Depuis 2000 ans

« Battu et humilié au nom de l’hindouisme » : quand le nationalisme radical s’acharne sur un pasteur chrétien

capture écran
capture écran
En Inde, le nationalisme hindou continue de produire ses fruits les plus amers. À Parjang, dans l’État de l’Odisha, un pasteur chrétien a été livré à une violence méthodique et publique, sous le regard passif de la police

A Parjang, un village du district de Dhenkanal, dans l’État indien de l’Odisha, environ 150 nationalistes hindous ont violemment interrompu un culte chrétien et agressé le pasteur Bipin Bihari Naik, 35 ans. Les faits, rapportés par Morning Star News, décrivent une scène de brutalité prolongée, d’humiliation publique et de contrainte religieuse, tandis que la police tardait à intervenir.Selon les témoignages recueillis, la foule, composée notamment de membres du Bajrang Dal et de groupes d’« autodéfense de la vache », a fait irruption dans la maison où se tenait le culte. Le pasteur a été saisi par le col, traîné à l’extérieur et immédiatement battu.
« Ils sont entrés, m’ont attrapé par le col et m’ont traîné dehors, puis ils ont commencé à me frapper sans dire un mot », a raconté le pasteur.

Les agresseurs ont ensuite promené le pasteur à travers le village, pieds nus, une guirlande de sandales autour du cou. Ils l’ont forcé à marcher sur des épines, l’ont frappé à coups de bâtons de bambou, l’ont ligoté dans l’enceinte d’un temple hindou dédié à Hanuman, et ont tenté de lui faire boire de l’eau mélangée à de la bouse de vache. « Ils m’ont donné quarante coups de bâton et des centaines de gifles. Mon audition a été touchée, et mon oreille s’est mise à suppurer dans les jours qui ont suivi », a-t-il déclaré.

Enduit de vermillon safrané, couleur sacrée dans l’hindouisme, le pasteur a été contraint de se prosterner devant la divinité. « Ils ont plaqué mon visage et mon corps devant l’idole et m’ont forcé à me courber comme si je l’adorais« 

Lorsqu’on lui a ordonné de scander des slogans hindous, il a répondu par une invocation chrétienne.
« Ils criaient “Victoire au seigneur Ram”, et je répondais “Victoire à Jésus”. Alors ils me frappaient encore plus
« 

Lire aussi

Pendant plus de deux heures, l’épouse du pasteur, Bandana Naik, s’est rendue au commissariat avec ses deux filles, âgées de 10 et 13 ans, pour demander de l’aide. Elle affirme que les policiers ont refusé d’intervenir immédiatement. « Je les suppliais d’agir vite et de sauver mon mari, mais ils insistaient pour que je rédige d’abord une plainte écrite », a-t-elle expliqué.La foule a même fait passer le pasteur devant le commissariat, sans craindre d’être inquiétée. Ce n’est qu’après 14 heures que la police est finalement intervenue pour le détacher. Selon le pasteur, les policiers lui auraient déclaré :
« Nous pensions que la foule vous aurait déjà brisé les bras et les jambes. Nous nous attendions à vous trouver sur une civière. »

Aucune prise en charge médicale immédiate ne lui a été proposée, et les forces de l’ordre auraient refusé d’enregistrer sa plainte officielle, le contraignant à signer une déclaration minimisant les faits.

Craignant pour leur sécurité, le pasteur et sa famille ont quitté le village et se sont réfugiés dans un lieu tenu secret. Les enfants, témoins directs de l’agression, sont profondément marqués. « Mes filles m’ont vu être battu. Elles étaient traumatisées, ne dormaient plus et ne mangeaient presque pas. La plus jeune répétait sans cesse : “Ils ont frappé mon papa.” » Le pasteur affirme n’avoir jamais contraint qui que ce soit à se convertir.
« Je n’ai enseigné que ceux qui croyaient déjà en Jésus. Je n’ai forcé personne. »

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de montée des violences contre les chrétiens en Inde, sur fond de nationalisme hindou exacerbé. Les organisations de défense de la liberté religieuse soulignent que ce climat idéologique favorise l’impunité et la radicalisation locale.Malgré les blessures, le pasteur dit rendre grâce.
« Le Christ a tant souffert pour nous. Ma souffrance n’est rien comparée à celle de mon Seigneur. »À Parjang, comme ailleurs, le nationalisme religieux ne se contente plus d’affirmer une identité : il écrase, humilie et persécute. Une réalité qui interroge profondément la conscience morale d’une nation pluraliste et la responsabilité de ses institutions.

Recevez chaque jour notre newsletter !