Tout en suscitant des interrogations sur les formes contemporaines de l’architecture sacrée, la perspective d’un édifice cultuel stable prend progressivement corps après des décennies d’attente. Les essais finaux des éléments imprimés en 3D ont été achevés à l’automne 2025, et les premières opérations d’assemblage expérimental de la voûte intérieure ont débuté en décembre. Ces étapes marquent le passage d’un projet longtemps espéré à une réalité technique désormais engagée.
L’église de la Très Sainte Trinité a été imaginée par Zdeněk Fránek, architecte et enseignant tchèque reconnu. Son dessin, aux formes courbes et enveloppantes, fait explicitement référence à l’arche de Noé, figure biblique du salut et de l’alliance. Ce choix symbolique entend inscrire l’édifice dans une lecture spirituelle de l’histoire, tout en utilisant un langage architectural résolument contemporain.La mise en œuvre du projet a été adaptée à l’impression 3D par l’architecte Michal Mačuda. Alors que seule la tour devait initialement être imprimée, une part importante de la structure sera finalement réalisée sous forme de modules en béton produits par imprimante industrielle. Les essais et ajustements ont été menés à Žďár nad Sázavou, où les techniciens ont validé la faisabilité des éléments avant leur future mise en place sur le site de Neratovice.
La voûte intérieure, composée à terme de 520 pièces distinctes, constitue l’un des éléments les plus novateurs du projet. L’impression 3D permet de se passer de coffrage traditionnel et d’intégrer directement dans la matière des motifs ondulés, à la fois décoratifs et fonctionnels.
Ces reliefs contribuent à l’acoustique du lieu, grâce à des cavités internes intégrant des tubes métalliques et des matériaux absorbants, destinés à limiter la réverbération et à favoriser une écoute adaptée à la liturgie.
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Au-delà de l’innovation technique, la construction de cette église revêt une dimension pastorale forte. Neratovice, ville depuis près de soixante-dix ans, n’a jamais disposé d’une église paroissiale propre. Cette situation est héritée de la période communiste, lorsque les autorités affirmaient vouloir faire de la ville un exemple d’urbanisme sans édifice religieux. Selon l’administrateur paroissial Petr Kováč, la communauté catholique locale a longtemps célébré dans des lieux provisoires ou dans des paroisses voisines, sans renoncer à l’espérance de disposer un jour d’un lieu consacré.Le caractère très contemporain de l’architecture ne laisse toutefois pas indifférent. Des voix se sont élevées, y compris parmi les fidèles, pour exprimer des réserves sur un style jugé par certains trop éloigné des formes traditionnelles du sacré.
Ces interrogations portent notamment sur la capacité d’une architecture issue de procédés industriels à susciter le recueillement et à exprimer la transcendance. Les porteurs du projet soulignent pour leur part que l’Église, à travers les siècles, a toujours intégré les techniques et les formes de son temps, sans renoncer à sa mission spirituelle.
Sur le plan financier, le coût total du projet est estimé à 204 millions de couronnes tchèques. À ce stade, près de 70 millions ont été réunis grâce aux dons de particuliers, au soutien d’entreprises et à l’action de la Nadace neratovického komunitního centra, qui coordonne la levée de fonds. Les responsables du projet poursuivent leurs appels à la générosité afin de permettre la poursuite du chantier dans les années à venir.Si le calendrier se déroule comme prévu, l’église de la Très Sainte Trinité pourrait devenir le plus vaste édifice religieux réalisé par impression 3D. Pour la communauté catholique de Neratovice, au-delà de la prouesse technique et des débats esthétiques, l’enjeu demeure avant tout ecclésial, offrir enfin à la ville un lieu visible et durable pour la célébration des sacrements, la prière et la vie paroissiale, signe d’une présence chrétienne inscrite dans le temps long.


