Lors de l’Angelus de ce dimanche 8 février 2025 , le pape Léon XIV a rappelé que la parole de Jésus ne se limite pas à proposer un idéal moral, mais qu’elle transforme concrètement la manière d’habiter le monde. « Vous êtes le sel de la terre […] vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-14), affirme le Christ à ceux qui vivent selon les Béatitudes. Pour le Saint-Père, cette affirmation révèle que la joie véritable donne saveur à l’existence et éclaire ce qui, sans elle, resterait dans l’ombre.Cette joie, a-t-il souligné, n’est pas abstraite. Elle naît d’un style de vie marqué par la pauvreté d’esprit, la douceur, la simplicité de cœur, la faim et la soif de justice. Lorsqu’un tel horizon s’efface, tout devient « insipide et terne ». C’est alors que s’ouvre une blessure intérieure, souvent silencieuse, que le pape a choisie de nommer sans détour.
En s’arrêtant sur l’avertissement de Jésus concernant le sel qui perd sa saveur, « n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens », Léon XIV a établi un lien direct avec l’expérience humaine contemporaine. « Combien de personnes – peut-être cela nous est-il aussi arrivé – se sentent bonnes à jeter, imparfaites. C’est comme si leur lumière avait été cachée. »
Cette phrase concentre l’enjeu théologique de la méditation. Le pape ne parle pas d’une lumière éteinte, mais d’une lumière cachée. Autrement dit, la dignité et la vocation de la personne demeurent intactes, même lorsqu’elles sont obscurcies par la souffrance, l’échec ou le regard dévalorisant porté par soi-même ou par les autres. La blessure est réelle, mais elle n’est pas définitive.Pour éclairer cette dynamique, Léon XIV s’appuie sur le prophète Isaïe, qui associe étroitement la guérison intérieure à des gestes concrets de justice et de charité. « Alors ta lumière éclatera comme l’aurore, ta blessure se guérira rapidement » (Is 58, 8). La lumière qui resplendit et la blessure qui guérit ne sont pas deux réalités séparées, elles procèdent du même mouvement de conversion, qui détourne l’homme de lui-même pour l’ouvrir aux autres.
Le pape a toutefois reconnu que cette blessure peut habiter le cœur de manière durable. « Il est douloureux, en effet, de perdre le goût et de renoncer à la joie. » C’est précisément pour cette raison que Jésus met en garde ceux qui l’écoutent, afin qu’ils ne cèdent pas à la tentation du découragement. Face au sentiment d’être rejeté ou inutile, Léon XIV a rappelé une vérité centrale de la foi chrétienne, « Jésus nous annonce cependant un Dieu qui ne nous rejettera jamais, un Père qui garde notre nom, notre unicité. »Cette affirmation touche au cœur de l’anthropologie chrétienne. La valeur d’une personne ne dépend ni de son efficacité ni de sa réussite, mais de son identité filiale. Même les blessures les plus profondes peuvent guérir, a insisté le pape, « en accueillant la parole des Béatitudes et en nous remettant à marcher sur le chemin de l’Évangile ».
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Enfin, Léon XIV a souligné que ce chemin se déploie dans des gestes simples, discrets, souvent à contre-courant. Jésus lui-même a refusé les voies de la domination et de l’exhibition de soi, préférant « la vie donnée, l’amour qui ne fait pas de bruit ». C’est cette saveur-là que les disciples sont appelés à retrouver et à transmettre.Par cette méditation, le pape Léon XIV a offert une lecture profondément réaliste et consolante de notre temps. Dans un monde où beaucoup en viennent à se sentir « bons à jeter », il a rappelé que la lumière donnée par Dieu ne disparaît jamais. Elle peut être voilée, blessée, oubliée, mais elle demeure, prête à resplendir de nouveau dès lors que l’homme se laisse rejoindre par la joie de l’Évangile.
PAPE LÉON XIV
ANGÉLUS
Place Saint-Pierre
Dimanche 8 février 2026
« Chers frères et sœurs, bon dimanche !
Après avoir proclamé les Béatitudes, Jésus s’adresse à ceux qui les vivent, en disant que grâce à eux, la terre n’est plus la même et le monde n’est plus dans les ténèbres. « Vous êtes le sel de la terre. […] Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-14). C’est en effet la joie véritable qui donne du goût à la vie et révèle ce qui n’existait pas auparavant. Cette joie émane d’un style de vie, d’une manière d’habiter la terre et de vivre ensemble qui doit être désirée et choisie. C’est la vie qui resplendit en Jésus, la saveur nouvelle de ses gestes et de ses paroles. Après l’avoir rencontré, tout ce qui s’éloigne de sa pauvreté d’esprit, de sa douceur et de sa simplicité de cœur, de sa faim et de sa soif de justice, qui activent la miséricorde et la paix comme dynamiques de transformation et de réconciliation, semble insipide et terne.
Le prophète Isaïe énumère des gestes concrets qui mettent fin à l’injustice : partager son pain avec celui qui a faim, accueillir chez soi les pauvres et les sans-abri, vêtir celui que nous voyons nu, sans négliger ses voisins et les membres de sa famille (cf. Is 58, 7). « Alors – poursuit le prophète – ta lumière éclatera comme l’aurore, ta blessure se guérira rapidement (v. 8). D’un côté, la lumière, celle qu’on ne peut cacher, car elle est grande comme le soleil qui chasse les ténèbres chaque matin ; de l’autre, une blessure qui brûlait auparavant et qui guérit maintenant.
Il est douloureux, en effet, de perdre le goût et de renoncer à la joie ; pourtant, il est possible d’avoir cette blessure dans le cœur. Jésus semble mettre en garde ceux qui l’écoutent, afin qu’ils ne renoncent pas à la joie. Le sel qui a perdu sa saveur, dit-il, « n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens » (Mt 5, 13). Combien de personnes – peut-être cela nous est-il aussi arrivé – se sentent bonnes à jeter, imparfaites. C’est comme si leur lumière avait été cachée. Jésus nous annonce cependant un Dieu qui ne nous rejettera jamais, un Père qui garde notre nom, notre unicité. Chaque blessure, même profonde, guérira en accueillant la parole des Béatitudes et en nous remettant à marcher sur le chemin de l’Évangile.
Ce sont en effet des gestes d’ouverture aux autres et d’attention, ceux qui ravivent la joie. Certes, dans leur simplicité, ils nous placent à contre-courant. Jésus lui-même a été tenté, dans le désert, par d’autres voies : faire valoir son identité, l’exhiber, avoir le monde à ses pieds. Mais il a rejeté les voies qui lui auraient fait perdre sa véritable saveur, celle que nous retrouvons chaque dimanche dans le pain rompu : la vie donnée, l’amour qui ne fait pas de bruit.
Frères et sœurs, laissons-nous nourrir et éclairer par la communion avec Jésus. Sans aucune ostentation, nous serons alors comme une ville sur une montagne, non seulement visible, mais aussi chaleureuse et accueillante : la cité de Dieu où, au fond, tous désirent habiter et trouver la paix. Tournons maintenant notre regard et notre prière vers Marie, Porte du ciel, afin qu’elle nous aide à devenir et à rester disciples de son Fils.
À l’issue de l’Angélus
Chers frères et sœurs !
Hier, à Huércal-Overa, en Espagne, a été béatifié le Père Salvatore Valera Parra, curé entièrement dévoué à son peuple, humble et attentionné dans la charité pastorale. Que son exemple de prêtre centré sur l’essentiel soit une source d’inspiration pour les prêtres d’aujourd’hui à être fidèles dans leur vie quotidienne vécue avec simplicité et austérité.
C’est avec douleur et inquiétude que j’ai appris les récentes attaques contre diverses communautés au Nigeria qui ont causé de graves pertes en vies humaines. J’exprime ma proximité dans la prière à toutes les victimes de la violence et du terrorisme. Je souhaite que les autorités compétentes continuent à œuvrer avec détermination pour garantir la sécurité et la protection de la vie de chaque citoyen.
Aujourd’hui, mémoire de sainte Joséphine Bakhita, on célèbre la Journée mondiale de prière et de réflexion contre la traite des personnes. Je remercie les religieuses et tous ceux qui s’engagent à combattre et à éliminer les formes actuelles d’esclavage. Avec eux je dis : la paix commence par la dignité !
J’assure de ma prière les populations du Portugal, du Maroc, d’Espagne – en particulier celles de Grazalema en Andalousie – et du sud de l’Italie – notamment celles de Niscemi en Sicile –, touchées par des inondations et des glissements de terrain. J’encourage les communautés à rester unies et solidaires, sous la protection maternelle de la Vierge Marie.
Et maintenant, je vous souhaite la bienvenue à tous, Romains, pèlerins italiens et de divers pays. Je salue les fidèles de Melilla, Murcie et Malaga, en Espagne ; ceux venus de Biélorussie, de Lituanie et de Lettonie ; les étudiants d’Olivenza, en Espagne, et les confirmands de Malte. Je salue également les jeunes qui sont en liaison avec nous depuis trois oratoires du diocèse de Brescia.
Continuons à prier pour la paix. Les stratégies de puissance économique et militaire – l’histoire nous l’enseigne – ne donnent pas d’avenir à l’humanité. L’avenir réside dans le respect et la fraternité entre les peuples.
Je souhaite à tous un bon dimanche. »
Source Vatican


