Symbole de la puissance de la religion chrétienne dans la France du Moyen Âge, la cathédrale Saint-Étienne, véritable Arche de la Jérusalem céleste, rassemblant tout le peuple de Dieu, est d’une beauté éblouissante, résultant de l’organisation ingénieuse d’un espace aux proportions harmonieuses et d’une décoration de la plus haute qualité.

La cathédrale Saint-Étienne de Bourges, dont le saint patron est fêté le 26 décembre, fut construite entre la fin du XIIe et celle du XIIIe siècle ; elle se situe dans le centre historique de Bourges, secteur sauvegardé depuis 1965. Elle est remarquable aussi bien par ses proportions harmonieuses, liées à l’unité de sa conception, que par la qualité de ses tympans, de ses sculptures et de ses vitraux, ou encore l’originalité de son plan. Elle se distingue des autres grandes cathédrales de l’époque notamment par la recherche toute nouvelle d’un espace unifié. Elle fut consacrée le 13 mai 1324, et fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862 ; elle a été inscrite également en 1992 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
En 1195, Henri de Sully, archevêque de Bourges, frère de Eudes de Sully, évêque de Paris, fit une donation au Chapitre de la cathédrale de Bourges. Cela fut le point de départ de la construction d’une nouvelle cathédrale, destinée à remplacer l’édifice roman datant des XIe et XIIe siècles, jugé trop petit, dont peu de données sont aujourd’hui disponibles. Le culte chrétien fut célébré en ce lieu depuis le IIIe siècle, à l’époque où la ville romaine d’Avaricum abritait la première communauté chrétienne de Gaule. Quatre édifices se succédèrent avant l’actuelle cathédrale : des cryptes monumentales furent érigées par saint Ursin au IIIe siècle, saint Palais, archevêque au IVe siècle, et Raoul de Turenne, archevêque au IXe siècle. Gauzlin, archevêque de sang royal (le frère de Robert II le Pieux), fut le bâtisseur de la première cathédrale romane, au début du XIe siècle.
Bourges, ville royale depuis 1100, était située à l’époque à la limite Sud du domaine royal, à quelques lieues de l’Aquitaine, possession anglaise. L’archevêque de Bourges avait d’ailleurs le titre de « Primat d’Aquitaine » et son autorité, souvent contestée, s’étendait jusqu’à Bordeaux.
Cette nouvelle cathédrale fut le premier édifice gothique construit au Sud de la Loire. Elle revêtait un enjeu particulier et une importance notoire, aussi bien pour le prestige du roi de France, que pour celui de l’archevêque. Figure de proue du domaine capétien face au Sud, elle se devait d’être unique dans sa conception. Il fut donc décidé de réaliser un édifice de grande envergure, comparable à Notre-Dame de Paris, et d’innover. Pour ce faire, il fallait construire au-delà du vieux mur d’enceinte gallo-romain sur lequel s’était appuyé le chœur roman et déborder dans les fossés. La différence de niveau nécessitait la construction d’un soubassement qui anticipa exactement le plan du chevet. C’est l’église basse, appelée à tort la crypte.

La construction fut entreprise dès 1195, et en 1214, près de la moitié du bâtiment (un peu plus du chœur actuel) était achevée. Le plan de la nouvelle cathédrale est simple, mais harmonieux. Il s’agit d’une forme de basilique avec des chapelles qui entourent la nef. La perspective des murs latéraux et l’unité de l’espace intérieur rendirent le nouvel édifice remarquable. Au départ, l’archevêque Henri de Sully sembla s’être inspiré du plan de Notre-Dame de Paris. Mais, il mourut en 1199. Son successeur, l’archevêque Guillaume de Dangeon, ancien abbé cistercien, prit une part importante dans le chantier et dans la définition du programme iconographique. Le décès de celui-ci en 1209, bientôt suivi de sa canonisation, entraîna un afflux de dons de la part des fidèles et des pèlerins. La construction utilisa l’uniformisation des éléments de base, une certaine standardisation, ce qui en facilita la réalisation. Toutes les moulures ont la même hauteur ; il en est de même des chapiteaux et il n’y a que deux diamètres de colonnettes, quelle que soit leur position dans l’édifice.
Après une interruption d’une dizaine d’années, la deuxième campagne de construction, à savoir le gros œuvre de la nef et de la façade occidentale, commença en 1225 et se poursuivit jusqu’en 1230. À cette date, le gros œuvre fut terminé.
Ensuite, les travaux de la façade se poursuivirent au ralenti. En 1313, il fallut étayer la tour Sud, dans laquelle étaient apparues des fissures, en implantant un énorme « pilier butant ». Il n’a jamais été possible, en raison de cette fragilité, d’y implanter des cloches, d’où son nom de « tour sourde ». D’autres travaux de consolidation de la façade furent entrepris, et la tour Nord était encore inachevée lors de la consécration de la cathédrale le 13 mai 1324 par l’archevêque Guillaume de Brosse.
Les architectes qui ont succédé au premier maître de Bourges, dont l’identité est restée inconnue, ont su préserver la cohérence et la simplicité apparente du programme, l’absence de transept contribuant à l’effet d’unité de l’espace. En 1424, la cathédrale reçut son horloge astronomique, construite par André Cassart et conçue par Jean Fusoris. Achevée durant les années 1480, la tour Nord montra des signes de fragilité dès 1503 et s’écroula le 31 décembre 1506 ; elle fut reconstruite entre 1508 et 1542, en harmonie avec la façade gothique, malgré la présence de certains éléments décoratifs de style Renaissance. Financée notamment par des dons, des emprunts et diverses recettes, elle a été appelée la Tour de beurre, probablement pour la même raison que la Tour de beurre de la cathédrale Notre-Dame de Rouen, tour qui a été financée au moyen des sommes versées par les fidèles riches pour obtenir l’autorisation de manger du beurre pendant le carême.
Lors des guerres de Religion, en 1562, Bourges ayant été prise par les protestants, les sculptures de la cathédrale furent gravement endommagées.
Après la Révolution Française, la cathédrale fut vidée de son mobilier. Dès la cessation du culte public, elle fut vouée au Culte de la Raison, c’est ainsi que fut inauguré le Temple de l’Unité le 10 décembre 1793.
Ensuite, l’architecte Antoine-Nicolas Bailly entreprit la restauration complète de la cathédrale. Il chargea le ferronnier Pierre Boulanger de réaliser les grilles du chœur en fer forgé. Une de ces grilles a été démontée et se trouve actuellement au Foyer Saint-François, au n°11 de la rue Joyeuse.
En 2008, après un an de travaux, la porte Nord fut entièrement rénovée. Les portes Ouest ont également été rénovées, puis la porte centrale en 2010-2011. La réfection de la toiture fut achevée en 2013.

1/ Description
Dimensions principales:
• Longueur hors œuvre : 125 m.
• Longueur dans œuvre : 117,95 m.
• Largeur dans œuvre : 41 m.
• Largeur de la nef centrale dans le chœur : 14,96 m.
• Largeur de la façade occidentale : 55 m
• Largeur de la façade occidentale y compris le pilier butant : 73,45 m.
• Hauteur sous voûte du vaisseau central : 37,15 m.
• Hauteur du faîte du toit de la nef : 47,60 m.
• Hauteur de la tour Nord dite « de Beurre » : 65 m
• Hauteur de la tour Sud dite « Sourde » : 53 m
• Superficie : 5 900 m2
• Diamètre de la grande rosace : 9 m
• Superficie du « Grand Housteau » : 150 m2
Le plan de la cathédrale de Bourges reprend celui de la cathédrale de Paris (double déambulatoire, voûte gothique sexpartite qui entraîne l’adoption d’une alternance de piles faibles et fortes dans la nef centrale, tribunes, mais sans le transept). La similitude des plans des deux cathédrales provient peut-être des liens familiaux existant entre l’archevêque de Bourges, Henri de Sully, et l’évêque de Paris, Odon de Sully, au moment de leur conception. Depuis le rachat en 1101 des vicomtés de Bourges et de Dun par le roi Philippe Ier, Bourges faisait partie du domaine royal. L’agrandissement de la cathédrale vers l’Est, en franchissant le rempart gallo-romain, ne fut possible qu’après l’achèvement de nouveaux remparts commencés par Louis VII et achevés par la construction de la Tour Neuve en 1189 par Philippe Auguste. L’architecte inconnu de la cathédrale a cherché à donner une ampleur particulière à l’élévation permettant une meilleure luminosité, comparée à celle de la cathédrale de Paris. Quand elle fut reconstruite en commençant par le chœur, ce dernier a été édifié au-delà du rempart gallo-romain dont des éléments sont toujours visibles de part et d’autre de la cathédrale. La reprise de la différence de niveau est d’ailleurs assurée par l’église basse, construite entre la donation de l’archevêque Henri de Sully, en 1195, et 1206.

L’église basse est reliée à la crypte romane cruciforme. Dans la crypte, qui est semble –t-il la plus vaste de France, dans le couloir de la descente, des rails du XIXe siècle apparaissent ; ils servaient aux wagons qui transportaient le charbon pour le calorifère, qui servait à chauffer par le sol une partie de l’édifice. En poursuivant vers cette » église basse » qui recèle le jubé d’autrefois, en pièces détachées, nous voyons une partie du tombeau du duc Jean de Berry et les restes de certains vitraux de la Sainte Chapelle. Cette crypte est donc un lieu de conservation d’objets assez hétéroclites, notamment de grandes sculptures autrefois sur la façade de la cathédrale. Mais on peut remarquer aussi les multiples plans tracés au sol : compte tenu de la grandeur de la surface plane, les maîtres de Bourges ont réalisé des tracés au sol directement dans la pierre afin de construire les fenêtres ajourées ou ce qui est le Grand Housteau de 150m² avec la rose de la façade occidentale gravée dans le sol. Pendant la construction de la cathédrale, l’église basse a ainsi dû servir de loge pour les ouvriers employés par la fabrique. Sous la crypte, en s’enfonçant encore, on pénètre dans une église romane, sous laquelle sont enterrés les archevêques de Bourges. Encore au-dessous quelques galeries souterraines sont assez impressionnantes. Le retour à la lumière passe par l’intermédiaire d’un beau couloir, orné de culs de lampe, dont un représente un personnage montrant son postérieur. Mécontent de ses conditions de travail (ou amateur de nus ? ou sacrilèges ? ou simples artisans facétieux ?), un tailleur de pierre (ou plusieurs ?) aurait sans doute dissimulé aux maîtres d’ouvrage des sculptures représentant des paires de fesses dans les hauteurs de l’édifice, loin des regards des fidèles, dans la galerie Nord qui descend à la crypte, ou encore à l’extérieur, côté Sud, bien cachées sur le côté d’une chapelle rayonnante.
Les grandes arcades de 19 mètres de haut qui prolongent la nef sans discontinuité donnent l’impression d’aspiration du chœur est vers le ciel.
Pour permettre un meilleur éclairage de l’église basse, les chapelles rayonnantes ont été construites en encorbellement sur des corbeaux de section allant en diminuant du haut vers le bas.
La légèreté apparente du chœur fut rendue possible grâce aux arcs-boutants et à l’utilisation d’un chaînage en fer. Ce chaînage s’arrête après la huitième travée de la nef au niveau de ce que les spécialistes appellent la coupure Branner, du nom d’un historien américain, Robert Branner, qui a étudié la cathédrale. Il a constaté qu’à l’Ouest, la position de l’appui des arcs-boutants sur les murs a été élevée, les contreforts et les culées sont plus massifs, les oculi ont été modifiés. À l’Ouest, la pente du terrain nécessita de faire l’agrandissement sur un remblai. Cette disposition entraina des problèmes de déformation des tours de la façade occidentale, allant jusqu’à l’effondrement de la tour Nord à peine terminée, le 31 décembre 1506 (reconstruite de 1508 à 1542) et la construction d’une pile massive assurant la butée de la tour Sud. Le pilier butant de la Cathédrale a servi de prison. Il abrite une salle voûtée d’ogives qui fut l’atelier du peintre Jean Boucher (1575-1632), où il pouvait peindre de grands formats de fresques. Mais avant cela, deux cellules y servaient de geôle pour les chanoines.
La ville de Bourges se trouve sur le gisement d’un beau calcaire Jurassique, blanc à coquilles roses de brachiopodes, tendre et facile à travailler, datant de 145 millions d’années, très exploité au Moyen Âge en différents endroits dans la ville pour produire des pierres de taille. Mais ce calcaire local est aussi gélif et résiste mal aux intempéries. Or les bâtisseurs du Moyen Âge avaient une très bonne connaissance des propriétés des différentes pierres à bâtir à leur disposition. Ce calcaire de Bourges n’a donc été que peu utilisé pour la construction de la cathédrale : il se trouve principalement en situation abritée, pour le parement des murs à l’intérieur, dans la crypte, et pour les voûtains. En revanche, à quelques dizaines de kilomètres au Sud et à l’Est de Bourges, affleure une frange de calcaires bathoniens (du Jurassique également, datant de 165 millions d’années), coupée par deux voies romaines qui mènent à Bourges. Ils sont de meilleure qualité et plus résistants que le calcaire de Bourges. Ces pierres furent donc majoritairement importées pour construire la cathédrale. Ainsi le calcaire blanc jaunâtre à débris de fossiles marins des carrières de Vallenay, Bruère et La Celle, au Sud de la ville, a parcouru environ 45 kilomètres sur des chariots pour atteindre le chantier de la cathédrale. Il en est de même pour le calcaire fin de Charly au Sud-Est. Ce dernier fut le plus utilisé pour les sculptures, et se retrouve aussi pour les décors d’autres monuments de Bourges, comme le palais Jacques-Cœur et l’hôtel Lallemant. Les gros blocs des soubassements de la cathédrale et des contreforts sont faits d’un calcaire lacustre vacuolaire dur, bien différent, datant d’environ 35 millions d’années (tertiaire). Il est issu des environs de Saint-Florent-sur-Cher, à une quinzaine de kilomètres au Sud-Ouest de la ville, relié aussi par une voie romaine.


La façade occidentale de 41 mètres de large à l’intérieur, 55 à l’extérieur, et même plus de 73m en comptant le pilier Sud ; est la plus imposante parmi celles des édifices gothiques de France. Elle se compose de deux tours carrées (représentant la relation entre l’homme, Dieu et l’infini) de hauteurs inégales, la tour Nord ayant été reconstruite après son effondrement en 1506. Le parvis permettant d’accéder à cette façade conduit à un grand escalier. Cinq portails dédiés à Guillaume de Bourges, à la Vierge Marie, au Jugement dernier (portail central, d’une grande qualité d’exécution.), au martyr Étienne et à Ursin de Bourges, permettent l’accès à l’intérieur ; tous sont à double porte, tous sont surmontés d’un haut tympan triangulaire (celui du centre est en plus ouvert d’une rosace à 8 pétales, rappelant la rosace au sommet du triangle de la voute occidentale, à 6 pétales, à l’instar de celles des portails Nord et Sud, et rappelant aussi les rosaces au sommet des grandes verrières du chœur, à 8 pétales) ; ces portails correspondent exactement aux cinq nefs. Notons aussi que le Grand Housteau, immense verrière occidentale constituée de lancettes (6), 4 petites roses et une grande rose de 2X12 pétales, est l’élément central de la façade. Leurs sculptures sont particulièrement remarquables. La cathédrale est une représentation de la Jérusalem céleste. Bourges ne possède pas une école cathédrale ayant des maîtres aussi célèbres que celles de Chartres, de Laon ou de Paris qui ont dû influencer les plans de ces cathédrales en traduisant dans la pierre et la décoration la description de la Jérusalem céleste, faite dans l’Apocalypse de Jean. En regardant en détail le Jugement dernier, on peut reconnaître l’un des personnages caractéristiques : il s’agit d’un moine franciscain ceint de la corde à triple nœuds et portant les stigmates du Christ, envoyé au Paradis par l’Archange Saint Michel…. Il s’agit de saint François d’Assise, de passage à Bourges à cette époque. En levant la tête, on peut aussi observer que l’archange Saint Michel pèse les âmes des morts ; les uns vont en enfer, dans le grand chaudron, et à l’opposé, les autres vont dans le sein d’Abraham. Un crapaud (animal réputé diabolique) cherche à fausser la pesée des âmes en ajoutant son poids dans la balance pour la faire pencher vers l’enfer.

Les écoinçons, sur la façade sont ces petits triangles sculptés situés à hauteur d’homme ou presque, comprenant des personnages et des scènes parfois curieuses. Pendant des siècles, les spécialistes se sont penchés sur ces sculptures, qui représentent de manière classique, des scènes de la Bible. Mais sur toute une partie de ce programme, certaines scènes demeuraient incompréhensibles pour tout chercheur voulant donner une signification conforme à l’enseignement conventionnel. Le mystère de ces sculptures était total jusqu’aux recherches de Laurence Brugger en 2000[ii], qui ont montré l’utilisation de textes hébraïques que l’on retrouve dans la Qabbale ou Cabbale (Kabbale dans sa forme anglo-saxonne), et qui font de ce programme, attribué à saint Guillaume[iii], un élément unique dans une grande cathédrale gothique. On voit ainsi Samaël, personnage des légendes juives, ange déchu assimilable à Satan, trônant sur un serpent, entouré de dragons.
L’une des caractéristiques de cet édifice est l’absence de transept, même s’il existe des portails latéraux (Nord et Sud), relativement sobres (du fait justement de l’absence de transept, ce qui a une incidence dans la symbolique). Cela reste rare dans l’architecture gothique ; les cathédrales de Sens et de Senlis n’en comportaient pas non plus dans leur première version. D’un point de vue architectural, Bourges a eu une influence sur d’autres cathédrales européennes : outre Notre-Dame de Paris, citons Le Mans, Coutances et Tolède.
Les façades extérieures sont ornées de nombreux bas-reliefs. Sur l’un d’eux, se distingue un détail cocasse, à l’instar de ce que nous avons déjà décrit dans la descente vers l’église basse, que beaucoup de commentateurs notent, disant que l’un des sculpteurs a immortalisé son postérieur…

La « tour de Beurre », celle située au Nord, contient une riche symbolique de sculptures, que l’on peut découvrir en montant 396 marches. Dans l’escalier, on rencontre en effet moult diables, personnages étranges et grotesques ou chauves-souris de pierre, représentant les démons et le monde païen du côté Nord, le monde des ténèbres et de la mort. Arrivé en haut de cette ascension, à 65 mètres de hauteur, comme une préfiguration de notre résurrection, on découvre un beau panorama et un pélican en bronze surplombant l’ensemble. Ce pélican est une reproduction, l’original étant depuis 1995 juste à l’entrée de la tour. Il s’agit comme nous l’avons vu en introduction, d’un symbole christique, le pélican étant réputé pour nourrir ses petits avec des morceaux de ses entrailles.

La cathédrale de Bourges surprend tant par son absence de transept que par son double bas-côté, qui se prolonge autour du chœur par un double déambulatoire. Cette particularité offre une perspective longitudinale continue exceptionnelle. La coupe transversale offre un profil pyramidal, les nefs étant hautes respectivement de 9 mètres, 21,30 mètres et 37,50 mètres depuis les bas-côtés extérieurs jusqu’à la nef centrale. Cette disposition originale permet un volume intérieur unifié, dépourvu de l’axialité appuyée qui caractérise la plupart des monuments gothiques en France. La disposition des nefs, chacune étant pourvue de fenêtres dans sa partie supérieure, permet en effet d’apporter une lumière venant des côtés, et non pas seulement du sommet de la nef centrale ou du chœur. L’effet produit est celui d’une très grande ampleur, alors que d’autres cathédrales gothiques mettent surtout l’accent sur la hauteur et sur l’axe menant vers le chœur. Cette cathédrale est l’une des plus lumineuses de France, avec Blois ou Arras par exemple. Et pour donner davantage de beauté et d’émotion, les piliers de la nef ont un écartement différent lorsque l’on s’approche du chevet, afin de gommer l’impression optique de rétrécissement. A proximité de la façade, l’écartement entre les piliers de la nef est de 14,12 mètres, pour une valeur de près de 15 mètres juste avant l’hémicycle.
Le temps est donné par Dieu. Cette prise de conscience est illustrée à Bourges, outre par les cloches, notamment par le tracé de la méridienne et l’horloge astronomique.
Les cloches se trouvent toutes dans la tour Nord de la cathédrale.
La cloche du duc Jean de Berry, date de 1372. N’ayant plus de battant, elle ne sonne plus mais possédait le timbre d’une horloge. Elle surmonte la tour, surplombée d’un pélican.
Le Gros Guillaume, pèse 6 080 kg et son diamètre est de 2,13 mètres. Elle ne sonne que pour les grandes occasions. Sa note est le « fa2 »
Marie-Thérèse, datée de 1828, pèse 1 830 kg et mesure environ 1,5 m de diamètre. Sa note est le « do3 »
Les quatre cloches de la paix, toutes datées de 1933, sont :
Henri-Zita, qui pèse 3 471 kg pour un diamètre de 1,80 mètre et une hauteur de 1,50 mètre. Sa note est le « la2 ».
Daniel-Mathilde, qui pèse 1 463 kg pour un diamètre de 1,35 mètre et une hauteur de 1,17 mètre. Elle sonne les heures et sa note est le « ré3 ».
Célestine-Martine, qui pèse 846 kg pour un diamètre de 1,12 m et une hauteur de 90 centimètres. Sa note est le « fa3 ».
Louise, qui pèse 613 kg, pour un diamètre de 1 mètre et une hauteur de 85 centimètres. Sa note est le « sol3 ».
Au prochain article, nous entrerons dans l’édifice…
[i] Inspiré de l’encyclopédie en ligne et des sites patrimoine-histoire, la-croix.com, ainsi que d’autres sites et ouvrages annoncés en cours d’article.
[ii] Laurence Brugger. — La façade de Saint-Étienne de Bourges. Le Midrash comme fondement du message chrétien. Poitiers, CESCM, 2000 (Civilisation Médiévale, IX) Andrault-Schmitt Claude ; Cahiers de Civilisation Médiévale – 2002
[iii] Inspiré du site encyclopédie-bourges.com/saintguillaume :
Lorsque l’on évoque saint Guillaume de Bourges, il y a souvent des confusions sur le nom, en particulier par rapport à la cathédrale saint Étienne. On trouve en effet, un Guillaume de Donjon qui fut archevêque de Bourges, à partir de 1199, puis un Guillaume des Brosses lui aussi archevêque, mais beaucoup plus tard et sans doute davantage connu que le précédent puisqu’il consacra la cathédrale. Enfin un Guillaume souvent appelé « de Bourges », proche parent de Guillaume de Donjon et personnage relativement mystérieux. Alors lorsque l’on évoque saint Guillaume à Bourges, de qui s’agit-il ?
Rien n’est simple, car le saint Guillaume du calendrier est bien Guillaume de Donjon à qui l’on doit semble-t-il une grande partie du programme iconographique de la cathédrale saint Étienne.
Guillaume de Donjon : En 1199, Henri de Sully fut remplacé par Guillaume, un moine cistercien, abbé de Chaalis, noble, de caractère pieux, voué à l’étude et à la méditation, qui s’orienta très vite vers les ordres. Il fut davantage désigné qu’élu archevêque de Bourges le 23 novembre 1199 et il fit la traditionnelle entrée dans Bourges sans doute par la rue Porte Jaune le dimanche 13 février 1200. Il fut mis en place par l’archevêque de Bordeaux Elie de Malemort. Il combattit à la demande du pape les hérétiques, et en particulier les cathares. Innocent II mobilisa ses évêques pour les ramener dans le bon chemin, et après l’échec de ces actions, il lança la croisade. L’archevêque de Bourges, Guillaume, fut le premier à répondre et si la maladie puis la mort ne l’avait empêché, il serait allé combattre les albigeois au côté de Simon de Montfort. Les circonstances de sa mort sont souvent qualifiées d’extraordinaires. Il participa en 1208 aux fêtes de Noël, alors que sa santé n’était pas très bonne. Puis, quelques jours plus tard, il célébra l’épiphanie alors que la cathédrale n’était pas terminée. Ce jour-là, le froid était glacial et la nef était certainement à découvert d’où un courant d’air particulièrement vif. Le prélat était, dit son biographe, nu tête, et cela n’arrangeait pas son état déjà fiévreux. Il mourut le 10 janvier 1209 et le peuple vint pleurer son archevêque dont le corps avait été placé au centre de la « cathédrale meurtrière ». Son corps fut sans doute déposé dans la crypte, comme cela se pratiqua par la suite. Il fut le premier à avoir ce type de sépulture. Dans les jours puis les semaines qui suivirent, des miracles furent observés « par son intercession et devant son tombeau » si bien que le pape Innocent III promulgua une bulle de canonisation le 17 mai 1217, ce qui est tout à fait exceptionnel en termes de délai. Guillaume de Donjon fut un très grand prédicateur, et on venait l’écouter avec beaucoup de ferveur. Il participa très activement à l’iconographie de la cathédrale. Les sculptures selon Guillaume de Donjon devaient représenter la « Jérusalem Céleste » face à la « synagogue de Satan » et la Babylone de Belzébuth ». Il s’agissait d’un point fondamental de la doctrine en ce début de XIII e siècle. Son rôle dans le programme iconographie des sculptures et des vitraux du XIII e siècle est primordial, car il devait sans aucun doute animer une équipe de théologiens qui maniaient avec beaucoup de détermination l’ensemble des écrits chrétiens, mais aussi les sources hébraïques, ce qui fait de la cathédrale saint Étienne sur ce plan, un exemple unique.
Guillaume de Bourges : Le second Guillaume est fort mal connu, il s’agirait, selon les dernières et récentes découvertes de l’auteur d’un traité « le livre des Guerres du Seigneur » qui fut rédigé par un juif converti par le futur Saint Guillaume (l’archevêque de Bourges) et qui prit le nom de son maître, « Guillaume », ce qui ne facilite pas les recherches. Il entra dans l’Église chrétienne, reçut les ordres mineurs et fut diacre. Il n’avait pas fait d’études particulières. Pourtant, il englobe dans son ouvrage les écrits consacrés au Nouveau Testament mais aussi et surtout les traités du Talmud et la Bible hébraïque, son passé sur la culture juive lui permettant cette approche. Guillaume de Bourges visait dans ses écrits deux types de personnages qu’il fallait combattre, les juifs et les hérétiques. Selon les dernières études de Laurence Brugger, le programme des sculptures des écoinçons situés sur la façade occidentale, face au grand parvis montre un récit de la Genèse qui est assez loin de l’iconographie chrétienne traditionnelle, mais plus proche des sources hébraïques. En particulier avec quelques figures comme Samaël, l’ange déchu et identifiable à Satan, et tout cela figure dans le Talmud. De tels programmes ne pouvaient être réalisés que par des chrétiens et des théologiens hébraïsants et Guillaume de Bourges est sans doute l’un d’eux à qui l’on doit cette frise en pierre.
Guillaume de Brosse : C’est sans doute des trois Guillaume qui cités dans la construction de la cathédrale saint Étienne celui qui est le plus connu. En effet, il consacra la cathédrale le 5 mai 1324, après la consolidation de la tour Sud par un pilier butant de forte dimension. Cette date correspond à » la fin » de la construction, commencée en 1195. Guillaume de Brosse était berrichon, sa famille était installée au Sud de la Creuse. Il avait été évêque du Puy et de Meaux avant de venir à Bourges. Il était un agent du roi, qui l’utilisait beaucoup pour des missions délicates, comme certaines négociations avec Robert de Flandres. Les bonnes relations entre Guillaume de Brosse, le roi et le pape Jean XXII servirent lors de la réorganisation des diocèses. Jean XXII partagea un certain nombre de diocèses comme Poitiers, Limoges ou Toulouse pour en diminuer la superficie. Il ne toucha pas à celui de Bourges, pourtant aussi grand que ceux qui furent touchés. Guillaume de Brosse s’intéressa aussi à faire canoniser un de ses prédécesseur, Philippe Berruyer, mais il n’y eut pas de résultat. Bientôt, il quitta Bourges pour Sens dont dépendait alors Paris.


