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[ Vidéo ] Pourquoi le média LEGEND a-t-il diffusé un vrai-faux exorcisme ?

Guillaume Pley ( à gauche)  - DR
Guillaume Pley ( à gauche) - DR
L'Église catholique ne reconnaît pas l’autorité sacramentelle de ces structures et n’assume pas leurs pratiques

Si l’homme qui intervient précise au cours de la vidéo qu’il n’appartient pas à l’Église catholique, l’usage de codes visuels , symboles, prières, vêtements clercs entretien une confusion entre ce que l’Église encadre officiellement et des démarches qui lui sont extérieures La scène se déroule dans un lieu souterrain, aux murs chargés d’icônes, notamment à l’effigie de Padre Pio. L’homme qui officie apparaît en jeans, baskets, chemise noire, étole de prêtre, mais avec un col romain parfaitement visible. Il brandit un crucifix et récite des prières en latin. Face à lui, une femme présentée comme possédée depuis plusieurs années, est attachée à une chaise scellée au sol. Elle hurle, se débat, mord. Les images sont dures, parfois éprouvantes, et produisent un fort impact émotionnel.

C’est là que commence la zone grise…Le col romain n’est pas un simple accessoire. Dans l’Église catholique, il renvoie publiquement à un ministère exercé au nom de l’Église, dans une chaîne de responsabilité et d’obéissance, avec un évêque. Or, même si l’homme filmé indique qu’il n’est pas catholique, l’association du col romain, de prières latines, du crucifix et d’un décor saturé de symboles chrétiens crée une proximité visuelle immédiate avec l’univers catholique. Pour de nombreux spectateurs, ces signes agissent comme une caution implicite, alors même que le cadre ecclésial n’est pas celui de l’Église catholique.L’homme filmé se rattache à une mouvance gallicane, notamment à l’Église gallicane – Tradition apostolique de Gazinet, une structure indépendante qui n’est pas reconnue par l’Église catholique. Elle revendique une histoire et une succession propres, en dehors de la communion avec Rome.

Il ne s’agit pas ici d’intenter un procès d’intention, mais de rappeler un fait simple, l’Église catholique ne reconnaît pas l’autorité sacramentelle de ces structures et n’assume pas leurs pratiques

Un autre point, pourtant central dans l’enseignement catholique, est largement absent de l’impression générale renvoyée par ce type de contenu, l’exorcisme n’est jamais un acte marchand. Un prêtre exorciste catholique ne se fait pas payer pour exercer ce ministère. Il agit au nom de l’Église, par obéissance à son évêque, et non comme un praticien indépendant proposant une prestation spirituelle. Toute demande d’argent, directe ou indirecte, pour une prétendue délivrance constitue un grave détournement du sens même du rite.

Selon l’enseignement officiel de l’Église catholique, tel qu’il figure dans le Rituel romain et dans le Catéchisme de l’Église catholique, l’exorcisme est un acte liturgique par lequel l’Église demande publiquement et avec autorité, au nom de Jésus-Christ, qu’une personne ou un lieu soit protégé contre l’emprise du Malin et soustrait à sa domination.

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Le Catéchisme précise que l’exorcisme solennel est distinct des prières ordinaires de délivrance. Il ne peut être pratiqué que par un prêtre expressément autorisé par l’évêque diocésain, et uniquement après un discernement sérieux excluant toute cause médicale ou psychologique. Il ne s’agit ni d’un rite improvisé ni d’une initiative personnelle, mais d’un acte strictement encadré par l’autorité de l’Église.La sobriété est une règle essentielle. Les gestes sont mesurés, les paroles précises, le cadre strictement confidentiel. L’objectif n’est jamais d’exposer le mal, mais de protéger la personne. C’est aussi pour cette raison qu’un exorcisme catholique n’est presque jamais filmé. Les rares documents existants ont été réalisés à titre tout à fait exceptionnel, dans un cadre pédagogique ou documentaire très encadré, avec l’accord explicite des autorités ecclésiastiques compétentes, et toujours dans le respect absolu de la dignité et de l’anonymat des personnes concernées.

Par ailleurs, l’Église catholique dispose d’un cadre institutionnel précis pour ce ministère sensible. Comme le rappelle le Guide de l’Église catholique en France, il existe un Bureau national des exorcistes, chargé de coordonner, d’encadrer et de soutenir cette mission. L’exorciste y est défini avant tout comme un homme d’accueil, d’écoute et de discernement. Il reçoit des personnes en souffrance qui se pensent victimes de maléfices ou se sentent sous l’emprise du diable, les écoute, prie avec elles et sur elles, et ce n’est qu’en cas de possession reconnue qu’un exorcisme peut être célébré.Le Guide publie également un avertissement sans ambiguïté. Des personnes non mandatées par l’Église catholique romaine se présentent comme évêques, monseigneurs ou prêtres exorcistes. Elles ne figurent pas dans les Ordos diocésains, les annuaires ecclésiastiques officiels consultables auprès des paroisses et des évêchés. Elles demandent de l’argent et sont incapables, selon les termes mêmes de l’Église, d’offrir la liberté du Christ. L’appel est clair, renseignez-vous.

C’est ici que la responsabilité éditoriale se pose. En cumulant une mise en scène spectaculaire, un personnage habillé en jeans et baskets, mais avec un col romain, des prières en latin, un décor saturé de symboles chrétiens et une diffusion médiatisée, la vidéo brouille les repères. Elle donne à voir ce que l’Église catholique ne fait pas, sous des apparences susceptibles de prêter à confusion. Cet amalgame dérange nécessairement et choque volontairement , il touche à la foi, à la crédulité et à la souffrance humaine.

Dans ce contexte, le rôle de Guillaume Pley mérite d’être précisé, Ce journaliste s’est fait connaître par la radio, puis la télévision, avant de développer des formats numériques d’interviews longues, notamment Le QG, puis LEGEND, lancé en 2023. Son parcours explique en partie l’ADN du média, goût du récit, recherche d’intensité, efficacité narrative. Il explique aussi pourquoi certaines polémiques ont accompagné son nom, notamment autour de vidéos anciennes ayant suscité de vives critiques sur le consentement et le harcèlement, ou plus récemment des accusations de comportements professionnels contestés, qu’il a réfutées.Ces éléments ne constituent pas un procès, mais rappellent qu’un média construit sur l’impact et la viralité évolue souvent sur une ligne de crête. LEGEND connaît un succès réel, porté par de fortes audiences, des interviews suivies et des sujets efficaces. Dans ce contexte, une question demeure. Ce média, déjà solidement installé, avait-il besoin de recourir à une mise en scène aussi sensationnelle, au risque d’entretenir une confusion spirituelle profonde et d’exposer une personne en souffrance comme un objet de fascination ?

La question mérite d’être posée, non pour condamner, mais pour rappeler qu’en matière de foi et de vulnérabilité humaine, tout ce qui impressionne n’éclaire pas nécessairement, et que la recherche d’audience ne peut tenir lieu de discernement.

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