Cette affaire, encore au stade de l’instruction, intervient dans un diocèse déjà marqué par de précédentes révélations, ravivant l’exigence de vérité, de justice et de protection des plus vulnérables.selon un communiqué du parquet, un prêtre exerçant à Libourne a été mis en examen jeudi 15 janvier pour acquisition et détention d’images à caractère pédopornographique. Interpellé et placé en garde à vue dans la journée, il a été présenté à un magistrat instructeur avant d’être mis en examen dans la foulée. Dans le même dossier, il a également été placé sous le statut de témoin assisté pour des faits de viols sur mineur, un statut intermédiaire qui signifie que des soupçons existent sans que, à ce stade, les éléments réunis ne justifient une mise en examen sur ce chef précis.
Radio France précise que dans l’attente de la poursuite de l’instruction, le prêtre a été laissé libre mais soumis à un contrôle judiciaire strict. Il lui est interdit de paraître à Libourne, d’exercer toute activité en lien avec des mineurs et d’utiliser des comptes d’accès à des services de plateformes en ligne ayant servi à la commission des faits reprochés. Le parquet précise que cette interdiction équivaut à un véritable « bannissement numérique ». À ces mesures s’ajoute une obligation de soin, décidée par l’autorité judiciaire.
Conformément aux principes fondamentaux du droit, la présomption d’innocence demeure pleinement applicable. Néanmoins, la gravité des faits reprochés explique la sévérité des mesures imposées et la prudence observée tant par les autorités judiciaires que par les institutions concernées. L’identité du prêtre n’a pas été rendue publique, usage constant à ce stade de la procédure.
Les faits se sont produits dans le ressort du diocèse de Bordeaux, qui couvre l’ensemble du département de la Gironde. L’ordinaire du lieu est Monseigneur Jean-Paul James, nommé archevêque de Bordeaux et évêque de Bazas en 2019. À ce jour, aucun communiqué officiel n’a été diffusé par le diocèse concernant cette affaire, un silence institutionnel fréquent tant que la justice civile est en phase d’instruction.
Cette nouvelle mise en cause survient dans un diocèse déjà éprouvé par des révélations antérieures. En novembre 2022, Mgr Jean-Pierre Ricard, alors archevêque émérite de Bordeaux, avait reconnu publiquement une conduite qualifiée de « répréhensible » sur une mineure, pour des faits remontant à 1987.
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Cette affaire, rendue publique par un communiqué lu par la Conférence des évêques de France, avait profondément marqué les fidèles et rappelé la nécessité d’un travail de vérité sans complaisance.
Pour l’Église catholique, ces situations demeurent une épreuve grave et douloureuse. Elles rappellent que la coopération pleine et entière avec la justice, la protection absolue des mineurs et l’attention portée aux victimes ne relèvent pas seulement d’obligations légales, mais d’exigences morales essentielles. Dans l’attente des suites judiciaires, cette affaire invite une nouvelle fois à la vigilance, à la clarté et à l’humilité, conditions indispensables pour que la justice soit rendue et que la confiance, profondément blessée, puisse un jour être restaurée.En avril 2025, réunis en Assemblée plénière à Lourdes, les évêques de France rappelaient dans un message solennel leur détermination à « continuer résolument à servir la vérité », affirmant que seul un travail sans complaisance de vérité et de justice pouvait ouvrir des chemins de guérison. Ils y soulignaient l’urgence de bâtir une culture durable de vigilance et de protection des plus fragiles, en particulier des enfants, au sein de l’Église, message porté collectivement par la Conférence des évêques de France.
Pourtant, au fil des révélations successives, une question demeure, lourde et douloureuse : combien de temps encore les fidèles devront-ils porter le poids de ces affaires, qui blessent profondément la confiance et éprouvent la foi de communautés entières, avant que le temps de la vérité pleinement assumée ne laisse enfin place à celui de l’apaisement et de la reconstruction d’une Eglise solide, fidèle à la Parole et pleinement missionnaire?


