La déclaration du cardinal Parolin, chef de la diplomatie vaticane, a été faite à Rome, en marge d’une rencontre bilatérale entre l’Italie et le Saint-Siège au Palazzo Borromeo, à l’occasion de l’anniversaire des Pactes du Latran. Étaient notamment présents le président italien Sergio Mattarella et la présidente du Conseil Giorgia Meloni:
Interrogé sur le contenu du projet, le cardinal Parolin a exprimé des réserves :« Il y a des points qui nous laissent quelque peu perplexes. Il y a des points critiques qui devraient trouver des explications. » Le Secrétaire d’État a ensuite précisé l’un des principes directeurs de la position vaticane :
« Une préoccupation est qu’au niveau international, ce devrait être avant tout l’ONU qui gère ces situations de crise. C’est l’un des points sur lesquels nous avons insisté. »

Rappelons que le pape Léon XIV avait été invité à participer aux travaux, invitation que le Vatican avait indiqué examiner avant l’annonce officielle du refus. Le Board of Peace est une initiative proposée par le président américain Donald Trump. Selon les informations rendues publiques, l’instance a d’abord été présentée comme un organe destiné à superviser une gouvernance transitoire à Gaza dans le cadre d’un plan américain de reconstruction et de stabilisation du territoire, avant d’être élargie à d’autres crises internationales. Donald Trump en assurerait la présidence et une première réunion s’est tenue à Washington, au cours de laquelle plusieurs États auraient annoncé des engagements financiers pour la reconstruction.
A ce jour, la composition du Board of Peace reflète un ensemble hétérogène de pays. Parmi les membres ou signataires figurent notamment les États-Unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Qatar, la Turquie, Israël, l’Indonésie, le Pakistan, le Kazakhstan, le Maroc, l’Argentine, la Hongrie ou encore le Kosovo. D’autres États d’Asie, d’Europe orientale et d’Amérique latine ont également été mentionnés comme ayant signé la charte ou accepté l’invitation, parmi lesquels la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, le Japon, la Suisse, la Pologne ou l’Ukraine.
À l’inverse, plusieurs pays occidentaux ont choisi de ne pas adhérer formellement à l’instance. L’Italie et l’Union européenne ont indiqué qu’elles participeraient aux discussions en tant qu’observateurs, sans rejoindre officiellement le dispositif. D’autres États européens, dont la France, l’Allemagne ou l’Espagne, n’ont pas intégré la structure.
En rappelant la compétence première de l’Organisation des Nations unies, le Saint-Siège réaffirme son attachement au multilatéralisme et au cadre onusien comme instance légitime pour traiter les crises internationales.
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Cette décision s’éclaire à la lumière de la nature juridique précise du Saint-Siège. Il convient de distinguer le Saint-Siège de l’État de la Cité du Vatican. Le premier est le sujet de droit international qui représente l’Église catholique universelle. Le second, créé en 1929 par les Pactes du Latran, garantit l’indépendance territoriale nécessaire à son exercice. Ce n’est pas l’État territorial qui conduit la diplomatie, mais bien le Saint-Siège en tant qu’autorité souveraine.
La souveraineté du Saint-Siège est d’une nature particulière. Elle n’est pas fondée sur la défense d’intérêts nationaux, économiques ou militaires. Le Saint-Siège ne dispose pas d’une armée offensive et ne poursuit pas d’objectifs géopolitiques comparables à ceux des États. Sa mission est d’ordre spirituel et pastoral, universelle par définition. Son action internationale vise principalement la promotion de la paix, la défense de la dignité humaine, la liberté religieuse et le respect du droit international.
Dans les organisations internationales, le Saint-Siège participe le plus souvent comme observateur permanent, notamment auprès de l’Organisation des Nations unies, ce qui lui permet de faire entendre une voix morale sans s’inscrire dans des mécanismes exécutifs à caractère stratégique. Cette position lui permet de préserver une neutralité perçue et une capacité de médiation auprès d’acteurs parfois opposés.En refusant d’entrer dans le Board of Peace, structure conçue et présidée par un chef d’État, le Vatican affirme vouloir éviter toute assimilation à un acteur géopolitique spécifique. Il entend préserver sa liberté diplomatique et sa crédibilité morale, afin de rester disponible pour d’éventuelles médiations futures, y compris auprès de parties qui pourraient voir dans ce dispositif une initiative politiquement marquée.
Précisons que d’une certaine façon le refus consolide l’indépendance institutionnelle du Saint-Siège. Dans un dispositif réunissant des puissances régionales aux intérêts parfois divergents, ainsi que de grandes puissances mondiales, la distance institutionnelle peut renforcer la capacité du Vatican à dialoguer avec tous sans être identifié à un bloc particulier. Le rappel du rôle central de l’Organisation des Nations unies s’inscrit dans une continuité diplomatique ancienne. En revanche,une participation, même limitée, aurait permis au Saint-Siège d’exercer une influence morale de l’intérieur, notamment sur les dimensions humanitaires et éthiques liées à la reconstruction de Gaza. D’autres pourraient considérer qu’il s’agit d’une occasion manquée de peser plus directement sur un cadre déjà soutenu par plusieurs États du Moyen-Orient et d’autres régions.
La décision vaticane met donc en lumière une constante de la diplomatie du Saint-Siège, être présent dans les grands débats internationaux sans se laisser absorber par des structures politiques susceptibles de restreindre son autonomie ou d’altérer son statut singulier.


