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Le Français Gabriel-Maria Nicolas déclaré bienheureux par le pape Léon XIV

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Une reconnaissance officielle qui consacre une vénération ancienne et met en lumière une figure mariale du renouveau spirituel à l’aube du XVIe siècle

Réuni en audience ce samedi 21 février 2026, le pape Léon XIV a autorisé la promulgation de plusieurs décrets du Dicastère pour les Causes des Saints. Parmi eux figure la béatification équipollente du franciscain français Gabriel-Maria Nicolas, cofondateur de l’Ordre de l’Annonciation de la Vierge Marie. Cette décision consacre officiellement une vénération ancienne et souligne l’actualité d’une figure mariale du renouveau spirituel à l’orée du XVIe siècle.

Né vers 1460 à Riom, en Auvergne, à une vingtaine de kilomètres de Clermont-Ferrand, Gilbert Nicolas grandit dans le royaume de France. Les sources livrent peu d’éléments sur sa famille, sinon l’existence probable d’un frère et d’une sœur. Sa vocation n’est pas précoce. Il traverse sa jeunesse selon les usages de son temps avant d’être profondément touché par la prédication des franciscains observants.Ces religieux, réputés pour leur prédication populaire, annonçaient avec vigueur le mystère de l’Immaculée Conception. Enflammé par cet enseignement, le jeune Gilbert décide de se consacrer entièrement à la Vierge Marie. Il entreprend un long chemin à pied pour rejoindre le noviciat des Frères mineurs de l’Observance à Lafont, où il reçoit sa première formation et prononce vraisemblablement ses vœux autour de 1480.

Ordonné prêtre après des études, notamment à Amboise, il se distingue par sa solide formation théologique. Sa réputation d’homme de science et de bon conseil le conduit à être appelé auprès de la princesse Jeanne de France.La présence de Gilbert Nicolas à la cour de Jeanne de France est attestée avec certitude en 1498, année du procès en nullité du mariage entre la princesse et le roi Louis XII. Le tribunal ecclésiastique réuni à Tours, d’août à décembre 1498, prononce l’annulation de cette union non consommée.Après cette épreuve, Louis XII confie à Jeanne le duché de Berry. Elle fait son entrée solennelle à Bourges le 13 mars 1499. C’est là que mûrit le projet de fonder un nouvel ordre religieux. Gilbert, devenu son confesseur et son accompagnateur spirituel, l’assiste étroitement dans cette entreprise.

Il participe activement au recrutement des premières jeunes femmes appelées à former la communauté. Le 27 mai 1500, les postulantes entrent dans la maison destinée à devenir le premier monastère. Malgré une absence initiale due à la maladie, il rédige pour elles une règle fidèle à l’intuition spirituelle de la fondatrice.Soucieuse d’obtenir l’approbation pontificale, la nouvelle communauté envoie Gilbert à Rome. Grâce notamment à l’appui du cardinal Giovanni Battista Ferrari, le pape Alexandre VI approuve la règle le 12 février 1502, malgré les restrictions héritées du IVe concile du Latran concernant la création de nouvelles règles religieuses. Gilbert reçoit alors l’autorisation de porter le nom de Gabriel-Maria.

Il est désigné supérieur canonique du nouvel ordre. La règle qu’il rédige conjugue mystique et sens pratique, dans la ligne franciscaine, et place l’imitation de la Vierge au cœur même de la vie religieuse, donnant à l’Annonciade son caractère spécifiquement marial.

Très estimé parmi les observants, Gabriel-Maria est élu en mai 1502 vicaire provincial d’Aquitaine. Durant trois années, il administre sa province et multiplie les déplacements. Il effectue en 1504 la première visite canonique de la communauté de Bourges et reçoit à la Pentecôte de la même année la profession privée de Jeanne de France.Le 21 novembre 1504, les religieuses prennent possession de leur nouveau monastère et s’engagent dans la clôture perpétuelle. Jeanne meurt quelques mois plus tard. Gabriel-Maria poursuit son œuvre, assumant ensuite la charge de gardien à Amboise.En 1507, le pape Jules II confirme les règles de l’Ordre de l’Annonciation et accorde de nouveaux privilèges aux moniales. L’expansion commence avec une fondation à Albi, puis d’autres implantations à Bruges, Béthune, en Espagne, à Bordeaux et en Angleterre.En 1511, il est nommé vicaire général de l’Observance cismontane, exerçant son autorité sur un vaste territoire allant de l’Espagne aux Flandres et à l’Allemagne. Reconnaissant la profondeur de sa spiritualité mariale, le pape Léon X confirme en 1518 son nom de Gabriel-Maria. Sous son pontificat, deux confréries liées à l’ordre reçoivent l’approbation.

Toujours attentif à la vitalité de la vie religieuse, Gabriel-Maria favorise également le rapprochement entre les Annunziate et les moniales de l’Immaculée Conception. Le chapitre général d’Anvers, en 1514, officialise cette union sous l’autorité des observants.Il continue à exercer diverses charges jusqu’aux dernières années de sa vie. En 1530, il visite le monastère récemment fondé à Louvain. Sa santé décline progressivement. Le 27 août 1532, à Rodez, après avoir demandé la récitation des vêpres, il s’éteint paisiblement au dernier verset du Magnificat.

Gabriel-Maria apparaît comme un religieux cultivé et polyvalent, soucieux de ramener la famille franciscaine à l’authenticité de ses origines. Prédicateur convaincant parce qu’il vivait ce qu’il annonçait, il se distingue par une spiritualité pénitentielle centrée sur l’adoration eucharistique et une dévotion fervente à la Vierge.

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Annonceur de la Parole de Dieu par la prédication populaire, il travaille avec ardeur à diffuser le culte de l’Immaculée Conception. Les témoignages recueillis mettent en lumière l’exercice remarquable des vertus théologales et cardinales ainsi que des conseils évangéliques. Il manifeste une foi ardente dans le zèle pour le salut des âmes, que ce soit dans l’enseignement, la direction spirituelle ou la prédication. Homme d’espérance, il inspire confiance à ses pénitents, à ses confrères et aux moniales. Dans les responsabilités qui lui sont confiées, il agit avec justice et prudence, cherchant toujours le bien spirituel des communautés. Son obéissance à ses supérieurs et au Saint-Siège s’accompagne d’une grande sobriété de vie et d’une attention aux pauvres. À l’exemple de saint François d’Assise, il cultive une humilité constante. Dès sa mort, il reçoit une vénération spontanée à Rodez et dans les monastères de l’Annonciade. Ses restes sont exposés à la dévotion des fidèles avant d’être inhumés sous le pavement, au pied du maître-autel de l’église du monastère.

En 1625, l’évêque de Rodez procède à l’élévation de son corps. Une première biographie est rédigée en 1627. Des enquêtes sont ouvertes sur des faits attribués à son intercession. Malgré les troubles politiques de l’époque, la mémoire du religieux demeure vivante. Au XVIIe siècle, les papes Innocent X puis Innocent XI accordent des indulgences aux fidèles visitant l’église des Annunziate le jour de sa mémoire, le désignant comme « saint ». Son nom figure dès 1638 dans les martyrologes franciscains. Au XXe siècle, la dévotion connaît un renouveau, notamment avec la diffusion de litanies approuvées en 1905. Dans certains monastères, l’invocation « Bienheureux Père Gabriel-Maria, priez pour nous » accompagne encore la récitation du Rosaire.

La procédure canonique moderne débute par un procès informatif célébré entre 1925 et 1927. Relancée au début du XXIe siècle, la cause bénéficie de nouvelles recherches historiques et théologiques. Une enquête diocésaine se tient de 2013 à 2015. Les cardinaux et évêques membres du Dicastère se prononcent favorablement sur l’héroïcité des vertus et sur le culte immémorial. En autorisant la promulgation du décret correspondant, le pape Léon XIV reconnaît officiellement cette vénération ancienne et inscrit le bienheureux Gabriel-Maria Nicolas dans la mémoire liturgique de l’Église.

Au cours de la même audience du 21 février 2026, le Saint-Père a également autorisé la reconnaissance d’un miracle attribué à l’intercession du Vénérable Béchara Abou-Mourad, ouvrant la voie à sa béatification.Les vertus héroïques de Francesco Lombardi, prêtre diocésain italien, de Theophane, capucin indien, ainsi que celles de Fausto Gei, laïc membre des Ouvriers silencieux de la Croix, ont aussi été reconnues.À travers ces décrets, l’Église met en lumière des témoins issus de contextes culturels divers, rappelant que la fidélité à l’Évangile se déploie dans la prédication, la vie consacrée et l’engagement laïc, au service de Dieu et du prochain.

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