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Fonds du Vatican : la Suisse dénonce des interrogatoires refusés, une enquête entravée

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La décision rendue publique fin avril 2026 par la justice helvétique met en lumière les tensions persistantes entre exigences de coopération judiciaire et souveraineté du Saint-Siège, sur fond de soupçons durables autour de la gestion financière vaticane

L’affaire remonte à 2019, lorsque des soupçons apparaissent autour de la gestion de fonds importants confiés à la Secrétairerie d’État du Vatican, l’un des organes les plus influents du Saint-Siège. Plusieurs investissements, notamment dans l’immobilier et dans des véhicules financiers complexes comme le fonds Centurion, suscitent des interrogations sur leur pertinence et leur sécurité. Dans un contexte où le Pape François appelle à une plus grande rigueur dans l’usage des ressources de l’Église, ces révélations prennent une résonance particulière. Le 19 juin 2020, la Secrétairerie d’État dépose plainte contre son ancien conseiller financier, Enrico Crasso, accusé d’avoir mal géré certains investissements.

Tandis que le Vatican ouvre sa propre procédure judiciaire, la Suisse se saisit à son tour du dossier. La procureure Annina Scherrer est chargée d’examiner d’éventuelles infractions financières. Dans ce cadre, elle souhaite entendre plusieurs responsables du Vatican, parmi lesquels Alberto Perlasca et Edgar Peña Parra, figures clés de la chaîne de décision. Mais une difficulté majeure apparaît lorsque le Vatican refuse d’autoriser ces interrogatoires. Dans une note datée du 30 novembre 2023, la Secrétairerie d’État invoque le principe de souveraineté, rappelant qu’un État ne peut mener d’actes judiciaires sur le territoire d’un autre. Elle ouvre toutefois la possibilité d’une procédure écrite, suggérant que les questions soient transmises à ses autorités sans confrontation directe.

Pour la justice suisse, cette réponse soulève des réserves. La procureure considère que la situation crée un risque de conflit d’intérêts, le Vatican étant à la fois plaignant dans la procédure et détenteur du contrôle sur l’accès aux témoins.

Elle redoute que les personnes appelées à répondre puissent être informées en amont des questions ou des faits examinés, ce qui en altérerait la sincérité. Dans ces conditions, elle choisit de ne pas transmettre ses demandes, estimant que leur efficacité serait compromise.

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Quelques jours après cette prise de position, en décembre 2023, le tribunal du Vatican rend un jugement de première instance dans lequel Enrico Crasso est condamné pour certains faits, tout en étant acquitté pour d’autres, notamment ceux liés au fonds Centurion. Cette décision ne met toutefois pas un terme aux interrogations, tant les procédures apparaissent fragmentées et les responsabilités difficiles à établir. C’est la décision récente de la justice suisse, rendue publique fin avril 2026, qui ravive aujourd’hui l’attention. En classant l’affaire contre Crasso, faute de preuves suffisantes, les autorités helvétiques estiment que la Secrétairerie d’État doit être considérée comme un investisseur averti, pleinement conscient des choix opérés. Mais au-delà de cette conclusion, c’est le constat d’un manque de coopération du Vatican qui retient l’attention et relance le débat. Depuis l’origine, cette affaire a été présentée par le Pape François comme la révélation d’un dysfonctionnement interne. Les développements récents confirment que, malgré les efforts engagés pour réformer les pratiques financières du Saint-Siège, des zones d’ombre subsistent.

Dans un monde où la crédibilité des institutions repose aussi sur leur transparence, l’Église se trouve confrontée à une exigence accrue de clarté. L’affaire des fonds du Vatican, loin d’être close, rappelle combien la gestion des biens temporels engage non seulement des responsabilités juridiques, mais aussi une dimension morale qui touche au témoignage même de l’institution.

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