Depuis 2000 ans

Profanation à Zurich : l’Eucharistie livrée aux chiens

Depositphotos
Depositphotos
Des fidèles ont donné la communion à leurs chiens en pleine messe. Saisi de l’affaire, l’évêque de Coire, Joseph Bonnemain, a estimé qu’il n’y avait pas de sacrilège faute d’intention

Il y a des faits qui, à eux seuls, résument une époque. Celui survenu le 4 octobre 2025, fête de saint François d’Assise, en est un. Ce jour-là, dans une paroisse de Zurich, une célébration prévue pour la bénédiction des animaux, d’abord organisée en extérieur puis déplacée dans l’église en raison du mauvais temps, a été intégrée à la messe. Au moment de la communion, plusieurs fidèles ont assisté à une scène difficilement concevable : des personnes donnant l’hostie consacrée à leurs chiens.

L’affaire, signalée aux autorités diocésaines, a conduit à une enquête. Et le 17 avril 2026, le diocèse de Coire a rendu sa décision : pas d’excommunication. Selon l’évêque, Joseph Bonnemain, l’intention sacrilège n’a pas été établie. Une conclusion qui peut se comprendre sur le plan strictement juridique. Mais suffit-elle à répondre à la gravité du geste posé ? La question reste entière. Car enfin, depuis quand la nature d’un acte aussi grave dépend-elle uniquement de l’intention ? Donner l’Eucharistie à un animal n’est pas une simple maladresse. C’est le signe d’une perte de repères, d’une incompréhension profonde de ce que l’Église affirme célébrer.

Lire l’article

Ce qui s’est produit à Zurich n’est pas un événement isolé. Il s’inscrit dans un contexte où la liturgie tend à se transformer, à s’adapter, parfois jusqu’à perdre sa cohérence propre. Lorsque des initiatives, même bien intentionnées, s’intègrent sans discernement à la célébration eucharistique, le risque est réel de brouiller le sens même de ce qui est célébré. La suite est déjà annoncée : le 5 juin 2026, l’évêque doit rencontrer la paroisse concernée pour une catéchèse sur Desiderio desideravi, suivie d’une adoration eucharistique et d’une messe solennelle. Une initiative qui se veut pédagogique.

Monseigneur Joseph Bonnemain

Au cœur de cette affaire se trouve aussi une confusion plus profonde, d’ordre anthropologique et théologique. Dans la foi chrétienne, l’homme occupe une place unique dans la création : il est créé à l’image de Dieu, doté d’une âme spirituelle, capable de connaître et d’aimer librement son Créateur. L’animal, aussi digne de respect soit-il en tant que créature, ne possède pas cette âme spirituelle ni cette ouverture à la vie sacramentelle. L’Eucharistie est précisément destinée à nourrir la vie divine en l’homme, baptisé et appelé à la communion avec Dieu. Confondre ces ordres, c’est perdre de vue ce qui distingue fondamentalement la personne humaine dans la création. On ne peut qu’être attristé de voir que, dans une société qui aime légitimement les animaux, certains en viennent à brouiller au point les repères qu’ils en oublient la dignité propre de l’homme et le sens des réalités sacrées.

Mais une question demeure : peut-on réparer une perte du sens du sacré sans d’abord nommer clairement ce qui l’a atteint ? Car lorsque le sacré s’efface, ce n’est jamais brutal. C’est progressif, discret, presque imperceptible. Jusqu’au moment où l’impensable ne suscite plus qu’un simple débat. Et ce jour-là, ce n’est pas seulement un incident qui interroge. C’est toute une compréhension de la foi qui vacille.

Recevez chaque jour notre newsletter !