Dans son message pour la Journée de l’Hispano-Amérique, Monseigneur Filippo Iannone, président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine, établit un lien explicite entre les résistances à la synodalité et ce qu’il appelle un « manque de conversion ». Selon lui, les difficultés rencontrées ne trouvent pas d’abord leur origine dans des désaccords doctrinaux ou des problèmes structurels, mais dans une insuffisante transformation intérieure des personnes et des communautés. L’archevêque inscrit son analyse dans la continuité du Concile Vatican II. Il reconnaît qu’« à un observateur mal préparé, il peut facilement sembler que les documents de ce Concile aient été dépassés par la réalité changeante du monde et de l’Église ». Mais il affirme qu’une relecture attentive conduit à un autre constat : « nous découvrons que notre manque de conversion est, très probablement, le principal responsable du fait qu’il existe encore des questions qui requièrent une plus grande assimilation personnelle et communautaire ».
Le propos est clair, si certains points conciliaires paraissent encore débattus, ce ne serait pas parce qu’ils seraient obscurs ou problématiques en eux-mêmes, mais parce qu’ils n’auraient pas été suffisamment intériorisés. Monseigneur Iannone applique ce raisonnement à la synodalité. Il rappelle que le pape François a encouragé le processus synodal « non pas tant pour telle ou telle idée novatrice, mais comme un geste de fidélité à l’Évangile et à l’ecclésiologie » de Lumen gentium.
Il situe également cette dynamique dans la continuité du pontificat du pape Léon XIV, présenté comme poursuivant ce chemin en proposant une compréhension vivante de l’unité et de la communion, le peuple de Dieu marchant dans l’histoire, approfondissant son identité baptismale et sa dimension ministérielle. La synodalité est ainsi décrite non comme une innovation idéologique, mais comme une conséquence organique de l’ecclésiologie conciliaire.
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Le message insiste fortement sur la dimension missionnaire : « L’Église n’existe pas pour elle-même, mais pour annoncer avec joie la beauté du l’Évangile à tous les hommes et en tous lieux », souligne le président de la Commission pontificale.
La devise choisie, « Marchons ensemble, partageons la joie », exprime cette articulation entre communion et évangélisation. Marcher ensemble n’est pas une fin autonome, mais un moyen pour rendre plus crédible l’annonce du Christ. Le texte se conclut par une référence à la Vierge Marie, présentée selon le chapitre VIII de Lumen gentium comme « Mère » et « figure » de l’Église, modèle qui précède et oriente la mission. À l’horizon se profilent également le Ve centenaire de l’événement guadalupéen en 2031 et le Jubilé de la Rédemption en 2033, que l’archevêque invite à préparer dans un esprit de communion et d’engagement évangélisateur.
Notons que l’approche de Monseigneur Iannone présente une cohérence spirituelle claire. Toute réforme ecclésiale suppose une conversion. Sans transformation du cœur, les structures demeurent stériles. En ce sens, replacer la synodalité dans une perspective de conversion évite une lecture purement institutionnelle.
Cependant, une interrogation demeure. Réduire les résistances principalement à un « manque de conversion » peut donner le sentiment que les réserves exprimées dans certains milieux catholiques seraient d’abord d’ordre spirituel. Or, nombre de fidèles et de pasteurs qui s’interrogent sur certaines modalités concrètes du processus synodal invoquent non un refus de conversion, mais un souci de continuité doctrinale et de clarté ecclésiologique.
La question se pose donc avec précision. Les résistances relèvent-elles uniquement d’un déficit intérieur, ou traduisent-elles aussi un débat théologique réel sur la réception concrète du Concile et sur certaines applications pratiques de la synodalité ?Entre appel à la conversion et exigence de discernement, l’Église avance dans un contexte où l’unité ne peut se construire ni contre la vérité, ni sans la charité.


