Monseigneur Emanuel Shaleta, évêque de l’éparchie chaldéenne de Saint-Pierre-Apôtre de San Diego, en Californie, a été arrêté le 5 mars 2026 à l’aéroport international de la ville alors qu’il tentait de quitter le pays. Il est poursuivi par la justice américaine pour plusieurs chefs d’accusation liés à des délits financiers. L’affaire, qui fait l’objet d’une enquête depuis plusieurs mois, a profondément marqué la communauté chaldéenne locale. Selon un communiqué publié par le bureau du shérif du comté de San Diego, le prélat a été « contacté et placé en détention » alors qu’il « tentait de quitter le pays ».
🚨FLASH I Monseigneur Emanuel Shaleta, évêque catholique chaldéen, arrêté pour des accusations de détournement de fonds et blanchiment d’argent
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) March 7, 2026
🔴⚡️Le prélat qui clame son innocence ,est actuellement détenu à la prison centrale de San Diego. Sa caution a été fixée à 125 000… pic.twitter.com/YXRzYuiHoi
L’arrestation est intervenue à l’issue d’une enquête de plusieurs mois menée par l’unité spécialisée dans les fraudes du shérif. L’évêque est poursuivi pour huit chefs d’accusation de détournement de fonds, huit chefs de blanchiment d’argent, ainsi que pour un chef supplémentaire de « crime financier aggravé » selon la législation californienne. Cette qualification est utilisée dans les affaires impliquant plusieurs infractions de fraude ou de détournement ayant entraîné des pertes importantes, généralement supérieures à 100 000 dollars.
Une enquête ouverte après un signalement interne
Selon les autorités, l’affaire remonte à août 2025, lorsque le bureau du shérif a été contacté par une personne liée à l’église chaldéenne Saint-Pierre d’El Cajon, dans la région de San Diego. Cette personne aurait fourni « une déclaration et des documents montrant un possible détournement de fonds de l’église ». Après une première enquête, le dossier a été confié à l’unité chargée des crimes financiers. Des documents cités par plusieurs médias américains évoquent la disparition d’au moins 427 000 dollars, certains estimant que la somme pourrait atteindre près d’un million de dollars. Selon une enquête du média catholique américain The Pillar, les soupçons portent notamment sur des fonds provenant de loyers versés pour une propriété appartenant à l’Église.
D’après les documents examinés par ce média, l’évêque aurait perçu certains paiements en espèces et ces fonds n’auraient pas été comptabilisés dans les finances diocésaines. Toujours selon ces informations, les montants manquants auraient ensuite été « remboursés » à la cathédrale par des chèques tirés sur un compte caritatif de la paroisse. Ces accusations doivent encore être examinées dans le cadre de la procédure judiciaire.

L’enquête journalistique évoque également des accusations concernant la vie personnelle du prélat. Selon The Pillar un rapport d’enquête privée mentionnerait des visites régulières de l’évêque dans un établissement situé à Tijuana, au Mexique, connu sous le nom de Hong Kong Club, présenté comme un lieu lié à la prostitution. Le même rapport évoque aussi une relation étroite entre l’évêque et une femme avec laquelle il partagerait un compte bancaire. Les deux personnes se seraient connues lorsqu’elles travaillaient dans une paroisse du Michigan, avant de rester en contact lors des affectations successives du prélat à Toronto puis à San Diego.
Ces éléments, cités par la presse, n’ont pas été confirmés par les autorités judiciaires et devront être examinés dans le cadre de l’enquête. Le patriarcat de l’Église catholique chaldéenne a réagi à ces accusations dans un communiqué. Il y est indiqué que « certains membres » du diocèse de Saint-Pierre-Apôtre ont déposé des plaintes concernant « la mauvaise gestion de certains fonds diocésains et des allégations de relations inappropriées ». Le patriarcat souligne toutefois que ces accusations ont circulé sur les réseaux sociaux « avant que tous les faits ne soient pleinement clarifiés ». Les allégations ou les plaintes nécessitent un examen attentif et objectif et ne doivent pas être résolues en dehors du processus approprié », précise le communiqué. Le texte ajoute que « le Siège apostolique, avec la connaissance et la coopération du patriarcat, a mené des investigations approfondies afin d’établir les faits et de parvenir à une décision juste et impartiale ».
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Monseigneur Emanuel Shaleta a pour sa part contesté les accusations. Lors d’une messe dominicale récente, il a déclaré devant les fidèles : « Je n’ai jamais, dans toute ma vie épiscopale, utilisé un seul centime de l’argent de l’Église. Au contraire, j’ai fait de mon mieux pour préserver et gérer les dons. » Il a également demandé aux fidèles de lui faire confiance : « Vous êtes les seuls qui puissent croire en moi et défendre mon intégrité dans les questions financières de l’Église et dans la vie. »
Selon certains médias, l’évêque aurait présenté sa démission au Vatican au début de l’année, après l’ouverture d’une enquête canonique. L’affaire a provoqué une vive émotion dans la communauté chaldéenne d’El Cajon, qui compte l’une des plus importantes populations irakiennes chrétiennes des États-Unis. Certains paroissiens ont exprimé leur soutien au prélat. Une fidèle interrogée par une chaîne locale a déclaré avoir été profondément bouleversée par son arrestation : « J’ai pleuré. Il ne mérite pas d’être là. » Elle a ajouté que la communauté continuait de prier pour lui et espérait son innocence. Les prêtres de l’éparchie chaldéenne de Saint-Pierre-Apôtre ont également publié un communiqué demandant aux fidèles de prier pour leur Église locale:
« Après avoir entendu toutes les critiques et les attaques contre notre éparchie et notre évêque, nous demandons au Seigneur de protéger notre éparchie et notre évêque », écrivent-ils. « Nous attendons la décision sur cette affaire. »
Monseigneur Emanuel Shaleta est actuellement détenu à la prison centrale de San Diego. Sa caution a été fixée à 125 000 dollars, mais la loi exige que l’origine des fonds utilisés pour la caution soit vérifiée par la justice.
Sa comparution devant la Cour supérieure de Californie est prévue ce samedi 9 mars, date à laquelle le procureur devrait présenter formellement l’acte d’accusation.
Rappelons que l’Église catholique chaldéenne fait partie des 23 Églises catholiques orientales en pleine communion avec l’Église catholique latine présidée par le pape Léon XIV. Monseigneur Emanuel Shaleta avait été nommé à la tête de l’éparchie de San Diego en 2017, après avoir exercé son ministère dans le diocèse chaldéen de Toronto. L’affaire suit désormais son cours devant la justice civile, tandis que les autorités ecclésiastiques poursuivent leur propre examen des faits.


