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[TRIBUNE] Réponse au Journal La Croix : Mauvaise question, mauvaise réponse

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"Ce que vous refusez de voir, c’est que l’amour chrétien ne consiste pas à confirmer chacun dans ce qu’il est déjà, mais à appeler chacun à la conversion"

Le texte qui suit est une tribune écrite par un prêtre catholique, en réponse à la chronique publiée le 17 janvier 2026 dans La Croix par la journaliste Youna Rivallain, sous le titre : « Morale sexuelle : les chrétiens “hors des clous” peuvent-ils occuper des responsabilités dans l’Église ? ». Une chronique qui relève surtout d’un exercice désormais classique au sein de La Croix : interroger l’Église non à partir de ce qu’elle croit, mais à partir de ce qu’une partie du monde voudrait qu’elle devienne.

Nous avons reçu ce texte de la part de son auteur, qui, par souci de tranquillité pastorale, n’a pas souhaité que son identité soit révélée. Nous le comprenons et nous respectons ce choix, tant le climat ecclésial et médiatique actuel rend suspect, voire coupable, tout rappel ferme de l’enseignement de l’Église.

Disons-le d’emblée, et sans faux-semblants : quand la question est mal posée, la réponse ne peut être que fausse. En parlant de chrétiens « hors des clous », comme s’il s’agissait d’une norme disciplinaire arbitraire, d’un carcan moral qu’une rédaction éclairée pourrait assouplir à coups de chroniques bien-pensantes, La Croix révèle une fois de plus son malentendu fondamental. L’Église n’est pas une institution sommée de se mettre à jour selon l’air du temps, elle est le Corps du Christ, chargé de transmettre fidèlement ce qu’il a reçu.

« Madame,

Votre texte empile les lieux communs avec l’assurance de ceux qui ont décidé, à l’avance, que l’Évangile devait s’excuser d’exister. Vous parlez de « rentrer dans les clous » comme s’il s’agissait d’un règlement administratif arbitraire, d’un code interne un peu poussiéreux qu’il faudrait assouplir pour ne vexer personne. Or il n’a jamais été question de rentrer dans des clous. Il est question de se conformer ou non au Christ. Et cela, que cela plaise ou non, est le premier acte d’amour.

Vous prétendez qu’il y aurait « énormément » de personnes qui veulent servir le Christ mais qui en seraient empêchées par la morale sexuelle chrétienne. Permettez-moi de vous répondre sans détour : vouloir servir le Christ tout en refusant ce qu’il enseigne n’est pas servir le Christ, c’est vouloir l’utiliser. Le disciple ne choisit pas dans l’Évangile ce qui lui convient et ce qui l’embarrasse. « Si vous m’aimez, gardez mes commandements  » (Jean 14: 15 ) dit le Seigneur. Pas « si vous m’aimez, vous négocierez mes commandements ».

Vous évoquez les personnes divorcées remariées, homosexuelles, et « beaucoup d’autres situations », comme s’il s’agissait de catégories injustement bannies d’une Église obsédée par le sexe. C’est une caricature commode, mais fausse. L’Église n’exclut pas des personnes, elle juge des actes et des situations objectives, non pour condamner des individus, mais pour dire la vérité sur ce qui conduit ou non à la vie.

Ce que vous refusez de voir, c’est que l’amour chrétien ne consiste pas à confirmer chacun dans ce qu’il est déjà, mais à appeler chacun à la conversion.

Vous demandez pourquoi l’exemplarité sexuelle « prime » sur le reste. La réponse est simple, et elle ne vous plaît pas : parce que la sexualité engage le corps tout entier, parce qu’elle touche à l’alliance, à la fidélité, à la vérité du don de soi. Un prêtre n’est pas un prestataire de services spirituels, c’est un signe vivant, un homme configuré au Christ Époux. On ne lui demande pas d’être impeccable par orgueil moral, mais cohérent. Cohérent entre ce qu’il annonce et ce qu’il vit.

Le prêtre agit in persona Christi ; à ce titre, il ne peut se référer ni aux lois changeantes ni aux caprices idéologiques de ce monde, mais uniquement à la loi du Christ, reçue, transmise et servie, même lorsqu’elle contredit l’air du temps.Son identité n’est pas là pour “rentrer dans les clous”, car l’Église n’est pas une administration chargée de faire appliquer des normes humaines, mais le lieu où l’on sert Dieu, en se dépouillant résolument de tout ce qui l’empêche, même lorsque cela dérange.

Votre comparaison avec les sept péchés capitaux se veut maligne, elle est surtout révélatrice. Oui, l’Église appelle aussi à lutter contre l’orgueil, l’avarice, la colère, l’envie, la gourmandise et la paresse. Et elle sait très bien que nul n’en sort indemne. Mais il y a une différence fondamentale entre une faiblesse combattue et une situation installée, revendiquée, présentée comme compatible avec la mission. Ce que vous réclamez, ce n’est pas la miséricorde, c’est la normalisation du péché. Ce n’est pas l’accueil, c’est la reddition.

Quant à l’idée d’ordonner des hommes mariés comme solution miracle, elle repose sur la même logique utilitariste : puisqu’il manque des prêtres, abaissons l’exigence. Comme si la crise des vocations venait d’un excès de fidélité à l’Évangile. La vérité est exactement inverse : là où l’Église dilue son message, elle n’attire plus personne. On ne donne pas sa vie pour une morale négociable, mais pour une vérité qui dépasse et qui brûle.

Vous parlez beaucoup d’amour, mais vous refusez sa forme la plus exigeante. L’amour chrétien ne flatte pas, il relève. Il ne dit pas « reste comme tu es », il dit « lève-toi et marche ». Appeler quelqu’un à se conformer au Christ, même dans le domaine de sa vie affective et sexuelle, n’est pas une violence. La véritable violence, c’est de lui faire croire que le Christ peut se plier à ses désirs.

Ce n’est donc pas l’Église qui manque d’exemplarité, Madame. C’est votre propos qui manque de vérité. Et sans vérité, l’amour n’est plus qu’un mot creux, bon pour les chroniques, mais incapable de sauver qui que ce soit. »

Prêtre de l’Eglise catholique de France

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