Le 17 mai 1925, dans la majesté de la basilique Saint-Pierre de Rome, l’Église catholique vivait un événement exceptionnel. Devant une foule immense venue du monde entier, le pape Pie XI élevait officiellement sur les autels une jeune carmélite française morte vingt-huit ans plus tôt dans le silence d’un cloître normand, Thérèse de Lisieux. La cérémonie impressionna profondément le monde catholique. Plus de 500 000 pèlerins avaient convergé vers Rome, même si seuls quelques dizaines de milliers purent pénétrer dans la basilique. La presse catholique internationale suivit l’événement avec passion, tandis que la radio, encore balbutiante, permit à une partie du monde chrétien d’entendre les échos de cette journée historique.
Rien pourtant, humainement, ne semblait destiner Thérèse Martin à un tel destin. Elle n’avait ni fondé d’ordre religieux, ni parcouru les terres de mission, ni prêché devant des foules, ni laissé de traité théologique comparable aux grandes figures mystiques de l’histoire chrétienne. Morte à vingt-quatre ans dans l’infirmerie du Carmel de Lisieux, elle avait vécu cachée, dans l’obéissance silencieuse et les tâches les plus modestes de la vie conventuelle. Et pourtant, quelques années après sa disparition, un véritable raz-de-marée spirituel allait emporter le monde catholique. Pie XI parlera lui-même d’un « ouragan de gloire ».

Pour comprendre la portée de cette canonisation, il faut revenir à l’enfance de celle qui naît le 2 janvier 1873 à Alençon dans une famille profondément chrétienne. Les Martin forment alors un foyer d’une rare intensité spirituelle. Louis Martin, horloger et homme de prière, et Zélie Martin, dentellière énergique et mystique du quotidien, transmettent à leurs enfants une foi simple mais radicalement vécue. Cette maison d’Alençon, puis celle des Les Buissonnets à Lisieux après la mort de Zélie en 1877, devient la première école spirituelle de Thérèse.La future sainte grandit dans un univers où le Ciel est une réalité familière. La famille Martin connaît les deuils, quatre enfants meurent en bas âge, mais ces drames sont vécus dans l’espérance chrétienne. La petite Thérèse, hypersensible, profondément affective, est marquée très tôt par la souffrance. La disparition de sa mère constitue une blessure fondatrice. Elle choisit alors sa sœur Pauline comme « Petite Mère », relation affective si forte que l’entrée de celle-ci au Carmel de Lisieux en 1882 provoque chez l’enfant un véritable effondrement psychologique.
L’année suivante survient l’un des épisodes les plus célèbres de sa jeunesse. Gravement malade, victime de crises nerveuses et d’hallucinations, Thérèse affirme voir la Vierge Marie lui sourire le 13 mai 1883. La guérison est immédiate. Cet événement, qu’elle appellera toute sa vie « le sourire de la Sainte Vierge », demeure au cœur de sa mémoire spirituelle.

Puis vient Noël 1886, date capitale dans sa biographie. Ce soir-là, à la suite d’une remarque banale de son père, Thérèse reçoit ce qu’elle décrira comme une grâce de conversion décisive. Elle écrit plus tard : « Jésus me revêtit de ses armes ». En quelques heures, l’adolescente fragile acquiert une force intérieure extraordinaire. Elle parlera désormais de « course de géant ».Cette transformation conduit rapidement à sa vocation religieuse. Dès quinze ans, elle veut entrer au Carmel. Son obstination impressionne tout son entourage. Après des refus et des hésitations ecclésiastiques liées à son jeune âge, elle ose même interpeller directement Léon XIII lors d’un pèlerinage à Rome en novembre 1887. Finalement autorisée à entrer au Carmel, elle franchit la clôture le 9 avril 1888.Le Carmel de Lisieux qu’elle découvre est pauvre, austère, glacial l’hiver, marqué par une discipline exigeante. Thérèse y trouve pourtant le lieu où s’accomplit sa vocation. Elle y exerce des tâches humbles, sacristine, lingère, aide au noviciat, tout en approfondissant sa vie intérieure. Peu à peu naît ce qu’elle appellera sa « petite voie », une spiritualité fondée sur la confiance absolue en Dieu, l’abandon, l’humilité et la sanctification des plus petites actions quotidiennes.
Cette intuition spirituelle atteindra son expression la plus lumineuse dans ses manuscrits autobiographiques. À la demande de sa sœur Pauline, devenue prieure sous le nom de Mère Agnès de Jésus, Thérèse commence en 1895 à rédiger ses souvenirs d’enfance. Ces textes formeront plus tard Histoire d’une âme, ouvrage appelé à devenir l’un des livres spirituels les plus lus au monde.
Mais l’œuvre de Thérèse ne se limite pas à cette autobiographie. Sa correspondance, ses poésies, ses prières, ses récréations pieuses, ses billets spirituels et même ses travaux artistiques révèlent une personnalité d’une richesse étonnante. Sa relation avec ses deux « frères spirituels », l’abbé Maurice Bellière et le père Adolphe Roulland, témoigne de son immense désir missionnaire. Cloîtrée dans son Carmel, elle rêve pourtant d’annoncer l’Évangile jusqu’aux extrémités du monde. Elle envisage même un départ pour le Carmel de Saïgon avant que la maladie ne l’en empêche. Car dès le printemps 1896, la tuberculose commence son œuvre destructrice. Dans la nuit du Jeudi saint, le 2 avril, Thérèse crache du sang pour la première fois. La maladie progresse rapidement. Mais l’épreuve physique n’est rien à côté de la nuit spirituelle qu’elle traverse simultanément. Elle confie être plongée dans des ténèbres si profondes que la pensée du Ciel devient pour elle un sujet de combat. « Il me semble qu’après cette vie mortelle il n’y a plus rien », écrit-elle dans l’une des pages les plus bouleversantes de ses manuscrits.

Et pourtant, au cœur de cette obscurité, Thérèse continue d’aimer. Elle poursuit son travail à la sacristie, monte les étages glacés du monastère malgré ses souffrances respiratoires, soigne avec patience la difficile sœur Marie de Saint-Joseph, compose des poèmes pour les fêtes du Carmel et accompagne spirituellement ses frères missionnaires. En octobre 1896, durant la retraite communautaire prêchée par le père Godefroid Madelaine, elle confie ses tentations contre la foi. Le religieux lui conseille de porter le Credo sur son cœur. Thérèse va plus loin : elle l’écrit avec son propre sang.Cette dernière année révèle une figure infiniment plus forte et plus combattante que l’image parfois édulcorée d’une « petite sainte aux roses ». À la fin de 1896, elle relit même son combat intérieur à la lumière de Jeanne d’Arc, qu’elle admire profondément. Dans une prière célèbre, elle écrit : « Mon glaive n’est autre que l’Amour ».
Le 30 septembre 1897, Thérèse meurt à vingt-quatre ans après une longue agonie. Ses dernières paroles deviennent immédiatement célèbres : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie ».

Commence alors un phénomène religieux sans précédent. Peu après sa mort, ses manuscrits sont publiés grâce au travail des carmélites de Lisieux et des religieux de l’abbaye de Mondaye. Dès 1898, Histoire d’une âme connaît un succès fulgurant. Les premières éditions s’épuisent rapidement. Des milliers de lecteurs découvrent cette spiritualité simple, radicale et profondément évangélique.Très vite, des témoignages de guérisons et de conversions affluent à Lisieux. Des soldats de la Première Guerre mondiale emportent ses images dans les tranchées. Des missionnaires diffusent son nom sur tous les continents. Son visage, notamment grâce aux photographies conservées par sa sœur Céline Martin, devient familier dans les foyers catholiques du monde entier.

Mais cette ascension fulgurante suscite aussi des résistances. Le procès de canonisation, ouvert officiellement en 1910, devient l’un des plus observés du siècle. Rome veut comprendre si elle se trouve devant une véritable sainteté ou devant un phénomène de mode religieuse. Le principal adversaire du dossier est alors Monseigneur Alexandre Verde, Promoteur de la Foi, celui qu’on surnomme encore « l’avocat du diable ». Ses critiques sont sévères. Il reproche au Carmel une diffusion massive et trop rapide des écrits et des images de Thérèse, soupçonne une influence excessive de la famille Martin dans le procès et estime que sans son autobiographie, personne n’aurait sans doute reconnu en elle une héroïne des vertus chrétiennes.
Au fond, Rome se trouve confrontée à une question théologique majeure : peut-on reconnaître comme héroïque une sainteté entièrement vécue dans l’ordinaire, l’effacement et les petites choses ? Jusqu’alors, les canonisations concernaient surtout des fondateurs, des martyrs, des missionnaires ou des mystiques extraordinaires. Thérèse, elle, n’avait rien accompli de spectaculaire. Sa grandeur résidait précisément dans l’invisible.Malgré les objections, le dossier progresse rapidement. En 1907, Thomas-Paul-Henri Lemonnier autorise déjà une prière pour demander sa canonisation. En 1910 s’ouvre le procès des écrits. Entre août 1910 et août 1911, quarante-huit témoins sont interrogés lors de quatre-vingt-treize sessions. Le procès de non-culte examine ensuite l’ampleur de la dévotion populaire née autour de la carmélite.À Rome, la procédure avance à une vitesse exceptionnelle. En 1914, Pie X signe l’introduction officielle de la Cause.
Malgré la Première Guerre mondiale, le procès apostolique se poursuit. Les miracles attribués à Thérèse sont étudiés par des médecins et théologiens avec une extrême rigueur. Les guérisons de sœur Louise Saint-Germain et de l’abbé Charles Anne ouvrent la voie à la béatification.Le 29 avril 1923, Pie XI proclame Thérèse bienheureuse à Saint-Pierre de Rome. Le pape nourrit pour elle une admiration particulière. Il l’appelle déjà « l’étoile de son pontificat ». Deux ans plus tard, après la reconnaissance de deux nouveaux miracles, ceux de sœur Gabrielle Trimusi et de Maria Pellemans, la canonisation est fixée au 17 mai 1925.

La cérémonie romaine prend alors des dimensions considérables. Vingt-trois cardinaux, deux cent cinquante évêques et des dizaines de milliers de fidèles entourent Pie XI dans la basilique Saint-Pierre. La bulle de canonisation, Vehementer exultamus hodie, proclame officiellement que Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face appartient désormais au catalogue des saints de l’Église universelle.
Dans son homélie, Pie XI insiste sur l’actualité de son message pour un monde blessé par la guerre, le matérialisme et les angoisses modernes. La petite voie de confiance et d’amour lui apparaît comme une réponse providentielle aux drames spirituels du XXe siècle.Les honneurs continueront après 1925. En 1927, Thérèse devient patronne universelle des missions aux côtés de François Xavier, paradoxe saisissant pour une religieuse cloîtrée qui ne quitta jamais son Carmel. En 1944, elle est proclamée patronne secondaire de la France. Enfin, le 19 octobre 1997, Jean-Paul II la déclare Docteur de l’Église, reconnaissant officiellement la profondeur doctrinale de sa spiritualité et sa « science de l’amour divin ».

Plus d’un siècle après sa canonisation, Thérèse demeure l’une des figures chrétiennes les plus universelles. Ses reliques parcourent toujours le monde, ses écrits sont traduits dans des dizaines de langues, et sa spiritualité continue de toucher croyants, prêtres, religieux, familles et même non-croyants.Le 17 mai 1925, l’Église ne canonisait pas seulement une jeune carmélite française. Elle reconnaissait qu’au cœur d’un monde moderne fasciné par la puissance, la réussite et le spectaculaire, la véritable grandeur chrétienne pouvait encore se cacher dans une vie pauvre, fragile, offerte et silencieuse. Derrière le sourire de la « petite Thérèse » se révélait alors une immense combattante de la foi, une âme crucifiée par l’amour, appelée à devenir l’une des plus grandes lumières spirituelles des temps modernes.
Texte intégral de la Bulle de canonisation
( traduis de l’original en Latin)
« VEHEMENTER EXSULTAMUS »
17 mai 1925
PIE EVÊQUE
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU
Pour perpétuelle mémoireC’est avec les sentiments d’une joie véhémente et de la plus vive allégresse qu’en ce jour, et au cours de cette année de miséricorde, Nous, qui avons mis au nombre des Vierges Bienheureuses la jeune Thérèse de l’Enfant-Jésus, Moniale de l’Ordre des Carmélites Déchaussées, et l’avons proposée aux Fils très aimés de l’Eglise, comme un très aimable modèle, Nous célébrons, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des Saints Apôtres Pierre et Paul et de Notre propre autorité, sa solennelle Canonisation.
Cette Vierge véritablement sage et prudente parcourut la voie du Seigneur dans la simplicité et l’ingénuité de son âme, et, consommée en peu de temps, a fourni une longue carrière. Encore dans la fleur de sa jeunesse, elle s’envola au Ciel, appelée à recevoir la couronne que l’Epoux céleste lui avait préparée pour l’éternité. Connue de peu de personnes pendant sa vie, aussitôt après sa mort précieuse, elle étonna l’Univers chrétien du bruit de sa renommée et des miracles innombrables obtenus de Dieu par son intercession. Comme elle l’avait prédit avant sa mort, elle semblait répandre sur la terre une pluie de rosés. C’est à cause de ces merveilles que l’Eglise décida de lui accorder les honneurs réservés aux Saints, sans attendre les délais ordinaires et fixés.
Elle naquit à Alençon, ville du diocèse de Séez, le deux janvier mil huit cent soixante-treize, de parents honorables : Louis-Stanislas Martin, et Marie-Zélie Guérin, remarquables par leur singulière et fervente piété. Le quatre du même mois, elle reçut le Baptême avec les noms de Marie-Françoise-Thérèse.
Agée de quatre ans et sept mois, à sa douleur immense, sa mère lui fut ravie et la joie s’éteignit dans son coeur. Son éducation fut alors confiée à ses deux soeurs aînées Marie et Pauline, auxquelles elle s’efforça d’être parfaitement soumise, et elle vécut sous la garde assidue et vigilante de son père très aimé. A leur école, Thérèse s’élança comme un géant dans la voie de la perfection. Dès ses plus jeunes années, elle faisait ses délices de parler souvent de Dieu, et vivait dans la pensée constante de n’attrister l’Enfant Jésus en quoi que ce soit.
Ayant conçu, par une prévenance du divin Esprit, le désir de mener une vie toute sainte, elle prit la ferme résolution de ne jamais refuser à Dieu rien de ce qu’il paraîtrait lui demander, et y demeura fidèle jusqu’à la mort.
Quand elle eut atteint sa neuvième année, on la confia pour son instruction aux Religieuses du Monastère de l’Ordre de Saint-Benoît, à Lisieux. Elle y passait la journée entière pour assister aux leçons, et le soir revenait à la maison. Si elle cédait en âge à ses compagnes du pensionnat, elle les dépassait toutes en progrès et en piété. Elle apprenait les Mystères de la Religion avec tant de zèle et de pénétration, que l’aumônier de la Communauté l’appelait « la théologienne » ou le « petit Docteur ». Dès ce temps-là, elle apprit de mémoire et en entier le livre de l’Imitation de Jésus-Christ, et l’Ecriture sainte lui devint si familière que, dans ses écrits, elle la cite souvent avec autorité.
Une mystérieuse et grave maladie la fit beaucoup souffrir. Elle en fut miraculeusement délivrée, ainsi qu’elle-même l’a raconté, par le secours de la Bienheureuse Vierge Marie qui lui apparut souriante, au cours d’une neuvaine où elle était invoquée sous son titre de Notre-Dame des Victoires. Alors, pleine d’une angélique ferveur, elle mit tous ses soins à se préparer au banquet sacré où le Christ se donne en nourriture.
Dès qu’elle eut goûté au Pain Eucharistique, elle éprouva une faim insatiable de cet aliment céleste. Aussi, comme inspirée, elle priait Jésus, en qui elle trouvait ses délices, de « changer pour elle en amertume toutes les consolations humaines ». Dès lors, toute brûlante d’amour pour le Christ et pour l’Eglise Catholique, elle n’eut bientôt de plus grand désir que d’entrer dans l’Ordre des Carmélites Déchaussées, afin, par son immolation et ses continuels sacrifices, « d’aider les prêtres, les missionnaires, toute l’Eglise », et de gagner à Jésus-Christ des âmes sans nombre, comme, près de mourir, elle promit de continuer à le faire auprès de Dieu.
Au cours de sa quinzième année, elle éprouva de grandes difficultés, de la part de l’autorité ecclésiastique, pour embrasser la vie religieuse, à cause de sa grande jeunesse. Elle les surmonta cependant avec une force d’âme incroyable, et, malgré sa timidité naturelle, elle exposa son désir à Notre Prédécesseur Léon XIII, d’heureuse mémoire, lequel, cependant, remit la chose à la décision des Supérieurs. Frustrée dans son espoir, Thérèse en conçut une grande douleur, mais elle acquiesça pleinement à la volonté divine.
Après cette dure épreuve de sa patience et de sa vocation, le neuf avril de l’année mil huit cent quatre-vingt-huit, elle entra enfin, avec l’approbation de son Evêque et dans toute la joie de son âme, au Monastère du Carmel de Lisieux.
Là, Dieu opéra d’admirables ascensions dans le coeur de Thérèse, qui, imitant la vie cachée de la Vierge Marie à Nazareth, produisit, comme un jardin fertile, les fleurs de toutes les vertus, surtout d’un amour brûlant pour Dieu, et d’une éminente charité pour le prochain, car elle avait parfaitement compris ce précepte du Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Dans son désir de plaire le plus possible à Jésus-Christ, et ayant lu et médité cette invitation de la Sainte Ecriture : « Si quelqu’un est tout petit qu’il vienne à moi », elle résolut de devenir petite selon l’esprit, et, en conséquence, avec la plus filiale et la plus entière confiance, elle se livra pour toujours à Dieu comme au Père le plus aimé. Cette voie de l’enfance spirituelle, selon la doctrine de l’Evangile, elle l’enseigna aux autres, spécialement aux novices, dont ses Supérieures lui avaient confié la formation aux vertus religieuses ; et ensuite, par ses écrits pleins de zèle apostolique, elle enseigna, avec un saint enthousiasme, à un monde enflé d’orgueil, n’aimant que la vanité et recherchant le mensonge, la voie de la simplicité évangélique.
Son divin Epoux Jésus l’enflamma encore du désir de la souffrance du corps et de l’âme. Considérant, de plus, avec une profonde douleur, combien l’amour de Dieu est méconnu et rejeté, — deux ans avant sa précieuse mort, — elle s’offrit spontanément en victime à son « Amour miséricordieux ». Elle fut alors, selon qu’il est rapporté, blessée d’un trait de feu céleste. Enfin, consumée d’amour, ravie en extase, et répétant avec une ferveur extrême : « MON DIEU, JE VOUS AIME », elle s’envola joyeuse vers son Epoux, le trente septembre de l’an mil huit cent quatre-vingt-dix-sept, à l’âge de vingt-quatre ans, méritant ainsi l’éloge si connu , déjà précité, du Livre de la Sagesse « consommée en peu de temps, elle a fourni une longue carrière ».
Inhumée au cimetière de Lisieux, avec les honneurs convenables, elle commença aussitôt à être célèbre dans l’univers entier et son sépulcre devint glorieux.
La promesse qu’elle avait formulée avant de mourir de « faire tomber sur la terre une pluie de roses » — c’est-à-dire de grâces, — à peine montée au Ciel, elle la réalisa à la lettre par d’innombrables miracles, et elle la réalise encore de nos jours. Cette insigne Servante de Dieu qui, durant sa vie, s’était acquis la sympathie de tous ceux qui l’approchaient, a vu, depuis sa mort, ce sentiment prendre une force et une extension prodigieuses.
Emus d’un tel renom de sainteté, un grand nombre de Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, des Patriarches, Archevêques et Evêques, de France en particulier, beaucoup aussi de Vicaires Apostoliques, de Supérieurs de Congrégations, d’Abbés de Monastères et de Supérieures de Religieuses, adressèrent à Notre Prédécesseur, Pie X, de sainte mémoire, des Lettres postulatoires pour obtenir l’Introduction de la Cause de la Soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus, les accompagnant de beaucoup d’instances et de témoignages.
Ce Pontife les accueillit très favorablement, et, le neuf juin de l’an mil neuf cent quatorze, il signa, de sa propre main, la Commission de l’Introduction de la Cause, confiée au très diligent Postulateur général de l’Ordre des Carmes Déchaussés, le R.P. Rodrigue de Saint-François de Paule.
Toutes les phases du Procès ayant été parcourues selon les règles, et la question de l’Héroïcité des Vertus examinée, la Congrégation Générale se tint, le deux août mil neuf cent vingt et un, en présence du Pape Benoît XV, Notre Prédécesseur, d’heureuse mémoire. Le très Eminent et très Révérend Cardinal Antoine Vico, Ponent de la Cause, y proposa à la discussion le Doute suivant : « Est-il certain que les Vertus théologales de Foi, d’Espérance et de Charité envers Dieu et le prochain, ainsi que les Vertus cardinales de Prudence, de Justice, de Force et de Tempérance, et les Vertus annexes, ont été pratiquées à un degré héroïque par la Servante de Dieu THERESE DE L’ENFANT-JESUS, dans le cas et pour l’effet dont il s’agit ? » Tous les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine présents et les Pères Consulteurs, donnèrent chacun leur sentiment. Le même Pontife, les ayant écoutés avec bienveillance, réserva cependant son suprême jugement, voulant d’abord implorer de Dieu une plus grande lumière dans une chose de tant d’importance.
La veille de la Fête de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, Notre Prédécesseur manifesta enfin sa décision et prononça solennellement :
«Il est certain que les Vertus théologales de Foi, d’Espérance et de Charité, envers Dieu et le prochain, ainsi que les Vertus cardinales de Prudence, de Justice, de Force et de Tempérance et les Vertus annexes, ont été pratiquées par la Vénérable Servante de Dieu, THERESE DE L’ENFANT-JESUS et A UN DEGRE HEROÏQUE. »
II ordonna d’en publier le Décret, de l’insérer parmi les Actes de la Sacrée Congrégation des Rites sous la date du quatorze août mil neuf cent vingt et un.
Cette Cause avait une marche si rapide et si heureuse, accompagnée de tant d’allégresse, que deux miracles furent aussitôt proposés à l’examen, choisis entre une multitude de divers prodiges que l’on disait avoir été obtenus dans tout l’Univers chrétien, par l’intercession puissante de la Vénérable Thérèse. Le premier concerne la Soeur Louise de Saint-Germain, de la Congrégation des Filles de la Croix, souffrant d’une maladie organique, à savoir : d’une lésion anatomique et pathologique, c’est-à-dire d’un ulcère très grave de l’estomac, de forme hémorragique. Après avoir imploré l’intercession auprès de Dieu de la Vénérable Thérèse de l’Enfant-Jésus, la malade recouvra une parfaite santé, comme trois éminents médecins le reconnurent unanimement, ayant chacun donné son sentiment, par écrit, à la demande de la Sacrée Congrégation des Rites. Le second miracle, assez semblable au premier, est la guérison du jeune séminariste, Charles Anne, malade de tuberculose pulmonaire hémoptysique en période cavitaire. Il invoqua avec confiance l’aide de la Servante de Dieu et guérit parfaitement, comme cela résulte avec évidence des conclusions de trois médecins et de la série d’arguments sur lesquels se basait leur décision.
Aussi tous ceux qui étaient appelés à donner leur sentiment furent en mesure, après avoir mûrement pesé toutes choses, de formuler un jugement certain et indubitable sur la question soumise à l’examen. Après donc les deux Congrégations Anté-préparatoire et Préparatoire, vint la Congrégation Générale, le trente janvier mil neuf cent vingt-trois, dans laquelle fut discuté, en Notre présence, le Doute suivant : « Y a-t-il certitude de miracles, et de quels miracles, dans le cas et pour l’effet dont il s’agit ? » Les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine présents, et les Pères Consulteurs exposèrent, chacun à leur tour, leur manière de voir. Après les avoir écoutés avec attention, Nous avons cru pouvoir suspendre Notre décision, suivant l’usage, pour obtenir, en une chose si grave, un secours plus abondant du Père des Lumières.
Enfin, le dimanche de la Quinquagésime, fête de l’Apparition de l’Immaculée Vierge Marie, à Lourdes, et veille du premier anniversaire de Notre couronnement, Nous avons voulu, en ce jour doublement heureux, manifester Notre décision ; et, en présence de l’Eminentissime Cardinal Antoine Vico, Evêque de Porto et de Sainte-Rufine, Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites et Ponent de la Cause, ainsi que des autres dignitaires de cette Congrégation, Nous avons déclaré solennellement : « II y a certitude de miracle dans les deux cas proposés, à savoir : la guérison instantanée et parfaite de la Soeur Louise de Saint-Germain, de la Congrégation des Filles de la Croix, d’un très grave ulcère de l’estomac, de forme hémorragique, et la guérison instantanée et parfaite du séminariste Charles Anne, d’une tuberculose pulmonaire hémoptysique en période cavitaire. » Et Nous avons donné ordre d’en publier le Décret et de l’insérer dans les Actes de la Sacrée Congrégation, le onze février de l’an mil neuf cent vingt-trois.
Peu de temps après, c’est-à-dire le six mars de la même année, dans une réunion générale de la même Congrégation, le même Cardinal-Ponent de la Cause proposa, en Notre présence, la question suivante : « Etant donné la reconnaissance des Vertus et des deux miracles, peut-on, en toute sûreté, procéder à la solennelle Béatification de la Vénérable Servante de Dieu, Soeur THERESE DE L’ENFANT-JESUS ? » Tous les assistants répondirent d’une même voix : « ON LE PEUT EN TOUTE SÛRETÉ. »
Pour prononcer cependant Notre jugement définitif, Nous avons choisi le jour heureux de la Fête du Saint Patriarche Joseph, illustre Epoux de la Bienheureuse Vierge Marie et Patron de l’Eglise universelle, et Nous avons solennellement déclaré :
« On peut, en toute sûreté, procéder à la Béatification de la Vénérable Servante de Dieu, Soeur THERESE DE L’ENFANT-JESUS. »
Et Nous avons ordonné d’en publier le Décret et de l’insérer dans les Actes de la Sacrée Congrégation des Rites, à la date du dix-neuf mars mil neuf cent vingt-trois, et d’expédier des Lettres apostoliques, en forme de Bref, pour la célébration des cérémonies de la Béatification dans la Basilique Vaticane.
Ces Solennités de la Béatification furent célébrées dans la Basilique Patriarcale de Saint-Pierre, Prince des Apôtres, le vingt-neuf avril suivant, avec un grand concours de clergé et de peuple et dans l’effusion de la joie universelle.
Sur le récit de nouveaux prodiges de la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus, Nous avons ordonné à Sa Sacrée Congrégation des Rites, le vingt-cinq juillet de l’an mil neuf cent vingt-trois, de reprendre la Cause de cette même Bienheureuse. Deux miracles ayant été proposés à son examen, les Procès instruits et les témoins entendus, la Sacrée Congrégation rendit ce Décret : « On est assuré de la validité des procès accomplis, par l’autorité apostolique, dans les diocèses de Parme et de Malines, au sujet de miracles attribués à F intercession de la BIENHEUREUSE THERESE qui avait été sollicitée, dans le cas et pour l’effet dont il s’agit. » Ce Décret a été ratifié et confirmé par Nous, le onze juin de l’an mil neuf cent vingt-quatre.
Les deux miracles proposés à la discussion étaient les suivants : Le premier est la guérison de Gabrielle Trimusi, le deuxième, la guérison de Maria Pellemans.
Gabrielle, entrée à vingt-trois ans dans la Congrégation des « Pauvres Filles des Sacrés-Coeurs », dont la Maison-Mère est dans la ville de Parme, commença à souffrir du genou gauche en mil neuf cent treize. Employée aux travaux domestiques, elle avait coutume do briser sur son genou, à la force de son bras, le bois à brûler. La répétition de cet acte finit par produire, sans qu’elle s’en aperçût, une lésion à la jointure, qui dégénéra en affection tuberculeuse. Elle n’éprouva d’abord qu’une sensation de douleur sourde, puis vinrent un tremblement du genou, la perte de l’appétit et l’amaigrissement de la malade.
Deux médecins appelés visitèrent la Soeur et ordonnèrent des remèdes, mais sans aucun succès, si bien qu’au bout de trois ans, elle fut envoyée à Milan où l’on employa l’héliothérapie, les bains, les
vésicatoires, les injections et autres choses semblables, sans aucun résultat; au contraire, au bout de quatre ans, l’épine dorsale était atteinte à son tour. La Soeur Gabrielle revint à Parme où plusieurs médecins qui la visitèrent reconnurent une lésion de nature tuberculeuse, et ordonnèrent des remèdes généraux. Le médecin ordinaire de la Communauté, constatant que l’état de l’épine dorsale allait aussi en empirant, conseilla de conduire la malade à l’hôpital. En attendant, il effectua l’examen radioscopique du genou malade et constata une périostite du sommet du tibia. Reçue à l’hôpital, elle fut de nouveau soumise à l’application des rayons X. Pendant ce séjour à l’hôpital de Milan, atteinte de la grippe, dite espagnole, elle éprouva dans la partie dorsale de la colonne vertébrale de nouvelles douleurs qui allèrent toujours en augmentant.
Comme tous les remèdes restaient inutiles, un ecclésiastique qui la visitait conseilla, le treize juin mil neuf cent vingt-trois, de faire une neuvaine en l’honneur de la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus, devant une petite image où était aussi imprimée une prière à la Bienheureuse.
La malade s’y unit, plus préoccupée de la santé des autres soeurs que de la sienne propre. Comme le dernier jour de cette neuvaine coïncidait avec la clôture d’un Triduum solennel, célébré en l’honneur de la Bienheureuse dans l’Eglise des Carmes, toute proche du Couvent, quelques-unes des Soeurs, et la malade elle-même, demandèrent la permission d’y aller. Au retour, après avoir parcouru cette courte distance d’un pas lent et très douloureux, la Soeur Trimusi entra dans la Chapelle de la Communauté où les autres soeurs étaient réunies, comme de coutume. La Supérieure exhorta la malade à prier avec confiance, et lui enjoignit de regagner sa place. Chose merveilleuse ! l’infirme, inconsciemment, se mit à genoux sans ressentir aucune douleur et, sans plus de difficulté que s’il avait été parfaitement sain, resta ainsi, reposant sur son genou malade, et ne s’apercevant pas de cette merveille, parce que son attention était absorbée par les douleurs dorsales qui, à ce moment, la tourmentaient plus cruellement. Elle alla au réfectoire avec les Soeurs. Le repas fini, elle monte l’escalier avec lenteur, entre dans la première chambre qu’elle rencontre, enlève son appareil et crie à haute voix : « Je suis guérie ! Je suis guérie ! »
Aussitôt, elle reprit les emplois et les travaux de sa condition et les exercices de la vie religieuse, sans aucune souffrance, ni fatigue, rendant grâce à Dieu du miracle opéré par l’intercession de la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus.
Les médecins, désignés par la Sacrée Congrégation, discutèrent longuement cette guérison, et statuèrent que la lésion du genou était une arthrosynovite chronique, et celle de l’épine dorsale, une spondylite également chronique. Ces deux lésions organiques, rebelles à tous les remèdes, ont cédé à la Toute-Puissance de Dieu, et Soeur Gabrielle a recouvré par miracle la santé, et y a persévéré.
L’histoire du second miracle, telle que l’a racontée Maria Pellemans qui en fut favorisée, est plus courte. Au mois d’octobre mil neuf cent neuf, elle était malade d’une tuberculose pulmonaire bien constatée ; puis se déclarèrent une entérite et une gastrite, également de nature tuberculeuse. Elle reçut les soins des médecins, d’abord chez elle, puis dans un sanatorium appelé « La Hulpe ». Revenue à sa maison, elle entreprit, au mois d’août mil neuf cent vingt, un pèlerinage au sanctuaire de Lourdes, dans l’espoir d’obtenir sa guérison, mais ce fut sans succès. Au mois de mars mil neuf cent vingt-trois, elle se joignit à un groupe de pèlerins qui visitaient le Carmel de Lisieux, et, sur le tombeau de la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus, ayant invoqué avec confiance son intercession, elle recouvra aussitôt une parfaite santé.
Trois médecins, convoqués d’office par la Sacrée Congrégation des Rites pour donner leur avis sur ces deux miracles, exprimèrent tous, et par écrit, une réponse favorable.
Dans ces guérisons, la vérité du miracle apparut hors de doute, elle brilla même avec une splendeur inaccoutumée, à cause des particularités dont ces prodiges étaient entourés. C’est pourquoi ceux qui ont été appelés à donner leur suffrage ont pu le faire, en s’appuyant sur l’autorité qui résulte de l’accord unanime des hommes de l’art ; dans la Congrégation Générale, tenue, en Notre présence, le dix-sept mars de l’année courante, et au cours de laquelle Notre cher Fils Antoine Vico, Cardinal de la Sainte Eglise Romaine, Ponent de la Cause, proposa le Doute suivant : « Y a-t-il certitude de miracle, et de quels miracles, dans le cas et pour l’effet dont il s’agit ? » Les Révérendissimes Pères Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, les Prélats et les Pères Consulteurs exprimèrent leur avis, chacun à son tour. Après les avoir entendus, dans la joie de Notre âme, Nous avons cependant sursis à faire connaître Notre pensée, voulant implorer encore, par d’instantes prières, pour une décision si importante, un secours plus puissant et plus efficace du Père des Lumières.
Peu après, cependant, Nous avons choisi et fixé le dix-neuvième jour de mars, auquel l’Eglise se réjouit en la Fête du saint Patriarche Joseph, Epoux de la Bienheureuse Vierge Marie et Patron de l’Eglise universelle, et, en présence du Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites et des principaux dignitaires, Nous avons prononcé solennellement : « Il y a certitude de miracle dans les deux cas proposés. »
Puis, le vingt-neuvième jour du même mois, après avoir recueilli les suffrages unanimes des Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine et des Pères Consulteurs, Nous avons solennellement déclaré : « ON PEUT EN TOUTE SÛRETÉ PROCÉDER A LA CANONISATION SOLENNELLE DE
LA BIENHEUREUSE THERESE DE L’ENFANT-JESUS, Vierge, Moniale Professe de l’Ordre des Carmélites Déchaussées, du Monastère de Lisieux. »
Après tous ces préliminaires et ces Décrets, afin d’observer jusqu’au bout toutes les sages prescriptions de Nos Prédécesseurs en vue de la célébration et de l’éclat d’une si auguste Cérémonie, Nous avons d’abord convoqué Nos chers Fils, les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, à un Consistoire secret, le trente du mois de mars, pour leur demander leur avis. Dans ce Consistoire, Notre Vénérable Frère Antoine Vico, Cardinal de la Sainte Eglise Romaine, Evêque de Porto et de Sainte-Rufine, et Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, Nous exposa éloquemment, à Nous, et aux Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, la vie et les miracles de la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus et des autres nouveaux Saints, et demanda avec beaucoup d’ardeur qu’elle fût élevée aux suprêmes honneurs. Ce discours achevé, Nous avons recueilli les suffrages des Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine sur celte question : « Faut-il en venir à la Canonisation solennelle de cette Bienheureuse ? » et chacun des Cardinaux exprima son avis.
Puis, le second jour d’avril, Nous avons tenu un Consistoire public dans lequel, après avoir entendu avec plaisir un très savant discours sur la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus, de Notre cher Fils Jean Guasco, avocat de Notre Cour Consistoriale, tous les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, d’une voix unanime, Nous ont exhorté à la décision suprême de cette Cause.
Nous avons pris soin encore d’expédier des Lettres de la Sacrée Congrégation Consistoriale aux Vénérables Evêques, non seulement aux plus voisins, mais même aux plus éloignés, pour les aviser de cette solennité, afin, que, s’il leur était possible, ils vinssent près de Nous, pour Nous donner aussi leur sentiment. Il en vint de divers pays, et ils assistèrent, le vingt-deux du mois d’avril, à un Consistoire semi-public, en Notre présence, après avoir pris connaissance de la Cause, par un Résumé, qui fut* remis à chacun, tant de la vie, des vertus et des miracles de la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus, que de tous les Actes faits en Notre présence et dans la Sacrée Congrégation des Rites. Et, non seulement Nos chers Fils, les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, mais aussi Nos Vénérables Frères les Patriarches, Archevêques et Evêques, d’un accord unanime, Nous ont pressé de célébrer cette Canonisation. De tous ces suffrages, Nos chers Fils, les Protonotaires apostoliques, ont dressé les Actes pour être conservés dans les Archives de la Sacrée Congrégation des Rites.
Nous avons donc décidé de célébrer la solennité de cette Canonisation en ce jour, dix-septième du mois de mai, en la Basilique Vaticane, et, en attendant, Nous avons vivement exhorté les Fidèles du Christ à redoubler de ferventes prières, spécialement dans les églises où le Très Saint Sacrement est exposé à l’adoration ; afin qu’eux-mêmes goûtent plus abondamment les fruits d’une si grande solennité, et que le Saint-Esprit daigne Nous assister plus efficacement dans un si grave exercice de Notre charge.
En ce jour donc, si heureux et si désiré, les Ordres du Clergé Séculier et Régulier, les Prélats et les Dignitaires de la Curie Romaine et tout ce que Rome compte de Cardinaux, Patriarches, Archevêques, Evêques et Abbés, se rassemblèrent dans la Basilique Vaticane magnifiquement ornée. En leur présence, Nous fîmes Nous-même Notre entrée.
Alors Notre Vénérable Frère Antoine Vico, Cardinal de la Sainte Eglise Romaine, Evêque de Porto et de Sainte-Rufine, Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites et préposé à la poursuite de cette Cause de Canonisation, après un discours de Notre cher Fils Virgile Jacoucci, Avocat de Notre Cour Consistoriale, Nous présenta les voeux et les prières de l’Episcopat et de tout l’Ordre des Carmes
Déchaussés, pour que Nous mettions au nombre des Saints la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus que Nous avons déjà déclarée Patronne des Missions et des Noviciats de l’Ordre du Carmel.
Le même Cardinal et le même Avocat renouvelèrent une seconde et une troisième fois leur demande avec une plus grande et suprême instance. Nous, alors, ayant imploré avec ferveur la lumière céleste, « pour l’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour l’accroissement et la gloire de la Foi Catholique, par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, les Saints Apôtres Pierre et Paul et la Nôtre, après mûre délibération et du suffrage de Nos Vénérables Frères les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, ainsi que les Patriarches, Archevêques et Evêques, Nous avons déclaré que ladite BIENHEUREUSE THERESE DE L’ENFANT-JESUS, Moniale Professe de l’Ordre des Carmélites Déchaussées, est SAINTE et doit être inscrite au Catalogue des Saints. »
Nous avons ordonné que Sa mémoire de cette Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus soit célébrée chaque année, le trois octobre, et notée au Martyrologe Romain.
Enfin, Nous avons rendu au Dieu très Bon et très Grand de ferventes actions de grâces pour un si grand bienfait, et Nous avons célébré solennellement le Saint Sacrifice, et accordé très affectueusement une Indulgence plénière à tous les assistants : et, pour perpétuelle mémoire, Nous avons ordonné de rédiger et publier les présentes Lettres qui seront signées de Notre main et des Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine.
Fidèles du Christ, l’Eglise vous présente aujourd’hui un nouveau et admirable Modèle de Vertus que tous vous devez contempler sans cesse. Car le caractère propre de la sainteté à laquelle Dieu appela Thérèse de l’Enfant-Jésus, consiste surtout en ce qu’ayant entendu l’appel de Dieu, elle lui obéit avec la plus grande promptitude et la plus entière fidélité. Sans que sa manière de vivre sortît de l’ordinaire, elle suivit sa vocation et la consomma avec tant de ferveur, de générosité et de constance qu’elle atteignit à l’Héroïcité des Vertus.
C’est de notre temps, où les hommes recherchent avec tant de passion les biens temporels, que vécut cette jeune Vierge, dans la pratique sereine et courageuse des vertus, en vue de la vie éternelle et pour procurer la gloire de Dieu. Puisse son exemple, confirmer dans l’exercice des Vertus, non seulement ceux qui habitent les cloîtres, mais les fidèles qui vivent dans le monde, et les conduire à une vie plus parfaite !
Implorons tous, en nos nécessités présentes, la protection de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, afin que, sur nous aussi, par Son intercession, descende une Pluie de Rosés, c’est-à-dire les grâces dont nous avons besoin.
De science certaine, et dans toute la plénitude de Notre Autorité Apostolique, Nous affirmons et confirmons tout ce qui précède, et de nouveau Nous le décrétons et ordonnons, et Nous voulons que les copies de ces Lettres, même imprimées, pourvu cependant qu’elles soient signées d’un notaire public et munies du sceau d’un personnage constitué en dignité ecclésiastique, aient la même valeur que si Nos Lettres originales elles-mêmes étaient produites ou montrées.
Que personne donc n’ose attaquer ou contredire ces Lettres de Notre Décision, Décret, Mandat ou Volonté ; si quelqu’un avait la témérité de le tenter, qu’il sache qu’il encourrait l’indignation du Dieu Tout-Puissant et de Ses Saints Apôtres Pierre et Paul.
Donné à Rome près Saint-Pierre, l’an du Seigneur mil neuf cent vingt-cinq, le dix-septième jour du mois de mai, de Notre Pontificat l’an quatrième. »
Source Archives du Carmel de Lisieux


