Sous la plume de Bernadette Sauvaget, observatrice avisée de la chose catholique dans les colonnes du média Libération, le voyage du pape Léon XIV à Monaco ( prévu pour fin mars) est traité sur un mode mêlant ironie et suspicion. Sous couvert d’analyse , l’article choisit l’ironie et l’arrière-pensée pour commenter le déplacement du Saint-Père. La question posée,« Mais que fera Léon XIV parmi la foule du bling-bling ? », donne le ton. Elle ne cherche pas à comprendre, elle suggère d’emblée le sarcasme et l’ironie voire le soupçon. Elle n’éclaire pas les enjeux spirituels d’une visite pastorale, elle installe d’emblée une grille de lecture idéologique, comme si la présence du pape sur le Rocher relevait déjà de l’incongruité.
Cette manière de poser le débat trahit un vieux réflexe anticlérical, à peine dissimulé. Si le pape se rend auprès des riches, on l’accuse aussitôt d’incohérence, comme s’il devait se justifier d’annoncer l’Évangile en dehors des quartiers défavorisés. À suivre cette logique, le pape ne devrait aller que vers les pauvres compris exclusivement comme victimes d’une pauvreté matérielle, vision réductrice qui confine à une certaine idéologie. Or il existe plusieurs formes de pauvreté, spirituelle, morale, relationnelle, culturelle. Et le message de l’Évangile ne s’arrête pas à l’analyse sociologique des hommes, il ne se plie pas aux catégories à la mode. Il s’adresse à toute personne, quelles que soient sa condition, sa fortune ou son statut.
L’Évangile ne dit pas que le Christ n’allait qu’à la rencontre des pauvres. Il avait pour eux une prédilection évidente, mais il allait aussi chez les publicains, il s’invitait chez Zachée, il parlait aux puissants, il comparaissait devant Pilate. Le salut n’est pas réservé à une catégorie sociale. L’Église n’est pas une ONG assignée à résidence dans les périphéries. Elle est universelle, catholique, c’est-à-dire envoyée à tous.
Insinuer qu’un pape trahirait sa mission en se rendant à Monaco relève d’une vision militante de la foi. Comme si annoncer l’Évangile dans un lieu marqué par l’argent et le prestige était suspect. C’est précisément là que la parole morale de l’Église est nécessaire. C’est précisément là qu’elle peut déranger.L’article suggère également qu’il serait contradictoire, pour un pape attaché à la justice sociale, de se rendre dans un territoire souvent qualifié de paradis fiscal. Faut-il donc abandonner ces milieux à eux-mêmes ? Faut-il considérer que certains espaces seraient indignes d’une visite pastorale ? Une telle logique aboutit à une ségrégation inversée : les riches exclus du champ de l’exhortation morale, les puissants dispensés d’entendre l’appel à la conversion.
Plus contestable encore est l’hypothèse d’un prétendu « snobisme » envers la France, au motif qu’un trajet en hélicoptère éviterait une escale à Nice. Transformer une question logistique en geste politique relève du procès d’intention. C’est du pur mauvais esprit. Le pape n’est pas un stratège électoral cherchant à humilier une capitale ou à envoyer des signaux diplomatiques mesquins, même si ,en son temps François a su envoyer ce type de signal.. mais prêter cette intention à Léon XIV , sans élément tangible, révèle davantage les obsessions du commentateur que la réalité des faits.
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La vérité est plus simple. Le pape va là où il est invité, là où une Église locale l’accueille, là où une parole peut être portée. Si Léon XIV rappelle à Monaco, dont le catholicisme est la religion d’Etat, les exigences du respect de la vie, de la justice dans les affaires économiques ou de la responsabilité morale des nations, faudra-t-il encore s’en offusquer parce que le décor ne correspond pas à une certaine imagerie sociale ? Derrière l’ironie sur le « bling-bling » se cache en réalité une vision réductrice du catholicisme. On voudrait un pape cantonné au rôle d’icône humanitaire, toléré tant qu’il ne sort pas d’un registre compassionnel. Mais dès qu’il assume la dimension universelle et exigeante de sa mission, dès qu’il parle à tous, pauvres et riches, il devient suspect.
Léon XIV ne « snobe » personne. Il ne courtise personne. Il accomplit une mission reçue du Christ, annoncer la vérité à temps et à contretemps, dans les périphéries comme dans les salons dorés. Ce n’est pas une stratégie mondaine. C’est la cohérence d’un pasteur qui sait que l’Évangile n’est pa sun manifeste politiqueet ne connaît ni frontières sociales ni calculs idéologique.
« Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » (Jean 3, 8)


