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[ Vidéo] Les traditionalistes « obéissants » montrés du doigt par la Fraternité Saint-Pie X

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La charge est lourde, car elle suggère une forme de compromission. Elle insinue que l’obéissance canonique serait devenue synonyme de silence, voire de renoncement

L’expression circule désormais dans certaines homélies liées à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Elle vise ceux que l’on appelle, souvent de manière polémique, les « ralliés », c’est-à-dire les communautés issues du mouvement Ecclesia Dei, nées à la suite du motu proprio promulgué en 1988 par Jean-Paul II après les consécrations épiscopales sans mandat pontifical réalisées par Marcel Lefebvre.Ces communautés, parmi lesquelles figure la Fraternité Saint-Pierre, ont choisi de conserver la liturgie traditionnelle tout en demeurant en pleine communion avec le Siège apostolique. Elles célèbrent selon le rite ancien, forment leurs séminaristes dans cette tradition liturgique et doctrinale, et acceptent explicitement l’autorité du pape et la structure hiérarchique de l’Église.

C’est précisément cette position qui est aujourd’hui mise en cause par la Fraternité Saint-Pie X ( – vidéo) .L’argument est double. D’une part, ces communautés seraient silencieuses face aux consécrations épiscopales annoncées sans mandat pontifical. D’autre part, elles profiteraient d’un cadre canonique stable pour célébrer la messe traditionnelle tout en s’abstenant de dénoncer avec vigueur ce qui est perçu comme des dérives doctrinales contemporaines. Ainsi entend-on cette accusation : « Les ralliés, les « ecclesiadéistes » qui se targuent d’avoir pour eux la messe en rite ancien et, en même temps, de conserver tout ce qu’il y a d’ancien, même eux ne s’élèvent plus. Leur voix se tait, car ils sont pieds et poings liés.»

La charge est lourde, car elle suggère une forme de compromission. Elle insinue que l’obéissance canonique serait devenue synonyme de silence, voire de renoncement

L’ exemple de « silence » concerne aussi la question mariale . Lors de son homélie l’Abbé Billecocq déclare :

« Cherchez le document de la Fraternité Saint-Pierre sur le document Mater Populi, quelle a été leur réaction vis-à-vis de l’affaiblissement des titres de la Très Sainte Vierge Marie ? Vous ne trouverez rien parce qu’il n’y a pas de document. » L’absence de prise de position publique est interprétée par certains comme la preuve d’un alignement prudent, voire d’une acceptation implicite.Mais cette critique suppose que la fidélité à la Tradition doive nécessairement s’exprimer par une opposition publique et répétée aux décisions ou aux orientations du magistère. Elle présuppose que la cohérence doctrinale passe par la dénonciation explicite, et que le silence équivaut à une concession.

Or la question décisive est ailleurs. Elle touche à la nature même de l’obéissance dans l’Église. L’obéissance n’est pas une stratégie. Elle n’est pas non plus une abdication intellectuelle. Elle constitue la forme concrète de la vérité ecclésiale. Dans l’Église catholique, la vérité ne s’impose pas par auto-proclamation. Elle est reçue dans une communion visible, hiérarchique, structurée.

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Lorsque la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X invoque un état de nécessité pour procéder à des consécrations épiscopales sans mandat pontifical, elle affirme agir pour le bien des âmes et pour la sauvegarde de la Tradition. Mais une nécessité véritable suppose une impossibilité objective d’atteindre le bien sans le moyen choisi. Elle exige proportion et cohérence avec la structure même du bien invoqué.Peut-on soutenir qu’il serait devenu impossible de transmettre la foi et les sacrements dans l’Église sans créer une lignée épiscopale autonome ? Une telle affirmation engage l’ecclésiologie elle-même. Elle suggère que la forme catholique de la communion serait devenue insuffisante.À l’inverse, les communautés dites Ecclesia Dei ont choisi de demeurer dans cette forme visible, même au prix de tensions, de restrictions ou de critiques. Leur silence sur certains dossiers est perçu par leurs détracteurs comme une faiblesse. Il peut aussi être interprété comme la conséquence d’un choix ecclésial précis : celui de ne pas ériger leur propre analyse en norme ultime.

La fracture qui se dessine au sein du monde traditionaliste ne porte donc pas seulement sur des sensibilités liturgiques. Elle concerne la question de savoir ce qui fonde l’absolue nécessité. Est-ce l’obéissance reçue dans la communion visible, même lorsque la crise rend les discernements difficiles ? Ou est-ce la désobéissance justifiée par une nécessité auto-proclamée au nom d’un diagnostic particulier de la situation ?L’obéissance, dans la tradition catholique, ne s’oppose pas à la vérité. Elle en est la forme concrète. Elle oblige précisément lorsque la tentation est grande de substituer à la règle commune sa propre lecture des événements.

À l’heure où certains dénoncent les « ralliés » et soupçonnent leur fidélité, la question demeure entière : qu’est-ce qui garantit la cohérence de la vie ecclésiale, l’adhésion à une communion visible reçue, ou l’invocation d’une nécessité définie par ceux qui s’en réclament ? C’est sur ce point que se joue aujourd’hui, au-delà des polémiques internes, l’unité même de la Tradition.

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