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Un trésor palatin retrouvé, la Bibliothèque vaticane récupère un manuscrit disparu depuis plus de deux siècles

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Signalé sur le marché antiquaire à Vienne, un manuscrit palatin du début du XVIᵉ siècle, porté disparu depuis la fin du XVIIIᵉ siècle, a été acquis par la Bibliothèque apostolique vaticane et réintégré dans le fonds auquel il appartenait

Le livre sera de nouveau offert à la consultation des chercheurs et au-delà de sa valeur scientifique, l’événement tient à son identité même. Il s’agit d’un codex qui appartenait au fonds des Palatini latini, conservé au Vatican depuis le XVIIᵉ siècle, et qui manquait aux collections depuis plus de deux cents ans.

Les Palatini latini sont un ensemble précis de manuscrits latins issus de l’ancienne Bibliotheca Palatina de Heidelberg. Cette bibliothèque, constituée par les princes électeurs du Palatinat, était l’une des plus célèbres d’Europe à la Renaissance. Elle rassemblait des manuscrits médiévaux, des textes patristiques, des œuvres classiques, des écrits théologiques, juridiques et humanistes. En 1623, dans le contexte de la guerre de Trente Ans, la Bibliotheca Palatina fut offerte au pape Grégoire XV par Maximilien Ier de Bavière, en reconnaissance du soutien reçu. Les volumes furent transportés à Rome et intégrés à la Bibliothèque apostolique vaticane sous différentes séries selon les langues. Les manuscrits latins reçurent la cote Pal. lat., abréviation de Palatini latini.

Présentation au Pape Léon XIV

Le manuscrit récemment acquis est précisément identifié comme l’ancien Pal. lat. 851. Il avait été signalé comme manquant lors d’une révision des collections en 1798. L’acquisition actuelle ne constitue donc pas un simple enrichissement, mais le retour d’une pièce appartenant historiquement au patrimoine de la Vaticane.

Le volume, manuscrit sur papier de 115 feuillets auxquels s’ajoutent deux feuillets de garde, date du début du XVIᵉ siècle. Il réunit plusieurs textes hagiographiques, cinq Vies de saints, Ciriacus, Gallus, Maur abbé, Goar et Burcard, évêque de Worms, ainsi que l’Historia Langobardorum de Paul Diacre. Pour les Vies de saints, le codex se distingue par la rareté de la tradition textuelle qu’il transmet, ce qui en accroît l’intérêt pour l’histoire de la spiritualité et de la transmission des sources.L’ouvrage est l’œuvre de plusieurs copistes et a été produit en Allemagne, probablement à Worms, hypothèse étayée par le choix des figures hagiographiques liées à ce contexte régional. La reliure, datée de 1556, conserve ses deux plats ornés du portrait de l’électeur palatin Ottheinrich, ce qui permet d’inscrire matériellement le manuscrit dans l’histoire culturelle du Palatinat.

Repéré sur le marché antiquaire à Vienne, le codex a été signalé au préfet de la Bibliothèque apostolique vaticane par le directeur de l’Universitätsbibliothek de Heidelberg.

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Une collaboration rapide entre Heidelberg, la Vaticane et la librairie antiquaire a permis son rachat en quelques jours, avec pour objectif de le restituer à l’institution qui conserve le fonds dont il provient.Depuis sa disparition à la fin du XVIIIᵉ siècle, le manuscrit a connu plusieurs propriétaires. Les feuillets de garde portent des cotes et des ex-libris attestant son passage entre les mains de collectionneurs tels que Frederick North, cinquième comte de Guilford, Sir Thomas Phillipps et Maurice Burrus. Ces marques retracent un itinéraire complexe, caractéristique des manuscrits anciens passés par le marché international du livre avant d’être identifiés et, parfois, restitués.

Bibliothèque du Vatican

La récupération de ce Pal. lat. 851 s’inscrit dans une tradition de coopération ancienne entre la Bibliothèque apostolique vaticane et l’Universitätsbibliothek de Heidelberg. Dès 1886, à l’occasion du cinq centième anniversaire de l’Université, le pape Léon XIII fit envoyer à Heidelberg les premiers catalogues spécialement publiés des Palatini. Un siècle plus tard, un nombre important de volumes fut prêté pour une exposition organisée dans la Heiliggeistkirche. En 2010 enfin, la Vaticane lança une campagne de numérisation des manuscrits, avec un projet pilote partagé avec Heidelberg autour de la Bibliotheca Palatina numérique.

Par cette acquisition, la Bibliothèque apostolique vaticane restaure l’unité d’un fonds historique marqué par les épreuves de l’histoire européenne. Les Palatini latini ne sont pas une simple série de cotes, mais le témoignage d’une tradition intellectuelle, théologique et humaniste dont la transmission a traversé les conflits et les dispersions. Le retour du Pal. lat. 851 constitue ainsi un acte de conservation et de service, au bénéfice de la recherche et de la mémoire ecclésiale.

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