La mise en scène était impressionnante. Plus de 2 000 invités réunis dans la cathédrale de Canterbury, parmi lesquels le prince et la princesse de Galles, le Premier ministre Keir Starmer et la chef de l’opposition Kemi Badenoch. Des représentants de plus de 165 pays, issus d’une Communion anglicane revendiquant 85 millions de fidèles, étaient également présents. Processions, vêtements liturgiques, symboles anciens, tout concourait à donner l’image d’une continuité historique intacte. Sarah Mullally, vêtue d’une chape dorée et coiffée de la mitre, a frappé trois fois à la porte de la cathédrale avant d’entrer, selon un rite immémorial, puis a pris place sur la chaire de saint Augustin.
🚨Installation de Sarah Mullaly 25 mars 2026
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) March 26, 2026
🔴"Un rituel d’humiliation pour toute l'Eglise anglicane"
➡️ Présentée comme un moment historique, elle est perçue par beaucoup comme une véritable mascarade, destinée à dissimuler l’effondrement d’une Église discréditée par les… pic.twitter.com/5mVi5a38oj
Mais cette continuité apparaît aujourd’hui largement contestée, et pas seulement pour des raisons disciplinaires ou institutionnelles. Elle est contestée sur le fond même de la foi. Car une Église ne tient pas par la seule conservation de rites ou de symboles, elle tient par la fidélité à une vérité révélée. Or ce qui est en cause ici, c’est précisément cette fidélité.
Dès son premier sermon, la nouvelle archevêque a voulu reconnaître les scandales qui ont profondément entaché l’Église d’Angleterre. Elle a déclaré : « Nous ne devons pas ignorer ni minimiser la douleur ressentie par ceux qui ont été blessés par les actions, les inactions et les défaillances de nos propres Églises chrétiennes. » Elle a ajouté : « Aujourd’hui et chaque jour, nous portons les victimes et les survivants dans nos cœurs et dans nos prières, et nous devons rester engagés envers la vérité, la compassion, la justice et l’action. » Ces paroles interviennent après la démission de Justin Welby, vivement critiqué pour sa gestion de l’affaire John Smyth. Mais ce discours souligne surtout le paradoxe d’une institution qui reconnaît ses fautes tout en poursuivant une transformation doctrinale profonde, qui ne peut qu’accentuer la crise.
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Car le problème est d’abord religieux. L’anglicanisme contemporain, dans sa forme la plus libérale, tend à substituer à la vérité révélée une logique d’adaptation permanente aux normes du monde. La question n’est plus de recevoir ce qui vient de Dieu, mais de refléter les attentes de la société. Or une Église qui se conforme au monde finit par perdre sa raison d’être. Cette évolution s’inscrit dans une idéologie égalitaire qui ne correspond pas à l’ordre voulu par Dieu. L’égalité fondamentale des personnes, qui est bien réelle dans la dignité humaine, est ici transformée en un égalitarisme fonctionnel, où toute distinction de rôle, de vocation ou de ministère devient suspecte. Cette logique conduit inévitablement à une remise en cause des structures mêmes de l’Église.
Le choix de mettre en avant « les voix des femmes tout au long du service », les signes personnels introduits dans la liturgie, comme la boucle d’argent issue de son ancienne ceinture d’infirmière, ou encore certaines expressions inédites dans ce cadre, témoignent d’une volonté de redéfinir le sens même du ministère. Sarah Mullally a elle-même expliqué vouloir montrer qu’il est possible pour chacun de suivre ses aspirations. Mais l’Église n’est pas le lieu de l’accomplissement individuel, elle est le lieu de la fidélité à un appel reçu. Et cet appel ne se redéfinit pas selon les attentes du moment. C’est précisément cette confusion entre vocation et revendication qui affaiblit aujourd’hui l’anglicanisme.
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La présence de représentants d’autres confessions chrétiennes et de délégués venus du monde entier visait à afficher une unité. Pourtant, cette unité apparaît largement formelle. Plusieurs provinces de la Communion anglicane ont déjà pris leurs distances, considérant que les orientations actuelles de l’Église d’Angleterre constituent une rupture. Plus grave encore, certains en France et en Europe regardent cette évolution comme un modèle à suivre. Ils y voient un laboratoire, une étape vers une transformation similaire de l’Église catholique. Mais ce qui est présenté comme un progrès est en réalité un avertissement. L’anglicanisme montre ce qui se produit lorsqu’une Église cède à l’air du temps : elle se fragmente, elle se vide, elle perd son autorité.
À l’issue de la cérémonie, l’émotion de la nouvelle archevêque et les applaudissements de l’assemblée donnaient l’image d’un moment d’adhésion collective. Mais derrière cette apparence se pose une question décisive : cette autorité est-elle encore reconnue par ceux qu’elle est censée rassembler ? Ce qui s’est joué à Canterbury dépasse une simple intronisation. Il s’agit d’un symbole. Celui d’une institution qui cherche à affirmer son unité alors que celle-ci se délite, qui revendique une fidélité tout en étant accusée de s’en éloigner, et qui expose, dans le cadre solennel d’un rite ancien, ses fractures les plus profondes. En ce sens, l’expression prend tout son poids : il s’agissait bien d’un rituel d’humiliation pour la Communion anglicane.


