L’émotion suscitée par l’organisation du carnaval municipal le jour du Mercredi des Cendres ne relève pas d’un simple malentendu. Après les nombreux témoignages reçus par des catholiques de Saint Etienne à la mairie,nous avons contacté les services municipaux afin d’obtenir des explications. La réponse officielle nous a été transmise à la suite d’un échange de mails.
La ville affirme comprendre « que la coïncidence de la date du carnaval avec le mercredi des Cendres puisse susciter des interrogations ». Elle précise cependant que le carnaval est organisé « depuis maintenant 16 ans le deuxième mercredi des vacances scolaires de février », selon des critères « exclusivement organisationnels et éducatifs », indépendamment de toute considération religieuse. La municipalité invoque la stabilité de l’organisation, la mobilisation des centres sociaux, la disponibilité des familles et la volonté d’animer le territoire durant les vacances d’hiver. Elle ajoute que, « en tant qu’institution laïque », sa programmation est établie « indépendamment des considérations confessionnelles » et conclut en présentant le carnaval comme « un moment fédérateur, convivial et ouvert à l’ensemble des enfants de notre territoire ». Cette réponse, si elle se veut apaisante, laisse pourtant entière la question de fond.
Car nul ne conteste à une mairie laïque le droit d’organiser un carnaval. La laïcité n’est pas l’effacement des traditions populaires. Mais comment ignorer que le Mercredi des Cendres marque, pour des milliers de familles stéphanoises, l’entrée dans le Carême, temps de prière, de jeûne et de pénitence ? Comment faire comme si cette date n’avait aucune signification culturelle et spirituelle, alors même que le carnaval tire historiquement son sens du jour qui le précède, le Mardi gras ?
La municipalité insiste sur la continuité de l’organisation depuis seize ans. Mais la répétition d’un choix ne le rend pas nécessairement juste. La question n’est pas de savoir si la date a été fixée en fonction d’un calendrier religieux, mais s’il est raisonnable de la maintenir lorsqu’elle coïncide explicitement avec l’ouverture du Carême.
Surtout, un point mérite un examen attentif. La ville présente ce rendez-vous comme « un moment fédérateur, convivial et ouvert à l’ensemble des enfants de notre territoire ». L’affirmation appelle une interrogation simple : comment peut-on se revendiquer « fédérateur » si une partie des familles catholiques s’en trouvent exclues.Être fédérateur, ce n’est pas seulement rassembler ceux qui sont disponibles. C’est veiller à n’exclure personne par négligence. Or, en programmant une grande fête municipale précisément le jour où des enfants catholiques sont appelés à vivre un temps de recueillement, on contraint leurs familles à choisir entre la fidélité à leur foi et la participation à un événement public présenté comme ouvert à tous.
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Certes, la mairie souligne que « les familles restent naturellement libres de leurs choix personnels ». Mais cette liberté théorique suffit-elle lorsque l’ensemble du dispositif festif, médiatique et scolaire se concentre sur un jour qui, pour certains, ne peut être un jour comme les autres ? La liberté formelle ne compense pas le sentiment d’invisibilité.Il ne s’agit pas de réclamer un privilège confessionnel. Il ne s’agit pas d’imposer un calendrier religieux à la collectivité. Il s’agit simplement de demander un minimum de considération pour une réalité encore bien vivante. La laïcité authentique n’est pas l’indifférence aux convictions, encore moins leur marginalisation silencieuse. Elle suppose un équilibre, un souci d’inclusion véritable.
À quelques kilomètres de là, à Saint-Chamond, le carnaval a été organisé le véritable Mardi gras, comme l’a montré un reportage diffusé sur France 3. Preuve que l’ajustement est possible.Si l’événement doit être réellement « ouvert à l’ensemble des enfants de notre territoire », alors encore faut-il que chacun puisse s’y reconnaître sans avoir le sentiment que sa foi est reléguée au second plan. La question posée par nos lecteurs stéphanois dépasse donc une simple date. Elle touche à la place que notre société accorde, concrètement, à l’héritage chrétien qui l’a façonnée.Le débat est désormais posé. Reste à savoir si, pour 2027, la municipalité choisira la facilité administrative ou l’attention réelle à toutes les sensibilités.


