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Diocèse de Nancy et de Toul : un enfant de 10 ans tente de mettre le feu à la basilique de Saint-Nicolas-de-Port

Capture Facebook
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Deux plaintes ont été déposées après une tentative d’incendie survenue mercredi 4 février 2026 au sein de la Basilique Saint-Nicolas-de-Port

Les faits se sont produits le mercredi 4 février en début d’après-midi. Selon les informations communiquées par le maire de la commune, Luc Binsinger, « deux petits départs d’incendie ont été volontairement déclenchés » à l’intérieur de la basilique, à partir d’amas de feuilles de papier. Un premier foyer se situait au niveau d’une chaise, le second au pied d’une statue.Les flammes ont été rapidement éteintes, avant toute propagation, mais l’intervention des sapeurs-pompiers de Meurthe-et-Moselle a été jugée nécessaire afin de sécuriser totalement les lieux. Une dizaine de pompiers ont été mobilisés et un dispositif de ventilation a été déployé pour désenfumer l’édifice, qui a dû être évacué et temporairement fermé au public.

Un jeune individu a été aperçu sur place au moment des faits. Toujours selon le maire, l’auteur présumé serait un enfant de 10 ans. « Il a été entr’aperçu, il y avait à l’opposé de la basilique des bénévoles qui démontaient la crèche de Noël. Il sera identifié par les caméras de vidéosurveillance que nous avons installées à l’intérieur de la basilique, autour et à l’entrée de l’édifice », a précisé l’élu.Face à cette tentative d’incendie, la ville de Saint-Nicolas-de-Port et la paroisse, rattachée au diocèse de Nancy et de Toul, ont chacune déposé plainte. Le maire a fermement condamné les faits, déclarant : « C’est un acte que je condamne fortement, comme tout acte gratuit d’incivilité et de violence », et affirmant également : « On ne touche pas à la basilique ! »

Si aucun dégât majeur n’est à déplorer, cet épisode est vécu localement comme une profanation d’un lieu de culte emblématique, à la fois pour la commune et pour l’ensemble du diocèse. Une enquête est en cours afin d’établir précisément les circonstances de cette tentative d’incendie.

Focus sur la Basilique Saint-Nicolas-de-Port

La Basilique Saint-Nicolas-de-Port est un édifice catholique majeur de Lorraine, situé à quelques kilomètres au sud de Nancy, dans le département de Meurthe-et-Moselle. Rattachée au diocèse de Nancy et de Toul, elle est dédiée à saint Nicolas, patron de la Lorraine, et porte depuis 1950 le titre de basilique mineure. Bien qu’elle soit souvent qualifiée à tort de cathédrale en raison de ses dimensions exceptionnelles, elle n’a jamais été siège épiscopal.L’origine du sanctuaire remonte à la fin du XIᵉ siècle. Vers 1087, selon la tradition, un chevalier lorrain, Aubert de Varangéville, aurait rapporté de Bari une relique de saint Nicolas, une phalange, qui fut à l’origine d’un important pèlerinage. Cette relique attira rapidement des foules venues bien au-delà de la Lorraine. Une première église est construite au début du XIIᵉ siècle, près du port sur la Meurthe, donnant naissance à la localité de Saint-Nicolas-de-Port. Le pèlerinage nicolaïen devient l’un des plus importants d’Europe occidentale, contribuant à faire de saint Nicolas le saint patron des Lorrains.

Facade de la basilique

Plusieurs récits et traditions renforcent la renommée spirituelle du lieu. Au XIIIᵉ siècle, la légende du sire de Réchicourt, chevalier lorrain miraculeusement libéré de captivité lors de la sixième croisade après avoir invoqué saint Nicolas, marque durablement la mémoire locale. Jusqu’à la Révolution française, une délégation venue de Réchicourt participe chaque année à la procession en souvenir de cet épisode. Des figures majeures du Moyen Âge contribuent également à la diffusion du culte, comme Jean de Joinville, proche du roi Louis IX, qui relate dans ses écrits un vœu accompli en faveur de l’église de Saint-Nicolas après un péril en mer lors de la septième croisade.La construction de la basilique actuelle est directement liée à l’histoire politique de la Lorraine. Après la victoire décisive du duc René II sur Charles le Téméraire lors de la bataille de Nancy, le 5 janvier 1477, le souverain décide d’ériger un édifice monumental en action de grâce et comme symbole de l’indépendance retrouvée du duché. Les travaux débutent en 1481 et s’achèvent vers 1545 pour la façade, avant la consécration solennelle en 1560. L’édifice est construit en pierre calcaire blanche issue des carrières de Viterne et mobilise de nombreux donateurs, du duc aux marchands et pèlerins, dont les armoiries figurent encore dans les vitraux.

La basilique se distingue par son architecture gothique flamboyante d’une grande homogénéité. Longue de plus de 71 mètres et large de 31 mètres, elle possède une nef culminant à 30 mètres de hauteur et onze travées, des proportions comparables à celles d’une cathédrale.

intérieur de la Saint-Nicolas-de-Port

Deux tours élancées, hautes de 85 et 87 mètres, sont coiffées de clochers à bulbes caractéristiques, ajoutés au XVIIIᵉ siècle. L’intérieur frappe par la hauteur exceptionnelle de ses colonnes, notamment celles du transept, hautes de plus de 21 mètres, parmi les plus élevées de France pour cette période. Une légère déviation de l’axe de la nef, d’environ six degrés, témoigne des contraintes du terrain lors de la construction.Au cours de son histoire, la basilique connaît plusieurs épreuves. En novembre 1635, durant la guerre de Trente Ans, un incendie majeur détruit la toiture, le mobilier et une partie des vitraux, dont le plomb fond sous l’effet de la chaleur. Cet événement donne naissance à la légende du « pilier qui pleure », associée à un moine bénédictin miraculeusement sauvé, récit encore vivace dans la mémoire locale. D’importantes restaurations sont menées aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, puis l’édifice est classé monument historique dès 1840, sur la toute première liste nationale.La basilique subit de nouveaux dommages lors du bombardement du 19 juin 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale. Une restauration d’envergure est entreprise à partir des années 1980, rendue possible par le legs exceptionnel de Camille Croué-Friedman, originaire de Saint-Nicolas-de-Port, qui attribuait sa survie à un naufrage à l’intercession de saint Nicolas. Les travaux, étalés sur plus de vingt ans, permettent de restituer à l’édifice sa splendeur originelle.

Aujourd’hui encore, la basilique de Saint-Nicolas-de-Port demeure un sanctuaire vivant, au cœur de la vie religieuse du diocèse de Nancy et de Toul. Elle conserve un riche patrimoine intérieur, fresques, vitraux, statues, trésor et un ensemble campanaire remarquable de dix-huit cloches, parmi les plus importants de France. Lieu de pèlerinage, de mémoire et de foi, elle occupe une place centrale dans l’histoire spirituelle et culturelle de la Lorraine, ce qui explique l’émotion particulière suscitée par toute atteinte à cet édifice plusieurs fois séculaire.

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