À l’approche des 75 ans de Monseigneur Laurent Ulrich et après plusieurs années de transition à la tête de Notre-Dame de Paris, de nombreuses interrogations remontent aujourd’hui du terrain. Sans rumeurs ni procès d’intention, mais avec gravité et espérance, des fidèles s’interrogent sur l’orientation spirituelle qui sera donnée à Paris dans les années à venir.Loin de nous l’idée de relayer certaines rumeurs qui circulent, ici ou là, au sujet du recteur de la cathédrale Notre-Dame de Paris.Loin de nous également la tentation d’alimenter des spéculations infondées concernant Laurent Ulrich, archevêque de Paris.

Pour autant, Tribune Chrétienne reçoit depuis plusieurs mois de très nombreux messages de fidèles, de prêtres, de laïcs engagés, parfois même de personnes éloignées de la vie ecclésiale, qui expriment une interrogation sincère et persistante. Non pas une contestation, encore moins un procès d’intention, mais une attente, presque une veille.
Car le diocèse de Paris entre dans une période charnière.En septembre prochain, Monseigneur Laurent Ulrich atteindra l’âge de 75 ans. Conformément au droit de l’Église, il devra alors remettre sa charge au Saint-Père. Cette échéance, connue de tous, n’est pas un événement banal pour un diocèse qui demeure, par son histoire, son rayonnement, son nombre de prêtres et son poids symbolique, le plus exposé de France.En effet le diocèse de Paris demeure un diocèse hors norme : il compte plus de deux millions d’habitants, près de cinq cents prêtres incardinés, dont environ 477 encore en activité, auxquels s’ajoutent plus d’un millier de prêtres résidents et près de cinq cents religieux prêtres. À cela s’ajoute un diaconat permanent solide, avec près de cent cinquante diacres incardinés et plus d’une centaine résidant dans le diocèse. Ces chiffres disent la responsabilité particulière qui pèse sur la gouvernance du diocèse parisien et sur les choix à venir, tant en matière d’autorité spirituelle que d’organisation pastorale.

Arrivé en 2022 dans un contexte profondément marqué par les blessures laissées par la démission de son prédécesseur ( Monseigneur Aupetit) , Monseigneur Ulrich avait reçu une mission claire, celle de faire l’unité, de panser les plaies, de restaurer une forme de paix institutionnelle. Beaucoup reconnaissent qu’il a su, par son style mesuré et son expérience, ramener une certaine stabilité. Mais le temps de la simple transition touche désormais à sa fin.Dans le même temps, une autre question traverse silencieusement les nefs parisiennes.Après quatre années à la tête de la cathédrale, qui succédera au père Olivier Ribadeau Dumas comme recteur-archiprêtre de Notre-Dame de Paris ? Là encore, aucune accusation, aucun soupçon formulé. Simplement une interrogation ecclésiale légitime, tant la fonction dépasse aujourd’hui la seule administration d’un édifice.Depuis l’incendie de 2019, Notre-Dame de Paris n’est plus seulement une cathédrale. Elle est devenue un symbole mondial, un lieu où se croisent foi, patrimoine, politique, culture et attentes spirituelles immenses. Le recteur de Notre-Dame n’est donc pas un curé comme les autres. Il est, qu’on le veuille ou non, une figure exposée, scrutée, parfois instrumentalisée…
Les débats récents, qu’ils portent sur la gouvernance, les choix artistiques ou la manière d’incarner l’autorité ecclésiale dans un lieu aussi singulier, ont montré à quel point les fidèles sont attentifs. Non pas par esprit de polémique, mais parce qu’ils pressentent que quelque chose de plus profond est en jeu, la manière dont l’Église entend se tenir au cœur de la cité, sans se dissoudre, sans se durcir non plus.Il est frappant de constater que ces questions remontent aujourd’hui du terrain, sans coordination, sans mot d’ordre, mais avec une constance qui mérite d’être entendue. Elles disent moins une défiance qu’un attachement. Moins une revendication qu’un désir de clarté.
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Cette interrogation renvoie inévitablement à une autre époque, pas si lointaine, où le diocèse de Paris avait une voix singulière et audible, bien au-delà de ses frontières. Sous l’impulsion du cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris de 1981 à 2005, Paris avait connu un véritable temps d’innovation pastorale et intellectuelle. Accusé en son temps de faire cavalier seul, il avait pourtant assumé une vision, lançant de nombreux chantiers structurants, dont certains n’ont pas vu leur achèvement de son vivant, comme la restauration et la transformation du collège des Bernardins, devenu un haut lieu de réflexion théologique, culturelle et ecclésiale.Cette dynamique s’était inscrite dans une relation de confiance et de profonde complicité spirituelle avec saint Jean-Paul II, donnant au diocèse de Paris une centralité intellectuelle et missionnaire singulière. Paris parlait alors d’une voix forte, identifiable, qui résonnait jusque sur les ondes de Radio Notre-Dame et KTO , médias voulus et créés pour offrir à la capitale une parole chrétienne claire, enracinée et libre.

Ce rappel historique n’appelle ni comparaison mécanique ni jugement, mais il éclaire une question qui demeure, discrètement mais durablement, dans l’esprit de nombreux fidèles, pourquoi la capitale de la France n’a-t-elle toujours pas de cardinal aujourd’hui ?
Alors même que des diocèses comme Marseille avec le cardinal Jean-Marc Aveline, ou Lyon avec le cardinal Philippe Barbarin, disposent ou ont disposé récemment de cette visibilité au sein du collège cardinalice, Paris semble, depuis plusieurs années, tenue à distance de cette tradition.Il ne s’agit ni de regret ni de revendication, mais d’un constat ecclésial. Car la question sous-jacente demeure, Paris doit-elle être seulement un diocèse parmi d’autres, ou porter, comme par le passé, une parole structurante pour l’Église de France et au-delà ?
Le diocèse de Paris, comme Notre-Dame de Paris, ne peut être gouverné uniquement dans la logique de l’urgence ou de la gestion. Il lui faut une vision, une respiration spirituelle, une parole lisible. À l’heure où l’on observe, en France comme ailleurs, un retour inattendu vers la foi, une soif de sens, une quête de sacré, les décisions à venir pèseront bien au-delà des cercles ecclésiastiques.La hiérarchie diocésaine en est consciente. Elle sait que ces interrogations ne sont pas hostiles, mais qu’elles expriment une attente, celle de pasteurs capables d’unir, d’enseigner, de sanctifier, sans ambiguïté ni dilution de la doctrine.
La question n’est donc pas de savoir qui part ou qui arrive, mais quelle orientation spirituelle sera donnée au diocèse de Paris et à Notre-Dame de Paris dans les années à venir. C’est cette questionqui habite aujourd’hui de nombreux fidèles, et c’est elle, plus que toute rumeur, qui mérite d’être posée avec sérieux, respect et espérance.Aussi l’on peut aussi être certain qu’avec une certaine harmonie retrouvée au Saint-Siège, depuis l’élection du pape Léon XIV, Paris saura, le moment venu, se doter d’un archevêque, voire d’un cardinal, et d’un recteur capables de porter haut et fort la voix ecclésiale de la capitale et de l’Église catholique parisienne, dans la fidélité à sa mission, son histoire et sa vocation universelle.


