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Une association de victimes dénonce le rôle du diocèse de Reims dans la gestion des abus

Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims - DR
Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims - DR
Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims renouvelle sa " disponibilité à travailler avec l’association Éclats" (communiqué du diocèse et de l'association Eclats)

Le diocèse de Reims et des Ardennes a publié le mercredi 11 février 2026 un communiqué en réaction à des déclarations de l’association Éclats, qui évoque des faits graves et critique la gouvernance diocésaine. Dans ce texte, l’archevêque, Éric de Moulins-Beaufort, défend l’action entreprise depuis 2016 et redit sa disponibilité à travailler avec l’association.

Le communiqué rappelle que « depuis 2016, le diocèse de Reims comme tous les diocèses de France a entrepris […] un travail de vérité ». Les témoignages reçus par la cellule d’écoute auraient été transmis à la justice, laquelle a mené les enquêtes qu’elle a jugées nécessaires. Les fondateurs d’Éclats, indique le texte, ont été reçus lorsqu’ils l’ont demandé et des réponses leur ont été apportées « dans la mesure de ce que le diocèse pouvait connaître ». Il est toutefois reconnu qu’il est « vraisemblable que toutes les personnes qui ont pu être victimes […] n’ont pas encore parlé », raison pour laquelle la cellule d’écoute demeure active et renouvelée.

Le diocèse regrette que le communiqué transmis par l’association à la presse locale « télescope des faits » tels que « violences, destruction d’archives, silence institutionnel » sans perspective historique et mentionne trois noms de prêtres « comme si les faits les concernant étaient établis de la même façon ». Il précise que certaines accusations évoquées, notamment « soumission chimique » ou « prise de photographies pédopornographiques », ne lui sont pas connues. Il affirme n’avoir connaissance d’« aucune destruction d’archives faite pour dissimuler des faits à la justice », tout en reconnaissant que les archives peuvent être parcellaires. Selon le communiqué, « tous ceux qui ont été connus ont fait l’objet d’un signalement ».

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Le texte rappelle également que l’archevêque a organisé deux conférences de presse, dont la dernière le 30 avril 2025, au cours desquelles il a répondu à toutes les questions posées. Il mentionne des initiatives publiques comme la représentation de la pièce « Pardon ? » en 2021 et l’organisation annuelle d’une journée de prière pour les personnes victimes, la prochaine étant prévue le 12 mars 2026 à l’église Saint-Maurice à Reims.

Enfin, le diocèse annonce le lancement prochain d’un appel à témoignages dans un hors-série de sa lettre d’information, texte qui aurait été soumis à l’association Éclats, invitée à s’y présenter. L’association serait également conviée depuis deux ans aux travaux du Conseil de Vigilance et à la préparation du temps de prière annuel. En conclusion, le diocèse « redit sa détermination à accueillir les personnes victimes » et à « mettre au jour les faits commis par des prêtres qui seraient mis en cause » en toute transparence à l’égard de la justice, et « redit sa disponibilité à travailler avec l’association Éclats » qui l’a récemment sollicité pour mettre en place un soutien psychologique aux personnes victimes.

intégralité du communiqué du diocèse de Reims

Communiqué de l’association ECLATS :

« À Reims et dans les Ardennes, des abus sexuels sur enfants ont été commis pendant plus de soixante ans dans le cadre des activités de l’Église catholique. Malgré quelques articles dans la presse locale, l’ampleur réelle des faits demeure largement ignorée.

L’association Éclats Reims, créée par des victimes aujourd’hui âgées de 50 à 65 ans, accompagne environ 30 victimes d’agressions sexuelles commises entre 1950 et 1990. Ce chiffre est très largement sous-estimé.

Les faits concernent notamment trois prêtres aujourd’hui décédés, Daniel Prot, Peter Meulendijks et Jean-François Pinard, ayant exercé entre les années 1960 et 2020 à Reims et dans les Ardennes. Les violences rapportées sont extrêmement graves et répétées : viols, agressions sexuelles, violences physiques et psychologiques, emprise, voyeurisme, exhibition, soumission chimique, prises de photographies à caractère pédopornographique.

Ces actes ont eu lieu dans toutes les activités liées à l’Église : colonies de vacances, Association Le Sourire de Reims et Pouillon, activités scoutes, écoles maternelles et élémentaires, catéchisme, enfants de chœur, retraites de communion, foyer de la DASS « Bethléem-Saint-Rémi ». Plusieurs victimes ont été reconnues par la justice, malgré la prescription, et plusieurs ont été reconnues et indemnisées par l’INIRR, Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et Réparation.

Points particulièrement préoccupants

Refus d’appel à témoins
L’archevêque de Reims, Éric de Moulins-Beaufort, ancien président de la Conférence des évêques de France et acteur de la création de la CIASE, refuse catégoriquement de lancer un appel public à témoignages, contrairement à ce qui a été fait dans d’autres diocèses. Ce refus empêche de nombreuses victimes de comprendre leur histoire, d’accéder à des soins et à une indemnisation.

Destruction des archives
L’association constate la disparition quasi totale des archives : listes d’élèves, photos de classe, documents des colonies de vacances et des Scouts de France, dossiers de prêtres pourtant signalés dès le séminaire et déplacés à plusieurs reprises.

Conséquences humaines majeures
Les victimes présentent des troubles psychotraumatiques sévères, des amnésies, des maladies chroniques, des addictions, un isolement social important. Plusieurs suicides ont été rapportés. Aujourd’hui, ce sont les victimes elles-mêmes qui accueillent et soutiennent les nouveaux témoins, en partenariat avec France-Victimes-Le Mars, sans aucune aide de l’Église locale. »

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