« Je suis un Français libre. Je crois en Dieu et en ma patrie », affirme le général de Gaulle en 1941. Trois ans plus tard, le 25 août 1944, la division Leclerc pénètre dans les rues de Paris. Le gouverneur allemand du « Grand Paris », Dietrich von Choltitz, est conduit à la gare Montparnasse où il signe la vingtaine d’ordres de cessez-le-feu à tous les points de résistance allemands encore présents dans la capitale.
Le lendemain de ce jour mémorable, le général de Gaulle, chef de la France Libre, descend en triomphe les Champs-Élysées, accompagné du général Leclerc et de ses fidèles compagnons.
Acclamé par deux millions de Parisiens, il se dirige vers la place de la Concorde avant de gagner la cathédrale Notre-Dame où une messe d’action de grâces avec un Te Deum doit être célébrée. L’archevêque de Paris, Emmanuel Suhard, est écarté de la célébration à la demande du général car jugé trop proche de Pétain et du gouvernement de Vichy.
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Le général de Gaulle arrive en retard, se présente à découvert dans son véhicule décapotable et salue la foule sur le parvis de Notre-Dame. C’est alors que des coups de feu éclatent, venant de tireurs embusqués. De Gaulle s’agace, mais continue comme si de rien n’était tandis que ses proches lèvent la tête pour tenter d’identifier la provenance des tirs.
Les Parisiens qui assistent à son entrée dans la cathédrale doivent quant à eux se protéger ou se cacher pour éviter les balles.
« Fut-il jamais chanté de Magnificat plus ardent ? »
Malgré l’agitation extérieure, le général de Gaulle accompagné du général Leclerc, d’André Le Troquer, commissaire délégué à l’administration des territoires métropolitains libérés, et de l’aumônier des Forces françaises libres, entonne le Magnificat. La prière ne durera qu’un petit quart d’heure mais passera à la postérité.
Moins d’un an plus tard, le 9 mai 1945, l’archevêque Suhard accueillera à nouveau le général de Gaulle en la cathédrale Notre-Dame de Paris, cette fois pour un Te Deum célébrant la capitulation allemande.
Le Magnificat, chanté ce 26 août 1944, demeure un puissant symbole de la foi catholique et de la résilience d’un « Paris outragé ». « Le Magnificat s’élève. En fut-il jamais chanté de plus ardent ? », écrira le général De Gaulle dans ses Mémoires de guerre une dizaine d’années plus tard.