-Marc Micas (Tarbes-Lourdes) qui a pris la courageuse mais insuffisante décision de cacher les mosaïques de Rupnik au sanctuaire de Lourdes.
De son coté, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président sortant, a donné le ton. Il a rappelé que « les temps sont troublés, dans l’Église comme dans la société » et exhorté ses confrères à « ne pas céder aux logiques de division, mais à rester pasteurs au milieu du peuple de Dieu ». Il a aussi insisté sur l’importance du discernement dans un monde où « les attentes sont parfois contradictoires », appelant à « écouter avec patience, discerner avec prudence, et parler avec vérité ». Il a conclu avec force : « C’est à Lourdes, sous le regard de Marie, que l’épiscopat de France trouve sa vraie cohésion. »
Chaque jour, les évêques célèbrent la messe à la basilique du Rosaire et chantent les laudes devant la grotte. La prière n’est pas un ornement, elle structure le travail de l’Assemblée. L’alternance entre débats, forums, votes et temps liturgiques donne à cette rencontre une tonalité particulière, marquée par le discernement spirituel.
L’Assemblée est également l’occasion de multiples rencontres en marge du programme officiel : réunions par provinces ecclésiastiques, conseils, commissions, mais aussi échanges informels entre évêques. Cette dimension fraternelle, souvent invisible, nourrit la collégialité et permet d’affiner les décisions.
À Lourdes, les évêques votent, à bulletin secret via un système électronique. C’est ici qu’ont été prises des décisions majeures : en mars 2017, le vote de la nouvelle traduction du Notre Père ; en novembre 2021, des séries de mesures pour lutter contre les abus sexuels, les abus de pouvoir et de conscience dans l’Église.La participation est large : environ 180 personnes sont réunies à chaque session, dont une centaine d’évêques (actifs et émérites), des responsables de services nationaux, des représentants de la vie consacrée, des experts, des membres de groupes de travail comme ceux de la réception du rapport de la CIASE, et une vingtaine de bénévoles pour assurer l’intendance.
Les évêques sont placés par ordre alphabétique, et leur siège change à chaque session. Seuls les cardinaux et le nonce apostolique conservent leur place au premier rang. Les intervenants prennent la parole « au perchoir », tandis qu’en bas de l’hémicycle, le Secrétaire général de la CEF et ses adjoints suivent attentivement les échanges.
Officiellement, Lourdes n’est pas un lieu de pouvoir, « c’est un lieu de service ». Mais l’on sait que ces évêques réunis au bord du Gave nourrissent tous une ambition : celle de servir l’Église, bien sûr, mais également celle de renforcer la sensibilité ecclésiale qu’ils incarnent. C’est donc aussi un jeu de pouvoir, sous les apparences d’une harmonie affichée.