évêque de Tours (IVe siècle)
Aux origines chrétiennes de la cité de Tours se tient une figure discrète, presque effacée par l’éclat de son illustre successeur, saint Martin. Et pourtant, sans saint Gatien, il n’y aurait sans doute pas eu de terre préparée pour l’extraordinaire floraison spirituelle qui marquera ensuite la Touraine. Premier évêque de Tours, saint Gatien appartient à ces pionniers de l’évangélisation dont la fécondité ne se mesure ni au nombre de conversions immédiates ni à la reconnaissance de leur temps, mais à la fidélité patiente à la mission reçue.
La tradition ancienne, rapportée notamment par saint Grégoire de Tours, fait de saint Gatien l’un des sept évêques envoyés de Rome pour évangéliser la Gaule.
Longtemps, cette mission fut située dès le Ier siècle. L’historiographie situe aujourd’hui plus vraisemblablement son action à la fin du IIIe siècle et au début du IVe siècle, dans un contexte encore largement païen et parfois hostile au christianisme.Arrivé à Tours, Gatien ne trouve ni communauté structurée ni accueil favorable. Il est d’abord regardé avec méfiance, parfois avec dureté. L’annonce de l’Évangile, à cette époque, n’a rien d’un phénomène socialement valorisé. Elle expose au rejet, à l’isolement, et souvent à l’incompréhension. C’est pourtant par la douceur, la constance et la persévérance que Gatien accomplit sa mission. Il ne force pas, il ne conquiert pas, il témoigne. Peu à peu, par une présence fidèle et un enseignement enraciné dans la vérité du Christ, il conduit des âmes à la foi.
Cette évangélisation lente et silencieuse est peut-être la marque la plus sûre de l’authenticité apostolique. Saint Gatien ne laisse pas derrière lui une Église triomphante, mais une Église née, fragile, encore minoritaire, mais réelle. À sa mort, vers 304 selon la tradition, il est inhumé dans le cimetière des chrétiens de Tours, signe qu’une communauté existe désormais, suffisamment enracinée pour honorer ses morts et garder mémoire de son pasteur.C’est son successeur, saint Lidoire, évêque de Tours entre 337 et 371, qui lui rend un culte explicite et le reconnaît comme saint. Ce geste n’est pas anodin. Il signifie que l’Église locale a conscience de sa dette envers celui qui en a posé les fondations. Plus tard, saint Martin lui-même viendra en pèlerinage sur le tombeau de saint Gatien, comme pour s’inscrire humblement dans une lignée, reconnaître que l’audace missionnaire de l’un repose sur la fidélité cachée de l’autre.
Aujourd’hui encore, saint Gatien demeure le patron de la cathédrale de Tours, qui porte son nom. Au centre du grand portail, un pilier supporte la statue en bois d’un évêque, que la tradition identifie volontiers comme celle de Gatien. Cette présence discrète, presque fondue dans l’architecture, dit quelque chose de son héritage spirituel : un homme qui n’a pas cherché à s’imposer, mais à transmettre la lumière.
La figure de saint Gatien résonne profondément avec cette parole lumineuse de saint Grégoire de Nazianze :
« Tu as dissous les ténèbres et fait naître la lumière afin de créer toutes choses dans la lumière […] afin que par la lumière l’homme regarde la lumière et devienne tout entier lumière. »
C’est bien cette œuvre qu’accomplit Gatien à Tours. Dissiper les ténèbres sans violence, faire naître la lumière sans éclat, permettre à l’homme de se tourner vers la Lumière véritable, le Christ.
À une époque où l’on mesure souvent la fécondité de l’Église à sa visibilité ou à son influence immédiate, saint Gatien rappelle une vérité essentielle : l’évangélisation authentique commence souvent dans l’ombre, se déploie dans la patience, et ne porte pleinement du fruit que bien après la mort du semeur. Son témoignage demeure actuel. Il invite l’Église d’aujourd’hui à ne pas se lasser, à rester fidèle, et à croire que la lumière, même faible en apparence, finit toujours par vaincre les ténèbres.


