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Le Carême, un temps de liberté et de joie

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Le Carême est une libération des « pièges à désir » et de la tyrannie du besoin qui capturent l’âme sans qu’elle s’en aperçoive

Ce mercredi 18 février 2026 marque l’ouverture du Carême pour les catholiques du monde entier mais ce temps de jeûne, de prière et d’aumône n’est pas un temps de tristesse, bien au contraire : Il est la préparation à la fête de Pâques, c’est-à-dire à la Résurrection du Christ d’entre les morts, à la victoire de la vie sur la mort. Dès lors, comment pourrait-il être un temps morose, alors qu’il conduit à l’événement le plus lumineux de l’histoire humaine ?

Le geste des cendres, loin d’être une humiliation stérile, est un acte de vérité. « Souviens-toi que tu es poussière » n’est pas une condamnation, mais un rappel salutaire : l’homme ne se sauve pas lui-même. Il reçoit la vie, et il reçoit le Salut. Les quarante jours du Carême renvoient aux quarante années d’Israël au désert, et surtout aux quarante jours du Christ au désert avant le début de son ministère publique. Le désert n’est pas un lieu de mort, mais un lieu de purification. On y dépouille le superflu pour retrouver l’essentiel.

On présente parfois le Carême comme une suite d’interdits, ne pas manger ceci, renoncer à cela, se priver. Mais le cœur du Carême n’est pas la privation, c’est la liberté. Le jeûne chrétien n’est pas un exercice de performance morale. Il est un acte d’amour. En renonçant volontairement à un bien légitime, le chrétien affirme que Dieu est le Bien suprême. Il remet de l’ordre dans ses désirs. Il apprend que son cœur est fait pour plus grand que lui.

Comme le dit l’Église catholique, le carême est ainsi une libération de ces « pièges à désir » qui capturent l’âme sans qu’elle s’en aperçoive. Il peut s’agir du tabac, de l’alcool, de la télévision, de l’ordinateur, ou de toute habitude qui installe la vie sous la tyrannie du besoin

Derrière ces réalités concrètes se cachent des mécanismes intérieurs plus profonds, l’automatisme, la dépendance, la recherche compulsive d’une satisfaction immédiate. Le Carême vient briser cette logique et rappeler que l’homme n’est pas fait pour être dominé par ses pulsions, mais pour gouverner sa vie dans la lumière de la grâce. La prière, le jeûne et l’aumône, les trois piliers traditionnels du Carême, ne sont pas des obligations formelles. Ils sont des chemins vers la communion. La prière réoriente le regard vers Dieu. Le jeûne libère de l’esclavage des instincts. L’aumône ouvre le cœur au frère. Il ne s’agit pas de se rendre triste, mais de devenir plus vrai.

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Le Carême est donc un combat spirituel. Il révèle les attachements désordonnés, les habitudes qui éloignent de Dieu, les compromis avec la médiocrité. Mais ce combat n’est jamais désespéré Le chrétien ne lutte pas seul. Il lutte avec le Christ et dans le Christ. La victoire est déjà acquise à Pâques. Le Carême n’est que le chemin qui y conduit. Voilà pourquoi il n’est pas triste. Il est exigeant, il est sérieux, mais il est orienté vers la lumière. Il est le passage d’une vie tiède à une vie renouvelée. En définitive, le Carême est une école d’amour. Un temps offert au Christ pour apprendre à aimer davantage. Un temps pour mourir à ce qui nous enferme, afin de ressusciter avec Lui.

Non pas parce que Dieu aurait besoin de nos efforts, mais parce que l’amour demande une réponse. Le Christ a donné sa vie pour l’humanité. Le chrétien, à son tour, offre librement et par amour quarante jours de conversion. Il y a là une dimension profondément théologique. La grâce de Dieu précède toujours l’action humaine. Mais cette grâce ne supprime pas la liberté, elle l’éveille. Le Carême est le moment où le croyant coopère plus consciemment à l’œuvre de Dieu en lui.

Ainsi, le Carême n’est pas centré sur l’homme, mais sur le Christ. Ce n’est pas un temps d’introspection narcissique. C’est un temps d’union

La liturgie elle-même l’enseigne. Le violet du Carême annonce déjà le blanc éclatant de Pâques. Le silence prépare l’explosion de l’Alléluia. La sobriété prépare la fête. Il y a une joie propre au carême, une joie discrète mais profonde. La joie de se savoir aimé. La joie de se convertir. La joie de revenir vers le Père. Et c’est précisément pour cela qu’il est un cadeau.

« Le jeûne a été institué dans le paradis ; c’est le premier commandement qu’Adam reçut. »

(Homélie sur le jeûne, Saint Basile le Grand)

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