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[Témoignage] Communauté Saint-Martin : face aux insinuations, savoir remettre les faits en perspective

L'Abbé Guérin avec le cardinal Siri @tribunechretienne
L'Abbé Guérin avec le cardinal Siri @tribunechretienne
Présenter la visite apostolique comme une initiative romaine est une erreur grossière et contribue "à créer un climat de doute et de suspicions auprès des lecteurs"

L’article publié par La Croix le 4 mars 2026 sous la plume de Gonzague de Pontac prétend dresser un portrait « ambivalent » de l’abbé Jean-François Guérin, fondateur de la communauté Saint-Martin. Mais à bien y regarder, l’enquête ressemble surtout à un exercice désormais familier : celui d’un journalisme soupçonneux qui semble toujours chercher la faille chez l’une des communautés les plus dynamiques de l’Église de France.

Car il faut rappeler un fait essentiel que l’article évoque à peine : la communauté Saint-Martin est aujourd’hui l’un des principaux viviers de prêtres pour les diocèses français. En 2025, 9 prêtres et 13 diacres ont été ordonnés uniquement pour la communauté Saint Martin

Dans un contexte de crise des vocations (  90 nouveaux prêtres en 2025 pour toute la France ) , ses prêtres sont appelés par de nombreux évêques et servent dans une grande variété de diocèses. Cette vitalité dérange manifestement certains observateurs.

Précisons que la Communauté Saint-Martin a été fondée en 1976 par l’abbé Jean-François Guérin pour former des jeunes appelés au sacerdoce et désireux de vivre une vie sacerdotale commune au service des diocèses. Accueillie à Gênes sous la protection du cardinal Giuseppe Siri, la communauté reçoit une reconnaissance canonique en 1979 avant de devenir en 2000 une association publique de droit pontifical directement liée au Saint-Siège.Installée d’abord à Candé-sur-Beuvron puis depuis 2014 à Abbaye d’Évron, elle est présente dans de nombreuses paroisses et sanctuaires en France, notamment à Agen, Angers, Blois, Dijon, Limoges, Tours, au Mont-Saint-Michel ou au Sanctuaire de Lourdes, et assure également des missions à l’étranger, notamment à Rome, en Allemagne à Neviges, en Autriche à Thalgau, ainsi qu’à Cienfuegos et Placetas, deux villes situées dans le centre de l’île de Cuba où ses prêtres exercent un ministère pastoral.

Cette communauté fidèle à la liturgie de l’Église, ouverte à la tradition,non opposée à la richesse du rite tridentin, mais attachée à la communion avec Rome. Cette position médiane, fidèle à la tradition de l’Eglise mais non idéologique, semble susciter une suspicion récurrente dans certaines analyses.

Un témoignage qui contredit les insinuations

Afin de vérifier certaines insinuations du journal La Croix, nous avons contacté un des premiers arrivants au sein de la communauté Saint Martin, un fidèle auprès de l’abbé Guérin pendant de nombreuses années. Celui-ci a accepté de témoigner sous anonymat afin de préserver sa tranquillité. Mais, pour attester de son intégrité et de la légitimité de son témoignage, il nous a fait parvenir une photographie de l’époque ( 19179 ) montrant le cardinal Siri aux côtés de l’abbé Grégoire.

Son témoignage est clair : Pendant près de trente ans à ses côtés, il affirme n’avoir jamais été victime ni témoin du moindre comportement déplacé de la part du fondateur. Ce témoin, très proche de la communauté à ses débuts, souhaite également corriger certaines affirmations présentées dans l’article.

Il conteste notamment l’idée selon laquelle la visite apostolique évoquée aurait été déclenchée par le Vatican à la suite de soupçons. Il précise que la réalité est différente : c’est Don Paul Préaux lui-même, alors modérateur général de la communauté ( toujours à ce poste en 2026 ) , qui a demandé cette visite. Présenter l’événement comme une initiative romaine revient donc, selon lui, à créer un climat de doute et de suspicions auprès des lecteurs.

C’est une nuance importante, qui change profondément la perception et la lecture des faits, et la volonté de transparence inhérente à la communauté et non imposée par Rome.

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Par ailleurs ce membre historique de la communauté ne nie pas le tempérament marqué de l’abbé Guérin. Au contraire, il le décrit comme « un homme au caractère haut en couleur », capable de colères mais aussi d’une grande générosité. Mais il rappelle surtout le contexte historique : celui des années 1970, où l’abbé Guérin a dû créer une communauté sacerdotale pratiquement à partir de rien : « Il est parti de rien. Il fallait du caractère pour conduire une telle œuvre », nous confie-t-il. Comme tout homme, ajoute-t-il, le fondateur avait ses limites. Mais réduire sa figure à quelques témoignages tardifs reviendrait à ignorer l’œuvre immense qu’il a accomplie.

L’un des premiers membres de la communauté insiste également sur un point souvent oublié : le sens de l’Église qui animait l’abbé Guérin. Son passage d’un rite à l’autre, parfois évoqué comme une incohérence, fut au contraire selon lui un acte de grande fidélité à l’Eglise ; « Ce n’était ni un caprice ni une impulsion « du jour au lendemain » . C’était une fidélité à l’Église », affirme-t-il.À une époque où certains choisissaient la rupture, l’abbé Guérin a voulu maintenir une voie d’unité : enracinée dans la tradition liturgique, mais pleinement en communion avec Rome.

Notre témoin de la communauté Saint Martin reconnaît par ailleurs que des erreurs ont pu être commises dans l’histoire de la communauté. Mais il ajoute aussitôt : « Mettre cela en face de l’œuvre accomplie est vraiment peu de chose. » Aujourd’hui, la communauté Saint-Martin forme des prêtres, sert les diocèses et contribue au renouveau missionnaire de l’Église en France. Comme l’a rappelé récemment le pape Léon XIV, l’Église n’est pas parfaite parce qu’elle est faite d’hommes et de femmes portant leurs faiblesses.

Que dire alors d’une communauté qui, malgré les limites humaines de ses membres, irradie aujourd’hui par son travail dans toute l’Église de France ? Sans doute simplement ceci : qu’elle constitue un exemple de vitalité sacerdotale. Quant à son fondateur, il n’était certainement pas un saint canonisé. Mais il fut, selon ceux qui l’ont vraiment connu, un homme de bonne volonté qui a consacré sa vie à former des prêtres. Tout le reste relève davantage d’une « suspicion journalistique » que d’une véritable recherche de la vérité.


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