Par le Frère Jean, abbaye de Sénanque – le style oral a été conservé.

“Chers frères et sœurs en Christ, le tombeau est vide ! Il est vide !

Et Marie-Madeleine en a été le premier témoin : « On a enlevé le Seigneur, nous ne savons pas où on l’a mis ».

Marie-Madeleine, qui, quelques heures plus tôt au soir du shabbat, avait participé avec d’autres saintes femmes à l’embaumement du Corps supplicié de Jésus, « son Jésus ».

Et Pierre et Jean, alertés à leur tour par Marie-Madeleine, arrivent en courant. Jean, plus jeune, court plus vite. Il arrive en premier, mais par déférence, il laisse entrer Simon-Pierre avant lui ; car Simon- Pierre, non seulement, est son ainé mais il a été institué par Jésus le chef du groupe des apôtres, le premier Pape. Ce Simon-Pierre, qui quarante-huit heures plus tôt, a renié Jésus dans la cour du prétoire ; mais Jésus ne lui a jamais retiré sa promesse, qu’il lui avait faite : « Tu es Pierre – Petros – et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ».

Jean entre à son tour, après Pierre. Il constate comme Simon-Pierre que le linceul est resté là au sol. « Alors, dit l’Évangile que nous venons d’entendre, il vit et il crut ».

Voilà, frères et sœurs, ce qu’est l’acte de foi : croire sans preuve tangible. Thomas, dans huit jours, l’entendra à son tour de la bouche de Jésus : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

« Il vit et il crut ». En quoi crut-il ? En la Résurrection de Jésus, bien sûr.

Même si ce mot de « Résurrection » n’existait pas dans la langue araméenne que parlaient les apôtres. C’est pourquoi dans les Évangiles, ils en parleront en disant que « Jésus s’est relevé d’entre les morts » ; mais c’est la même chose : ça veut dire qu’Il est passé de la mort, la vraie mort parce qu’Il est vraiment mort sur la Croix, à la vie, la vraie vie, la vie éternelle, la vie en Dieu, celle en laquelle nous aspirons tous.

Et voici Pierre et Jean, silencieux, saisis par la crainte de Dieu qui n’est pas la peur mais un profond saisissement intérieur devant le Mystère de Dieu. En une seconde, ils saisissent que tout ce que Jésus avait dit pendant ces deux ans où ils ont cheminé avec Lui sur les chemins de Palestine, était vrai. Ils ne sont plus devant une promesse pour l’avenir, ils sont face au fait brulant que leur crie le tombeau vide. Il n’est plus là, Il s’est relevé d’entre les morts.

Ce saisissement de Pierre et de Jean, devant le tombeau vide, puissions-nous en être saisis à notre tour, nous qui sommes, si j’ose dire, des vieux chrétiens du XXIème siècle. Saisis, comme je le suppose, ces centaines, ces milliers de catéchumènes à travers le monde, qui cette nuit et ce matin, reçoivent le baptême dans les églises locales à travers le monde.

Oui, saisis comme les apôtres, comme tous ces hommes et femmes, qui depuis plus de deux mille ans, cheminent dans la foi en Jésus, le Fils du Dieu vivant.

En cette Pâque 2021, ravivons la flamme de notre foi en Jésus, l’Envoyé du Père, toujours vivant dans son Église ; et prêt à se donner totalement à tout homme qui consent à lui ouvrir sa porte intérieure, à lui ouvrir, comme nous disons dans le langage judéo-chrétien, son âme.

Le tombeau vide, qui se projette au visage de Simon-Pierre et de Jean, est un signe négatif qui ne leur fait atteindre aucunement le contenu de la Résurrection ; car ce contenu est inaccessible à la chair, à l’intelligence humaine ; aucun scientifique, aucun historien, ne peut saisir ce Mystère du tombeau vide en appliquant les principes, qui leur sont propres, de leurs méthodes d’investigation.

Car ce signe est d’un autre ordre, comme disait Blaise Pascal. Il est de l’ordre de la foi, il est de l’ordre de l’amour, et l’un ne va pas sans l’autre.

Oui ! Dieu en Jésus ressuscité ce matin ne s’impose pas ; Il est trop humble pour cela !

Signe négatif, disait-je, comme le visage de Jésus dans le tombeau, « imprimé » sur le fameux Linceul de Turin. Il ne prouve rien, et pourtant il dit tout ! Mais ce signe négatif du tombeau est d’une très grande importance, dans la mesure où il cerne le vide à l’intérieur duquel se déploie la Résurrection. La vie que la Résurrection vient communiquer à l’âme de celui qui croit, c’est la vie même de Dieu venant saisir de l’intérieur l’âme et le corps pour les soustraire à la misère, à la faiblesse de la chair et pour leur communiquer la gloire de l’Esprit.

Voilà ce grand Mystère dont nous sommes dépositaires depuis l’heure de notre baptême et que nous voulons communiquer humblement mais avec foi, à tous les hommes de bonne volonté.

Cette gloire du Ressuscité ne se déploie pas dans le tonnerre et dans les éclairs, comme avec Moïse sur le Mont Horeb lorsque les Tables de la Loi lui ont été remises ; non ! Cette gloire ne se communique pas en un scénario, pourrait-on dire « hollywoodien » ; rien de tout cela ; cette gloire de Jésus ressuscité se communique dans l’aube silencieuse et encore froide d’un matin d’avril, au Jardin de Gethsémani où Jésus a été enseveli.

Toutes les grandes choses qui viennent de Dieu se font toujours dans le silence, dans la discrétion, dans l’humilité, et tout cela par respect de la conscience humaine.

Nul témoin de cet évènement qui a bouleversé le cosmos, des entrailles de la terre (« les enfers » comme le nomment les textes de la première Alliance) jusqu’aux planètes les plus éloignées de notre terre.

Avec la Résurrection de Jésus, c’est un monde nouveau qui jaillit. Plus rien n’est comme avant !

On entend parfois dire aujourd’hui : « après la pandémie, plus rien ne sera comme avant ! »…

Je ne sais, mais ce dont je suis sûr, et cela c’est ma foi qui me le fait dire, c’est que depuis que Dieu s’est fait homme en Jésus de Nazareth, et qu’Il est mort et ressuscité, un monde nouveau a commencé ; et nous sommes toujours dans le temps des commencements.

Les apôtres ont compris que la Résurrection était un nouvel Exode, surpassant le premier, mais aussi qu’elle était une nouvelle création. L’univers du monde continue avec ses contradictions et ses souffrances ; mais par la Croix et la Résurrection, ces contradictions et ces souffrances peuvent devenir créatrices, rédemptrices, comme nous disons dans notre vocabulaire chrétien.

St Augustin disait : «C’est peu de croire que le Christ est mort: les païens, les Juifs, les impies le croient aussi. Tous croient qu’il est mort ; la foi chrétienne consiste à croire en sa résurrection».

Oui ! Frères et sœurs, en ce matin de Pâques auprès de la tombe, nul témoin !

Sinon, probablement les deux anges que les femmes Myrophores trouvent assis près du tombeau, l’un à la tête, l’autre au pied ; puis quelques femmes : Marie de Magdala, Jeanne et Marie de Jacques, appelée aussi Salomé… et voilà !

Et ces femmes sont les premières messagères de l’évènement qui nous atteint à notre tour, en ce matin de Pâques 2021 : « …quittant vite le tombeau avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle aux disciples ».

Bénies soient ces Saintes femmes par qui nous est venue la Bonne Nouvelle de la Résurrection ; et bénis, si nous sommes, à notre tour en ce matin de Pâques, « confinés », ou comme la communauté chrétienne des premiers temps, nous sommes un petit groupe à recevoir cette nouvelle incroyable que nous croyons connaitre mais qu’en fait nous n’avons jamais fini de connaitre : « Cet homme, Jésus le Nazaréen crucifié, ressuscité des morts par Dieu, il n’y a aucun salut ailleurs qu’en Lui, car il n’y a sous le ciel aucun autre nom offert aux hommes qui soit nécessaire à notre Salut. »

(Pierre et Jean devant le Sanhédrin)

Que ce Nom soit béni, Lui qui par le baptême nous a appelé des ténèbres à son admirable lumière. Oui : « Dieu a tellement aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique, pour que tout homme qui croit en Lui ait la Vie »… la vraie Vie, la Vie éternelle, la Vie dans le Royaume, la Vie que Dieu veut pour nous, car Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants.

Amen ! Alléluia !”

Print Friendly, PDF & Email



Recevez chaque jour notre newsletter !


Print Friendly, PDF & Email