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« Le Christ ne nous demandera jamais de rompre l’unité de l’Église » : l’avertissement du cardinal Sarah à la Fraternité Saint Pie X

Cardinal Sarah @tribunechretienne
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"Nous pouvons affirmer que la meilleure manière de défendre la foi, la Tradition et l’authentique liturgie sera toujours de suivre le Christ obéissant"

En s’appuyant sur l’Écriture, la Tradition et les Pères de l’Église, le prélat guinéen rappelle que la fidélité au Christ ne peut être dissociée de la communion visible avec le successeur de Pierre et que la crise que traverse l’Église ne saurait justifier une rupture de l’unité. Dans une tribune publiée dans le JDD, le cardinal Robert Sarah ouvre sa réflexion par la confession de foi de l’apôtre Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). Cette parole, explique-t-il, n’est pas un simple élan individuel. Elle constitue la profession de foi sur laquelle repose l’édifice visible de l’Église. Le Christ répond à Pierre par une promesse qui engage toute l’histoire chrétienne : « Et moi, dit Jésus, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle » (Mt 16, 18).

En rappelant ces passages de l’Evangile, le cardinal souligne que l’unité autour de Pierre ne relève pas d’un choix humain ou d’une organisation pratique. Elle procède de la volonté explicite du Seigneur. Se séparer de cette unité, même au nom d’une fidélité revendiquée à la Tradition, revient à fragiliser l’ordre voulu par le Christ lui-même.

C’est ici que prend toute sa force l’image qui donne son titre à la tribune : quitter la barque de Pierre revient à se livrer aux flots de la tempête. L’Église traverse des crises, des scandales, des confusions doctrinales. Le cardinal Robert Sarah ne les nie pas. Mais il rappelle implicitement que la barque demeure le lieu de la présence du Christ. Dans l’Évangile, lorsque la tempête se lève, les disciples sont sauvés non en abandonnant la barque, mais en demeurant avec le Seigneur. La tentation de la rupture peut sembler rassurante, elle expose en réalité à un isolement spirituel. Pour éclairer cette perspective, il cite saint Augustin : « Là où est l’Église, là est le Christ. » Cette affirmation, simple et radicale, balaie toute illusion d’une fidélité solitaire. On ne défend pas le Christ contre l’Église. On ne protège pas la Tradition en se plaçant en dehors de la communion visible. La Tradition n’est pas un objet figé que chacun interpréterait selon son propre jugement. Elle est une réalité vivante transmise dans l’Église et garantie par elle.

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Le cardinal Robert Sarah met également en garde contre la tentation d’un magistère parallèle, où l’on en viendrait à se constituer juge ultime de l’orthodoxie. Une telle attitude, même motivée par le souci du bien, introduit une logique de fragmentation. L’unité visible autour du successeur de Pierre demeure le critère concret de la catholicité. Il insiste ensuite sur la nature spirituelle de l’obéissance. En citant l’exhortation attribuée à sainte Catherine de Sienne, « Obéissez toujours au pasteur de l’Église, car il est le guide que le Christ a établi pour conduire les âmes à Lui », il rappelle que l’obéissance n’est pas une soumission aveugle à une personne privée. Elle est un acte de foi dans la Providence qui gouverne l’Église. L’obéissance est surnaturelle, elle engage la confiance dans le Christ qui a voulu cette médiation visible.

« Nous pouvons affirmer que la meilleure manière de défendre la foi, la Tradition et l’authentique liturgie sera toujours de suivre le Christ obéissant. Le Christ ne nous demandera jamais de rompre l’unité de l’Église. » cardinal Robert Sarah

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Au cœur de la tribune résonne la prière sacerdotale du Seigneur : « Père, qu’ils soient un » (Jn 17, 21). Cette parole n’est pas une simple aspiration morale. Elle exprime une volonté divine. Toute division blesse le Corps du Christ et affaiblit son témoignage dans le monde. L’unité n’est donc pas un compromis stratégique, mais une exigence théologique. Le cardinal Robert Sarah rappelle également la mission confiée aux apôtres : « Les péchés seront remis à qui vous les remettrez, ils seront retenus à qui vous les retiendrez » (Jn 20, 23). Cette parole souligne que l’économie sacramentelle passe par l’Église visible. Même blessée par les fautes de ses membres, elle demeure le lieu ordinaire du salut. La sainteté de l’Église ne dépend pas de la perfection de chacun de ses ministres, mais de la fidélité du Christ à sa promesse.

À plusieurs reprises, le ton devient plus grave. En citant l’agonie de Gethsémani, « Mon âme est triste à en mourir » (Mt 26, 38), le cardinal Robert Sarah laisse transparaître la souffrance d’un pasteur. La division n’est pas une question théorique. Elle est une blessure infligée au Corps du Christ. Elle touche à la communion des fidèles et à la crédibilité de la mission évangélique. En définitive, son avertissement se situe dans la continuité constante de l’ecclésiologie catholique. La crise ne peut être résolue par la rupture. La fidélité à la Tradition ne saurait s’opposer à la communion avec le successeur de Pierre. Quitter la barque de Pierre, même avec l’intention de préserver la foi, revient à s’exposer aux flots de la tempête.Face aux tensions actuelles, le cardinal Robert Sarah appelle donc à la prudence, à l’humilité et à la fidélité. La barque peut être secouée, elle demeure le lieu où le Christ agit. Et c’est dans cette confiance que résonne encore la prière du Seigneur, « Père, qu’ils soient un », comme un impératif pour l’Église d’aujourd’hui.

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