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[ VIDEO] CHINE : La croix d’une église « non reconnue » par le pouvoir a été retirée : nouvel épisode d’un contrôle religieux toujours plus étroit

Crédit photos mingpao
Crédit photos mingpao
Une grue à bras géant dressée devant une église, le clocher déjà ceinturé d’échafaudages, des fidèles expulsés, des arrestations par dizaines. À Wenzhou, la scène documentée par des images et des témoignages ne relève plus de la simple pression administrative

Ce nouvel épisode révèle une volonté méthodique et croissante d’effacer toute visibilité chrétienne échappant au contrôle du pouvoir.À Wenzhou, dans la province orientale du Zhejiang, l’église de Yayáng est aujourd’hui entièrement recouverte d’échafaudages et de bâches, sa croix ayant disparu du sommet du dôme. Les faits ont pu être constatés sur place par des journalistes de l’AFP et de la BBC , tandis que des habitants et plusieurs organisations de défense des droits humains signalent des arrestations multiples au sein de la communauté chrétienne locale.

L’opération s’inscrit dans un durcissement national de la politique chinoise à l’égard des communautés religieuses chrétiennes non officiellement enregistrées.

Les images diffusées montrent clairement la présence d’une grue à bras géant déployée à proximité immédiate de l’édifice, ainsi que le début de l’installation d’échafaudages autour de la structure. Une photographie précise que le clocher est désormais entièrement entouré de structures métalliques, ce qui confirme que l’intervention ne relève pas d’un simple entretien. Selon des informations concordantes, l’église a été encerclée dès le 4 janvier par un important dispositif policier, accompagné de bulldozers et d’autres engins de chantier, tandis que les habitants vivant à proximité étaient contraints de quitter les lieux.

D’après une organisation de surveillance des droits de l’homme, environ cent membres de cette église auraient été interpellés au cours du mois dernier. À ce stade, au moins vingt-quatre personnes demeureraient toujours en détention. Si l’AFP n’a pas pu vérifier de manière indépendante ces chiffres, deux habitants de Yayang ont confirmé que des interpellations avaient bien eu lieu en décembre. L’une des chrétiennes interrogées estime qu’environ trente personnes auraient été emmenées par la police.

Des affiches datées du 13 décembre ont été vues sur des murs et des lampadaires du bourg, appelant la population à aider à l’arrestation de deux membres éminents de l’église, photos à l’appui.

Ces avis les présentent comme appartenant à un « gang criminel » et les accusent de « provocation de troubles », une qualification pénale fréquemment utilisée dans les affaires touchant des communautés religieuses non conformes aux exigences du Parti. L’AFP a également pu authentifier une vidéo publiée à la mi-décembre montrant des policiers vêtus de noir marchant en formation en direction de l’église.Sur place, les journalistes ont constaté que l’accès au bâtiment était bloqué par une douzaine de gardes, qui ont refusé toute explication et ordonné de quitter les lieux. Bien que la sécurité soit restée globalement discrète, des habitants ont signalé le passage ponctuel d’une unité des forces spéciales. Deux résidents ont indiqué qu’il leur avait été interdit de filmer les échafaudages, et qu’une femme aurait été emmenée pour avoir tenté de le faire.

Dans le reste de Yayang, la vie quotidienne semblait se poursuivre normalement, avec de nombreux bâtiments arborant encore des croix. À proximité immédiate de l’église, en revanche, plusieurs commerces et habitations affichant des symboles chrétiens étaient fermés, signe d’un climat de crainte ciblée autour du lieu de culte.

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Rappelons que la ville de Wenzhou est connue pour sa population chrétienne historiquement prospère et influente.Avant l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, les communautés locales pouvaient construire leurs propres églises, parfois plus imposantes que celles approuvées par l’État. Selon Bob Fu, fondateur de l’organisation ChinaAid, cette visibilité chrétienne, autrefois tolérée, est désormais perçue comme une menace idéologique.Les événements de Wenzhou interviennent la même semaine que de nouvelles arrestations signalées à Chengdu. L’Église Early Rain Covenant a indiqué que neuf de ses membres, dont des responsables de haut rang, avaient été détenus lors d’une « opération coordonnée », deux autres restant introuvables à ce stade. Cinq personnes ont depuis été libérées.Par ailleurs toutes les organisations de défense des droits humains observent une intensification de la répression depuis l’an dernier. Selon Human Rights Watch, des membres de l’église Golden Lampstand, dans la province du Shanxi, ont été condamnés pour fraude à la mi-2025. De leur coté, les États-Unis ont condamné, en octobre dernier,la détention de près de trente responsables de l’église non enregistrée Zion Church dans plusieurs grandes villes chinoises.

« À mesure que Pékin renforce son contrôle idéologique, les communautés chrétiennes non officielles sont perçues comme désobéissantes à l’idéologie du Parti communiste et en paient le prix fort », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine à Human Rights Watch

.Pour les catholiques, ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large de contrôle religieux systémique, marqué par la subordination des communautés aux structures dites patriotiques, la surveillance des clercs, et la pression exercée sur ceux qui refusent de se conformer aux injonctions politiques. Dans ce cadre, la croix retirée de l’église de Yayáng dépasse le symbole local, elle devient l’image d’une foi tolérée seulement à condition de disparaître de l’espace public.

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