Le contrôle de l’État chinois sur l’Église catholique franchit un nouveau seuil. Des règles adoptées le 16 décembre par l’Association patriotique catholique chinoise et la Conférence des évêques de l’Église catholique en Chine imposent désormais à l’ensemble du clergé reconnu officiellement de remettre ses passeports et documents de voyage à une gestion centralisée.C’est le site The Epoch Times qui précisé en décembre dernier l’existence de ce document interne, après l’avoir consulté et interrogé plusieurs membres du clergé et fidèles en Chine. Les nouvelles dispositions concernent les évêques, prêtres, diacres et religieuses, lesquels ne sont plus autorisés à conserver leurs passeports ordinaires ni leurs permis de voyage pour Hong Kong, Macao ou Taïwan.
Tout déplacement à l’étranger, qu’il soit pastoral, académique ou personnel, doit désormais faire l’objet d’une demande préalable auprès des autorités compétentes. Une fois l’autorisation accordée, les documents sont restitués temporairement afin de permettre les démarches nécessaires. Au retour, le clergé est tenu de les rendre dans un délai de sept jours et de fournir un rapport détaillant les activités menées durant le séjour.Les voyages privés sont soumis à des conditions particulièrement strictes. Une demande écrite doit être déposée au moins trente jours à l’avance, précisant l’objet du déplacement, l’itinéraire complet, la durée et les éventuels accompagnants. Le demandeur doit signer un engagement formel et s’interdire toute modification du programme ou prolongation non autorisée. Des sanctions disciplinaires sont prévues en cas d’infraction, allant de l’avertissement à la suspension du droit de voyager, voire à des mesures plus sévères prévues par la réglementation religieuse en vigueur.
Ce dispositif rappelle fortement les mécanismes déjà appliqués aux fonctionnaires et aux cadres du Parti communiste chinois, dont les passeports sont régulièrement conservés par l’administration afin de prévenir les défections et de limiter les contacts non contrôlés avec l’étranger.
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L’extension de ce système au clergé manifeste une assimilation croissante des responsables religieux à des acteurs politiquement sensibles.
Un prêtre de Shenzhen, interrogé sous couvert d’anonymat, souligne que la dimension internationale est constitutive du catholicisme, qu’il s’agisse de formations théologiques, de conférences ou de collaborations missionnaires, « La remise obligatoire des passeports est perçue par certains comme un signe tangible de mise sous tutelle.« La mesure est présentée comme expérimentale, ce qui, dans le cadre administratif chinois, peut annoncer une généralisation ultérieure. Des observateurs estiment qu’un dispositif analogue pourrait être étendu à d’autres confessions reconnues par l’État.Ce durcissement intervient dans un contexte marqué par la politique de sinisation des religions, qui vise à aligner les confessions sur les orientations idéologiques nationales et à limiter toute influence étrangère. Il s’inscrit également dans la réalité particulière de l’Église en Chine, où coexistent une structure reconnue officiellement par l’État et des communautés demeurant en communion directe avec Rome.
La restriction des déplacements internationaux touche un point essentiel de la vie catholique, sa dimension universelle et la communion entre les Églises locales. En soumettant les voyages à une autorisation politique et à un contrôle systématique, les autorités chinoises renforcent une logique administrative qui réduit concrètement l’autonomie des pasteurs dans l’exercice de leur mission.


