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Une fresque paléochrétienne unique représentant Jésus en Bon Pasteur découverte en Anatolie

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Cette découverte majeure éclaire les premières formes de l’art chrétien en Anatolie et témoigne des liens étroits entre culture romaine et foi chrétienne naissante au IIIᵉ siècle

La fresque a été retrouvée en août 2025 dans la nécropole de Hisardere, vaste zone funéraire située à l’extérieur des anciennes fortifications de la ville antique de Iznik. Utilisée entre le IIᵉ et le Vᵉ siècle après J.-C., cette nécropole figure parmi les plus importantes de la région. Elle rassemble des tombes de types très variés, allant de simples fosses à des sarcophages en pierre, en passant par des chambres funéraires couvertes de tuiles en terre cuite, caractéristiques du secteur d’Iznik, révélant l’usage du site par des populations de statuts sociaux très différents.

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Le tombeau concerné est un hypogée, une chambre funéraire souterraine creusée dans le sol. Bien que sa paroi sud ait été détruite, les murs est, ouest et nord sont restés intacts, tout comme la voûte en berceau qui couvre l’ensemble. Les surfaces conservées sont entièrement décorées de fresques aux couleurs encore vives, représentant des fleurs, des oiseaux, des motifs tourbillonnants, de larges bordures rouges et plusieurs figures humaines. Il s’agit du tout premier exemple d’art figuratif chrétien identifié à ce jour dans la nécropole de Hisardere.

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La scène centrale se déploie sur le mur nord, derrière le kline, le lit funéraire constitué de carreaux de terre cuite sur lequel reposaient les défunts. La voûte forme un panneau semi-circulaire au-dessus de ce lit, accueillant la figure principale : un Jésus jeune, imberbe, debout, portant un bélier sur ses épaules, tandis que deux chèvres apparaissent de part et d’autre dans un décor végétal.

Cette iconographie du Bon Pasteur, empruntée en partie au vocabulaire visuel romain, exprime la protection, le salut et la grâce divine, thèmes essentiels pour les premières communautés chrétiennes.

Si la figure du Bon Pasteur est largement attestée dans l’art funéraire chrétien primitif, notamment dans les catacombes de Rome, l’exemple de Hisardere revêt un caractère tout à fait exceptionnel. Les chercheurs le considèrent comme le seul exemple connu de cette iconographie en Anatolie et comme le plus ancien témoignage de ce type en dehors de l’Italie. Il illustre une période où le christianisme, encore persécuté, s’exprimait par des images symboliques plutôt que par des signes explicitement confessionnels comme la croix, qui ne s’imposera que plus tard.Les autres murs du tombeau enrichissent la lecture de l’ensemble. Sur la paroi ouest, un couple marié est représenté, vraisemblablement les occupants de la tombe, figurés avec des vêtements et des parures indiquant un rang aristocratique. Une scène de banquet, ou symposium, apparaît également dans le décor. Bien que le tombeau soit chrétien, cette représentation renvoie à des traditions funéraires païennes tardives, où l’au-delà est envisagé comme un festin éternel.

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Pour les archéologues, cet ensemble iconographique illustre une phase de transition entre paganisme et christianisme, où les codes anciens sont réinterprétés à la lumière de la nouvelle foi.

Les fouilles ont également mis au jour les restes de cinq individus, dont deux jeunes adultes, un nourrisson âgé d’environ six mois et deux personnes dont l’âge n’a pu être déterminé. Ces données confirment l’usage familial ou communautaire du tombeau et renforcent l’hypothèse d’une communauté chrétienne bien établie dans la région dès le IIIᵉ siècle.La portée symbolique de cette découverte est renforcée par le contexte historique d’Iznik. Connue sous le nom de Nicée dans l’Antiquité, la ville a accueilli en 325 le premier concile œcuménique, au cours duquel fut formulé le Credo de Nicée, encore professé aujourd’hui par des millions de chrétiens. pape Léon XIV s’y est rendu en 2025 à l’occasion du 1 700ᵉ anniversaire de ce concile, soulignant l’importance spirituelle durable de ce lieu pour l’histoire du christianisme.

Site de la découverte

Par son ancienneté, son état de conservation et la richesse de son programme iconographique, la fresque du Bon Pasteur de Hisardere constitue un témoignage exceptionnel sur la foi et l’espérance des premières communautés chrétiennes d’Anatolie. Elle illustre la manière dont le message chrétien s’est inscrit dans les formes artistiques de son temps, tout en posant les bases d’une iconographie appelée à jouer un rôle central dans l’histoire de l’art chrétien.

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