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Trois cardinaux américains dénoncent la politique étrangère du président Donald Trump

( de gauche à droite ) Eminences Blase J. Cupich,Joseph W. Tobin et Son Eminence Robert W. McElroy
( de gauche à droite ) Eminences Blase J. Cupich,Joseph W. Tobin et Son Eminence Robert W. McElroy
En se référant explicitement à l’enseignement récent du pape Léon XIV, trois cardinaux des États- Unis publient une déclaration commune rare ( Texte intégral)

Lundi 19 janvier 2026, les cardinaux Blase J. Cupich, Robert W. McElroy et Joseph W. Tobin ont rendu publique une déclaration conjointe consacrée à la moralité de la politique étrangère des États-Unis sous la présidence de Donald Trump. Le texte, au ton inhabituellement direct, évalue les choix diplomatiques et stratégiques américains à la lumière des principes exposés par Léon XIV lors de son discours du 9 janvier 2026 au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège.Les trois prélats situent leur intervention dans un contexte international qu’ils jugent marqué par une multiplication des conflits armés, un affaiblissement du multilatéralisme et une redéfinition préoccupante de la notion de paix. Ils évoquent notamment les tensions liées aux situations au Venezuela, en Ukraine et au Groenland, qu’ils considèrent comme révélatrices d’une fragilité croissante du droit des nations à disposer d’elles-mêmes.

« Tracer une vision morale de la politique étrangère américaine « 

Dans les déclarations accompagnant le texte, le cardinal Blase J. Cupich affirme que la responsabilité pastorale des évêques les oblige à ne pas rester silencieux face à des décisions politiques susceptibles de condamner des populations entières à une précarité durable. Il estime que le pape Léon XIV a fourni une orientation morale claire qui doit être appliquée à la conduite des nations et à l’action de leurs dirigeants.

Le cardinal Robert W. McElroy insiste pour sa part sur l’enseignement social de l’Église, rappelant que la réduction de l’intérêt national à des considérations étroites, détachées de la solidarité entre les peuples et de la dignité de la personne humaine, engendre des souffrances considérables et compromet la paix juste. Il avertit que le débat politique américain, lorsqu’il ignore ces réalités, se fait au détriment des intérêts les plus authentiques du pays et de ses meilleures traditions.Le cardinal Joseph W. Tobin, récemment présent à Rome pour le consistoire présidé par le pape Léon XIV, souligne quant à lui l’urgence de rappeler la vision pontificale de relations internationales fondées sur la justice et la paix. Il met en garde contre une escalade des menaces et des conflits armés qui risquerait de désagréger durablement l’ordre international et de plonger le monde dans des souffrances difficilement mesurables.

Au cœur de leur déclaration, les cardinaux citent longuement le pape Léon XIV, qui dénonce la substitution d’une diplomatie du dialogue par une diplomatie de la force, le retour de la guerre comme instrument ordinaire de la politique internationale et la remise en cause du principe, établi après la Seconde Guerre mondiale, de l’inviolabilité des frontières. Ils rappellent également l’affirmation centrale du magistère selon laquelle le droit à la vie constitue le fondement de tous les autres droits humains, et que l’avortement et l’euthanasie y portent atteinte.Le texte évoque aussi la réduction de l’aide humanitaire internationale par les nations les plus riches, présentée comme une menace directe pour les éléments essentiels de la dignité humaine, ainsi que les atteintes croissantes à la liberté de conscience et à la liberté religieuse, parfois justifiées au nom de logiques idéologiques ou de prétendues exigences de pureté.

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Se présentant à la fois comme pasteurs et comme citoyens, les trois cardinaux appellent à une politique étrangère américaine qui renonce à la guerre comme instrument au service d’intérêts nationaux limités et qui réserve l’usage de la force militaire à des situations véritablement extrêmes. Ils plaident pour une action internationale respectueuse de la vie humaine, de la liberté religieuse et de la dignité des peuples, notamment par le biais d’une aide économique adaptée.Conscients de la forte polarisation du débat politique aux États-Unis, ils estiment que l’enseignement du pape Léon XIV offre un cadre moral susceptible d’élever la discussion à un niveau plus exigeant. Ils annoncent leur intention de poursuivre, dans les mois à venir, un travail de prédication, d’enseignement et de plaidoyer afin que cette vision morale irrigue concrètement le débat public et les choix de politique étrangère.

intégralité du texte ( Traduction Tribune Chrétienne)

Tracer une vision morale de la politique étrangère américaine

En 2026, les États-Unis sont entrés dans le débat le plus profond et le plus éprouvant sur le fondement moral de l’action de l’Amérique dans le monde depuis la fin de la guerre froide. Les événements au Venezuela, en Ukraine et au Groenland ont soulevé des questions fondamentales sur l’usage de la force militaire et sur le sens même de la paix. Les droits souverains des nations à l’autodétermination apparaissent d’une fragilité extrême dans un monde marqué par des conflagrations toujours plus vastes. L’équilibre entre l’intérêt national et le bien commun est désormais présenté dans des termes fortement polarisés. Le rôle moral de notre pays dans la confrontation du mal à travers le monde, dans la défense du droit à la vie et de la dignité humaine, et dans le soutien à la liberté religieuse fait l’objet d’un examen approfondi. Et la construction d’une paix juste et durable, si essentielle au bien-être de l’humanité aujourd’hui et demain, se trouve réduite à des catégories partisanes qui encouragent la polarisation et des politiques destructrices.

Pour toutes ces raisons, la contribution du pape Léon XIV, qui a présenté ce mois-ci au corps diplomatique du Vatican les fondements authentiquement moraux des relations internationales, nous a fourni une boussole éthique durable pour tracer la voie de la politique étrangère américaine dans les années à venir. Il a déclaré :

« À notre époque, l’affaiblissement du multilatéralisme constitue un motif particulier de préoccupation au niveau international. Une diplomatie qui promeut le dialogue et recherche le consensus entre toutes les parties est remplacée par une diplomatie fondée sur la force, exercée par des individus ou par des groupes d’alliés. La guerre est de retour et un zèle pour la guerre se répand. Le principe établi après la Seconde Guerre mondiale, qui interdisait aux nations d’employer la force pour violer les frontières des autres, a été complètement sapé. La paix n’est plus recherchée comme un don et comme un bien désirable en soi, ni dans la perspective de “l’établissement de l’ordre de l’univers voulu par Dieu avec une forme plus parfaite de justice entre les hommes et les femmes”. Au contraire, la paix est recherchée par les armes comme une condition pour affirmer sa propre domination. »

Le pape Léon XIV réaffirme également l’enseignement catholique selon lequel « la protection du droit à la vie constitue le fondement indispensable de tout autre droit humain », et que l’avortement et l’euthanasie portent atteinte à ce droit. Il souligne la nécessité de l’aide internationale pour sauvegarder les éléments les plus essentiels de la dignité humaine, aujourd’hui menacés par la décision de nations riches de réduire ou de supprimer leurs contributions aux programmes d’aide humanitaire internationale. Enfin, le Saint-Père attire l’attention sur les violations croissantes de la conscience et de la liberté religieuse, commises au nom d’une pureté idéologique ou religieuse qui écrase la liberté elle-même.

Comme pasteurs et comme citoyens, nous faisons nôtre cette vision en vue de l’établissement d’une politique étrangère authentiquement morale pour notre nation. Nous cherchons à construire une paix véritablement juste et durable, cette paix que Jésus a proclamée dans l’Évangile. Nous renonçons à la guerre comme instrument au service d’intérêts nationaux étroits et proclamons que l’action militaire ne doit être envisagée qu’en dernier recours, dans des situations extrêmes, et non comme un instrument ordinaire de la politique nationale. Nous appelons de nos vœux une politique étrangère qui respecte et promeuve le droit à la vie humaine, la liberté religieuse et le développement de la dignité humaine à travers le monde, notamment par l’aide économique.

Le débat de notre nation sur le fondement moral de la politique américaine est miné par la polarisation, le sectarisme partisan et des intérêts économiques et sociaux étroits. Le pape Léon XIV nous a donné le prisme à travers lequel l’élever à un niveau bien supérieur. Nous prêcherons, enseignerons et plaiderons dans les mois à venir afin de rendre ce niveau supérieur possible.

Signé
Cardinal Blase J. Cupich, archevêque de Chicago
Cardinal Robert W. McElroy, archevêque de Washington
Cardinal Joseph W. Tobin, C.Ss.R., archevêque de Newark »

Texte original

Charting A Moral Vision of American Foreign Policy

In 2026, the United States has entered into the most profound and searing debate about the moral foundation for America’s actions in the world since the end of the Cold War. The events in Venezuela, Ukraine and Greenland have raised basic questions about the use of military force and the meaning of peace. The sovereign rights of nations to self-determination appear all too fragile in a world of ever greater conflagrations. The balancing of national interest with the common good is being framed within starkly polarized terms. Our country’s moral role in confronting evil around the world, sustaining the right to life and human dignity, and supporting religious liberty are all under examination. And the building of just and sustainable peace, so crucial to humanity’s well-being now and in the future, is being reduced to partisan categories that encourage polarization and destructive policies.

For all of these reasons, the contribution of Pope Leo in outlining a truly moral foundation for international relations to the Vatican diplomatic corps this month has provided us an enduring ethical compass for establishing the pathway for American foreign policy in the coming years. He stated:

In our time, the weakness of multilateralism is a particular cause for concern at the international level. A diplomacy that promotes dialogue and seeks consensus among all parties is being replaced by a diplomacy based on force, by either individuals or groups of allies. War is back in vogue and a zeal for war is spreading. The principle established after the Second World War, which prohibited nations from using force to violate the borders of others, has been completely undermined. Peace is no longer sought as a gift and desirable good in itself, or in pursuit of “the establishment of the ordered universe willed by God with a more perfect form of justice among men and women.” Instead, peace is sought through weapons as a condition for asserting one’s own dominion.

Pope Leo also reiterates Catholic teaching that “the protection of the right to life constitutes the indispensable foundation for every other human right” and that abortion and euthanasia are destructive of that right. He points to the need for international aid to safeguard the most central elements of human dignity, which are under assault because of the movement by wealthy nations to reduce or eliminate their contributions to humanitarian foreign assistance programs. Finally, the Holy Father points to the increasing violations of conscience and religious freedom in the name of an ideological or religious purity that crushes freedom itself.

As pastors and citizens, we embrace this vision for the establishment of a genuinely moral foreign policy for our nation. We seek to build a truly just and lasting peace, that peace which Jesus proclaimed in the Gospel. We renounce war as an instrument for narrow national interests and proclaim that military action must be seen only as a last resort in extreme situations, not a normal instrument of national policy. We seek a foreign policy that respects and advances the right to human life, religious liberty, and the enhancement of human dignity throughout the world, especially through economic assistance.

Our nation’s debate on the moral foundation for American policy is beset by polarization, partisanship, and narrow economic and social interests. Pope Leo has given us the prism through which to raise it to a much higher level. We will preach, teach, and advocate in the coming months to make that higher level possible.

Signed,
Cardinal Blase J. Cupich, Archbishop of Chicago
Cardinal Robert W. McElroy, Archbishop of Washington
Cardinal Joseph W. Tobin, C.Ss.R., Archbishop of Newark

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