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Sainte Lucie de Syracuse

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Cette expérience des nuits profondes rejoint aussi les croyants d’aujourd’hui, souvent éprouvés dans les doutes de la foi

Vierge et martyre en Sicile (+ v. 305)

La mémoire liturgique de sainte Lucie, célébrée ce samedi, ramène l’Église au témoignage lumineux d’une jeune chrétienne de Syracuse, victime de la persécution de Dioclétien en 304. Son nom même évoque la lumière, pourtant sa vie demeure en grande partie enveloppée d’ombre. Le culte de sainte Lucie s’est très tôt enraciné dans la piété populaire, depuis les premiers siècles, jusqu’à s’étendre au nord de l’Europe. En Scandinavie, particulièrement en Suède, une ancienne fête païenne de la lumière affrontant les mauvais esprits a progressivement cédé la place à la célébration chrétienne de la martyre sicilienne, au cœur des longues nuits hivernales.

Cette expérience des nuits profondes rejoint aussi les croyants d’aujourd’hui, souvent éprouvés dans les doutes de la foi

Les récits de la passion de sainte Lucie, rédigés au Ve ou VIe siècle, mêlent éléments historiques et traditions légendaires. On y rapporte sa résistance dans un lieu de prostitution où elle avait été enfermée, l’impuissance de deux bœufs à l’entraîner pour l’écarteler, ou encore les flammes d’un bûcher qui se seraient écartées sans la toucher. Si ces éléments relèvent d’un langage symbolique destiné à exalter son courage, ils expriment néanmoins la perception très ancienne de sa force spirituelle. Ses reliques, autrefois vénérées à Syracuse, furent ensuite transférées à Constantinople, puis à Venise. Saint Thomas d’Aquin la mentionne à deux reprises dans sa Somme théologique, signe de la place durable de son témoignage dans la tradition chrétienne.

Une tradition rapporte également qu’elle se serait rendue en pèlerinage à Catane, sur le tombeau de sainte Agathe, pour demander la guérison de sa mère. Reconnaissante après ce miracle, elle distribua sa fortune aux pauvres, choix qui entraîna sa dénonciation comme chrétienne. Condamnée à être livrée à la débauche, elle demeura, selon une hymne ancienne, une « colonne inébranlable ». Au cœur de ces récits, demeure une parole authentiquement transmise et attribuée à la jeune martyre, que les siècles ont retenue comme expression de sa fidélité à Dieu.
Elle répond à son juge :
« Toi tu gardes les volontés de tes princes et moi j’observe nuit et jour les volontés de mon Dieu, toi tu désires leur plaire et moi je n’ai d’autre ambition que de plaire au Christ seul. Fais donc ce qui te semble utile et moi je ferai ce qui sera utile au salut de mon âme. »

De Syracuse, où sa dévotion était déjà très vive dès le IVe siècle, son culte s’est diffusé dans tout l’Occident. La Corse médiévale lui consacra près de vingt-neuf sanctuaires, témoignant de l’ampleur de la vénération populaire.

Avec nominis

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