L’affaire dite de « l’immeuble de Londres » s’est imposée comme l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles du Vatican. Elle trouve son origine dans un investissement immobilier complexe réalisé par la Secrétairerie d’État dans un bien de luxe à Londres, devenu au fil des révélations le symbole de pertes financières importantes, de circuits opaques et de graves dysfonctionnements dans la gestion des fonds du Saint-Siège. Au moment des faits, le cardinal Giovanni Angelo Becciu occupait une fonction centrale au sein de la Curie romaine, en tant que substitut de la Secrétairerie d’État, un poste stratégique lui conférant un rôle clé dans l’administration des affaires générales. Face à lui, le Bureau du Promoteur de justice, équivalent du parquet dans le système judiciaire du Vatican, est chargé de l’enquête et de l’accusation. Le 17 mars 2026, la Cour d’appel du Vatican avait pourtant fixé une règle claire : l’intégralité des actes de la procédure d’instruction devait être communiquée à la défense, sans aucune possibilité de sélection. Une exigence fondamentale destinée à garantir le respect du contradictoire et l’égalité entre les parties.

Or, selon les avocats Fabio Viglione et Maria Concetta Marzo, cette obligation n’a pas été respectée. Dans leur communiqué, ils dénoncent « la détermination assumée par le Bureau du Promoteur de justice » qui « n’a pas respecté l’ordonnance de la Cour d’appel de l’État de la Cité du Vatican du 17 mars 2026 ». Ils rappellent que la Cour avait « spécifiquement imposé le dépôt intégral de tous les actes et documents de la procédure d’instruction, sans aucune possibilité de sélection ».
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Les conseils du cardinal insistent sur un principe essentiel : « rien ne peut être examiné par le juge qui n’ait été préalablement mis à la disposition des parties ». Pourtant, affirment-ils, le Promoteur de justice aurait maintenu « des omissions » et choisi de ne pas déposer certains actes, en invoquant « des appréciations de non-pertinence et d’irrélevance ». Dans leur argumentation, les avocats dénoncent non seulement un « dépôt incomplet », mais surtout une violation claire de l’ordonnance de la Cour d’appel. Selon eux, en opérant un tri dans les pièces transmises, l’accusation « ne peut décider unilatéralement quels actes la défense a le droit de connaître », ce qui constitue une atteinte directe au droit de la défense, à l’égalité des parties et au principe du contradictoire.
Ils vont plus loin en affirmant que « tout dépôt partiel trahit le sens de l’ordonnance » et « repropose le vice déjà censuré par la Cour », avec pour conséquence possible « la nullité de la citation à comparaître ».
Cette prise de position intervient dans un contexte où la justice vaticane est particulièrement scrutée. Engagée dans une évolution de ses pratiques, elle se trouve confrontée à l’exigence de concilier efficacité des poursuites et respect rigoureux des garanties procédurales. Dans cette affaire emblématique, l’argumentation développée par Me Viglione met en lumière un enjeu fondamental : celui de la crédibilité du procès lui-même. Car au-delà des faits reprochés, c’est la capacité de l’institution judiciaire à garantir un procès pleinement équitable qui est désormais en question.


