Pénitente italienne (+ 1310)
Figure majeure de la mystique médiévale, Sainte Angèle de Foligno demeure l’un des témoins les plus saisissants de la puissance de la conversion chrétienne. Née vers 1248 à Foligno, en Ombrie, dans une famille aisée, elle reçoit une éducation mondaine et est mariée très jeune. Les sources s’accordent à décrire une première partie de sa vie marquée par une existence confortable et frivole, au cours de laquelle la pratique sacramentelle est largement abandonnée.
Un tournant décisif intervient à l’âge adulte. Touchée par une conversion soudaine, Angèle souhaite se confesser mais n’ose révéler l’ensemble de ses fautes
Elle communie néanmoins, acte qu’elle considérera ensuite comme sacrilège, ce qui la plonge dans un profond tourment intérieur. C’est dans ce contexte qu’elle rapporte une vision de saint François d’Assise, mort une vingtaine d’années avant sa naissance. Cette expérience marque le début d’un chemin de pénitence rigoureux.
Dès lors, Angèle adopte une vie d’austérités, de longues heures de prière et de méditation. Elle distribue ses biens aux pauvres, suscitant l’incompréhension, voire la suspicion de son entourage, qui la tient pour excessive. Les épreuves s’enchaînent rapidement, avec la mort successive de sa mère, de son époux et de ses fils. Ces deuils la conduisent à embrasser une pauvreté radicale et à s’attacher toujours plus étroitement au Christ crucifié.Ses expériences mystiques, parfois violentes, impressionnent autant qu’elles inquiètent. Les Frères Mineurs eux-mêmes se montrent prudents à son égard, d’autant qu’Angèle prend part aux débats internes à l’Ordre franciscain, opposant les partisans d’une pauvreté modérée à ceux d’une fidélité stricte à l’idéal primitif. Avec le temps, cependant, les dernières années de sa vie s’apaisent et sont décrites comme riches en grâces spirituelles. Selon un témoignage transmis par la tradition franciscaine, « elle semblait jouir du bonheur céleste ».
Le 13 octobre 2010, Benoît XVI a proposé un portrait approfondi de cette mystique italienne, invitant à ne pas se limiter aux sommets de son union avec Dieu, mais à considérer « les débuts de sa conversion, le long cheminement qui a conduit cette femme de sa grande peur de l’Enfer à son union trinitaire ». Le pape a rappelé combien sa foi initiale était marquée par la crainte, la repentance et la pénitence, avant de mûrir progressivement dans l’amour, à l’école du Christ crucifié.
Selon la biographie rédigée par son confesseur, Angèle a d’abord été habitée par une « terreur de l’Enfer », reflet d’une foi encore pauvre en charité. Peu à peu, elle comprend que le salut ne vient ni de la seule volonté ni de la connaissance abstraite de la vérité, mais du don gratuit de l’amour du Père, manifesté dans le Christ livré pour elle. Toute sa vie mystique tend alors vers une configuration intérieure toujours plus profonde au Crucifié, dans la prière, la pauvreté, le mépris accepté et la souffrance offerte.Morte à Foligno en 1310, Angèle a confié dans le « Livre de sa vie » le récit de ses expériences spirituelles, qui continuent d’éclairer la tradition mystique de l’Église. Ses dernières paroles, rapportées par ses disciples, résument l’axe central de son enseignement spirituel :
« Cette charité, efforcez-vous de l’acquérir. Ne jugez personne, même s’il vous arrive de voir quelqu’un pécher mortellement. Ne jugez pas les pécheurs, vous ne connaissez pas le jugement de Dieu. »Un appel à l’humilité et à la miséricorde, qui demeure d’une brûlante actualité.
Avec nominis


