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Un parc d’éoliennes industrielles menace le silence de l’abbaye Notre-Dame des Neiges

Photo Notre Dame des Neiges
Photo Notre Dame des Neiges
Arrivées en Ardèche en décembre 2022 pour redonner vie à l’abbaye de Notre-Dame des Neiges, les treize sœurs cisterciennes venues de l’abbaye de Boulaur doivent aujourd’hui affronter une nouvelle épreuve

Au cœur des montagnes qui marquent la frontière entre l’Ardèche et la Lozère, l’abbaye de Notre-Dame des Neiges demeure l’un de ces lieux rares où la prière monastique s’inscrit dans un paysage encore largement préservé. Fondé au XIXᵉ siècle, ce monastère cistercien a longtemps été un lieu de silence et de retraite spirituelle. Mais ce site emblématique se trouve aujourd’hui au centre d’une controverse grandissante. Un projet d’installation d’éoliennes industrielles à proximité immédiate de l’abbaye provoque depuis plusieurs années une mobilisation locale de plus en plus forte.

Le projet est porté par la société EDF Power Solutions et concerne la commune de Laveyrune, en Ardèche, à la limite du département de la Lozère. La presse locale précise que le projet prévoit l’installation d’au moins cinq éoliennes atteignant environ 150 mètres de hauteur en bout de pale. Ces machines, de taille industrielle, seraient implantées sur les hauteurs dominant l’abbaye et seraient visibles à plusieurs kilomètres à la ronde. Les études techniques sont toujours en cours, notamment l’étude d’impact environnemental. Selon les informations relayées par la presse régionale, cette étude considère que l’impact global sur l’environnement et les paysages serait relativement limité. La presse locale précise toutefois que certaines espèces animales pourraient être davantage affectées, en particulier les chiroptères, c’est-à-dire les chauves-souris.

Le projet a franchi une étape administrative importante à l’automne 2025. La presse locale précise que le conseil communautaire Montagne d’Ardèche a rendu un avis favorable en novembre dernier, en mettant en avant les retombées fiscales attendues pour les communes rurales du secteur.

Trois des éoliennes devraient en effet être installées sur des terrains communaux, ce qui générerait des recettes supplémentaires pour les collectivités locales. Cet argument financier ne convainc cependant pas une partie de la population locale, qui estime que les paysages et le patrimoine spirituel du territoire ne peuvent être réduits à une simple question de rentabilité économique.

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Depuis plusieurs années, le projet suscite une opposition persistante. Une première pétition lancée en 2025 avait déjà rassemblé plus de 6 400 signatures. Mais la mobilisation s’est encore amplifiée ces dernières semaines. La presse locale précise qu’une nouvelle pétition en ligne, lancée il y a trois semaines par l’association Urgence nature, a déjà recueilli plus de 12 000 signatures. Cette association, basée à Chasseradès en Lozère, estime que l’installation de ces éoliennes transformerait profondément l’identité paysagère de ces plateaux de montagne.La contestation s’organise également à travers le collectif Eole 07, qui rassemble plusieurs associations engagées dans la protection des paysages du massif du Mézenc et des plateaux ardéchois. Parmi elles figurent des organisations mobilisées pour la défense des paysages du mont Gerbier-de-Jonc, de Montselgues ou encore du col des Quatre Vios.

Rappelons que fin décembre 2025, une étape importante a été franchie lorsque l’abbaye a accédé au statut de prieuré autonome. Cette décision canonique, prise à la demande du pape Léon XIV et actée par un décret signé par Dom Mauro Giuseppe Lepori, abbé général de l’Ordre cistercien, a reconnu officiellement l’enracinement de la communauté dans le diocèse de Viviers. Les sœurs peuvent désormais élire leur supérieure et gérer pleinement la vie et les biens de leur maison.

Arrivées initialement au nombre de huit, elles sont aujourd’hui treize et poursuivent la tradition monastique fondée sur l’équilibre entre la prière, le travail et l’accueil des pèlerins.Dans la tradition cistercienne, le choix d’un lieu retiré n’est jamais anodin. Depuis des siècles, les abbayes de cet ordre se sont établies dans des espaces de solitude et de silence, propices à la contemplation et à la recherche de Dieu dans la beauté de la création.Pour de nombreux observateurs, la perspective de voir surgir à proximité du monastère des structures industrielles de 150 mètres de haut apparaît difficilement compatible avec cette vocation religieuse.

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