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Saint Romain

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Lorsque, à Lauconne, une rigueur excessive pèse sur les moines, Romain apporte un équilibre plus miséricordieux, veillant à leur santé et à leur paix intérieure

abbé du Jura, frère de saint Lupicin, vers 460

Dans l’histoire monastique des Gaules, la figure de Saint Romain occupe une place fondatrice. Né dans le Bugey, formé dans un monastère lyonnais, il quitte sa terre natale vers l’âge de trente-cinq ans, aux alentours de 435, n’emportant avec lui qu’un livre, la Vie des Pères du désert. Ce choix manifeste l’orientation profonde de son âme, se retirer pour chercher Dieu dans la solitude, à l’exemple des moines de la Thébaïde.

Prenant la route vers l’est, il traverse de vastes forêts jusqu’à atteindre la vallée de la Bienne, dans le massif jurassien. Là, il découvre un lieu propice à la prière et au travail, une terre labourable, une source, des arbres, le silence. Il s’y établit en ermite, vivant plusieurs années dans une austérité inspirée des anciens moines d’Égypte.Très vite, sa réputation attire des disciples. Ce qui n’était qu’une retraite solitaire devient un foyer monastique. Devant l’afflux croissant de candidats à la vie religieuse, Romain fonde deux communautés distantes d’une douzaine de kilomètres. À Condat, futur Saint-Claude, il demeure supérieur. À Lauconne, qui prendra plus tard le nom de Saint-Lupicin, il confie la charge à son frère.

Car Lupicin l’a rejoint, après être devenu veuf. Les deux frères présentent des tempéraments contrastés. Romain se distingue par sa douceur, son indulgence et sa patience. Lupicin, au contraire, se montre sévère et exigeant. Loin d’engendrer des tensions durables, ces différences s’avèrent complémentaires. Lorsque le relâchement s’insinue à Condat, Lupicin intervient pour restaurer la discipline. Lorsque, à Lauconne, une rigueur excessive pèse sur les moines, Romain apporte un équilibre plus miséricordieux, veillant à leur santé et à leur paix intérieure Ainsi se dessine un modèle d’autorité spirituelle fondé à la fois sur l’exigence et la charité. La complémentarité des deux frères contribue à l’essor d’un monachisme jurassien solide, qui comptera bientôt jusqu’à cent cinquante moines et rayonnera jusqu’à Romainmôtier.

Romain apparaît comme le premier à avoir mené, en ce lieu, la vie érémitique. De cette expérience naît une forme de vie commune structurée, faisant de lui le père d’un grand nombre de moines. Il meurt vers 460 ou 461. Sa mise au tombeau dans le Jura marque la reconnaissance d’un pasteur qui, à l’exemple des anciens, aura su unir solitude, travail et gouvernement des âmes.

À travers son œuvre, et celle de son frère, se manifeste une conviction simple, la diversité des caractères, lorsqu’elle est ordonnée à Dieu, peut devenir un instrument fécond pour la croissance de l’Église.

Avec Nominis

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