Symbole de pureté et de pardon.Comment un phénomène météorologique potentiellement destructeur peut-il porter le nom d’une sainte ?
Après un épisode neigeux ayant déjà affecté de nombreux départements, une nouvelle perturbation majeure s’annonce sur la France. Baptisée « Goretti », cette tempête est qualifiée par les météorologues de « bombe météorologique » en raison d’une chute de pression exceptionnelle, estimée à près de trente hectopascals en moins de vingt-quatre heures.

Selon les bulletins de Météo-France, un vent froid et très violent atteindra la Bretagne dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 janvier, avant de longer la Manche et de remonter vers les Hauts-de-France. Les rafales pourraient atteindre 120 à 140 km/h sur le littoral, notamment dans le département de la Manche, tandis que des vents proches ou supérieurs à 100 km/h sont attendus à l’intérieur des terres, en Bretagne, en Normandie, dans les Pays de la Loire, le bassin parisien et les Hauts-de-France. De fortes vagues sont également annoncées le long des côtes atlantiques et de la Manche, conduisant les autorités à appeler à la plus grande prudence.
Au-delà de l’intensité du phénomène, le choix du nom « Goretti » suscite des interrogations. Pour de nombreux fidèles, ce prénom évoque immédiatement Sainte Maria Goretti, née en 1890 à Corinaldo, dans une famille de paysans pauvres, et morte à l’âge de onze ans après avoir résisté à une tentative de viol dans l’agro pontin, près de Nettuno. Issue d’un milieu rural marqué par la misère, le travail précoce et la maladie, elle avait perdu son père, emporté par la malaria, et assumait très jeune de lourdes responsabilités familiales. Profondément croyante, attachée à la prière et à l’Eucharistie, elle reçut la première communion de manière anticipée et manifestait une maturité spirituelle largement reconnue par ses contemporains.
Le 5 juillet 1902, alors qu’elle se trouvait seule à la maison, Maria Goretti fut agressée par Alessandro Serenelli. Gravement blessée, elle mourut le lendemain à l’hôpital de Nettuno. Avant de mourir, elle pardonna explicitement à son agresseur et exprima le souhait qu’il puisse un jour la rejoindre au Paradis. Ce pardon, offert au seuil de la mort, constitue le cœur du témoignage retenu par l’Église. Condamné à trente ans de prison, Serenelli se convertira en détention, demandera pardon à la mère de Maria, et mènera ensuite une vie de pénitence. Canonisée en 1950 par le pape Pie XII, en présence de sa mère, sainte Maria Goretti est aujourd’hui vénérée comme martyre et demeure associée aux thèmes du pardon et de la miséricorde.
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Le nom « Goretti » attribué à la tempête ne résulte cependant d’aucune intention symbolique ou religieuse, nous dit-on. Les services météorologiques européens affirment utiliser des listes des noms établies à l’avance, selon un ordre alphabétique afin de nommer les perturbations hivernales jugées dangereuses. Météo France que nous avons tenté d’interroger ( appel surtaxé ) reste injoignable.
Cette méthode vise à faciliter l’identification des phénomènes et à renforcer l’efficacité des messages de prévention auprès du public. Il n’en demeure pas moins que l’association du nom d’une sainte catholique à une catastrophe naturelle potentiellement destructrice peut légitimement troubler. Les noms de saints portent une charge spirituelle et symbolique forte, en particulier pour les fidèles, et leur emploi pour désigner des phénomènes violents crée un décalage de sens. Sans remettre en cause le principe du nommage des tempêtes, on peut estimer qu’une plus grande attention aux références religieuses aurait été préférable. Éviter l’usage de noms de saints pour qualifier des événements destructeurs et des catastrophes naturelles relèverait non d’une censure, mais d’un respect élémentaire envers la mémoire spirituelle qu’ils incarnent. Cette tempête rappelle ainsi que les mots utilisés dans l’espace public, même lorsqu’ils répondent à une logique technique, ne sont jamais totalement neutres.


