Pour la première fois depuis le lancement du Chemin synodal allemand en 2019, des catholiques laïcs ont décidé de s’organiser publiquement afin de proposer une alternative aux structures ecclésiales qu’ils jugent désormais éloignées de l’enseignement de l’Église. Réunis le dimanche 12 juillet 2026 à Offenbach-am-Main, près de Francfort, ils ont fondé l’association Pro Fide Ecclesiae, avec l’ambition de défendre la foi catholique et de rassembler ceux qui ne se reconnaissent ni dans le Comité central des catholiques allemands (ZdK), ni dans les orientations soutenues par une partie de l’épiscopat.
Parmi les membres fondateurs figure Monseigneur Marian Eleganti, évêque émérite de Coire, en Suisse, devenu au fil des années l’une des voix les plus critiques du Chemin synodal. Il résume l’objectif du mouvement en une phrase sans détour : « Nous voulons défendre la foi contre les interprétations hérétiques et les falsifications. »
Le nouveau mouvement se présente comme une association canonique de laïcs inspirée du décret conciliaire Apostolicam Actuositatem, promulgué par le Concile Vatican II en 1965, tout en restant ouverte aux prêtres et aux autres membres du clergé. Son objectif est clair : promouvoir une fidélité sans ambiguïté au magistère de l’Église et créer un réseau avec les autres associations partageant cette même ligne doctrinale. Son président, l’avocat Thommy Schott, estime qu’un grand nombre de catholiques allemands sont aujourd’hui privés de représentation.
« Nous ne sommes pas une minorité dans les paroisses », affirme-t-il, regrettant que les fidèles attachés à l’enseignement traditionnel de l’Église soient devenus pratiquement invisibles dans les débats officiels comme dans les médias. Le déclic serait venu du récent Katholikentag organisé à Wurtzbourg, où plusieurs interventions ont, selon lui, entretenu une confusion croissante entre la foi catholique et certaines revendications sociétales. « Les expressions forgées par les promoteurs des réformes ont contribué à ces erreurs, tout comme une partie de la presse qui remplit de moins en moins son devoir d’informer », déclare-t-il. L’avocat rejette également plusieurs des principales revendications portées depuis plusieurs années par le Chemin synodal.
« L’abolition du célibat sacerdotal, l’ordination des femmes et une morale sexuelle contraire à la Sainte Écriture ne représentent pas une autre manière d’être catholique ; elles ne sont tout simplement pas catholiques », affirme-t-il.
Lancé officiellement le 1er décembre 2019 par la Conférence épiscopale allemande et le ZdK, le Chemin synodal entendait répondre à la crise des abus sexuels en engageant une vaste réflexion sur la gouvernance de l’Église. Mais au fil des assemblées, les propositions concernant l’ordination des femmes, la bénédiction des couples homosexuels, la morale sexuelle ou encore le partage du pouvoir dans l’Église ont suscité de nombreuses réserves. Le Saint-Siège est intervenu à plusieurs reprises pour rappeler que l’Église en Allemagne ne pouvait adopter seule des orientations engageant l’Église universelle.
C’est précisément ce risque de rupture que veut éviter Pro Fide Ecclesiae. Pour Thommy Schott, une division de l’Église en Allemagne aurait inévitablement des conséquences bien au-delà de ses frontières. « Une division de l’Église en Allemagne est une division de l’Église universelle, parce que nous sommes un », insiste-t-il. Le nouveau mouvement invite désormais les laïcs, les prêtres et tous les fidèles attachés au magistère à le rejoindre. Son ambition dépasse la seule contestation du Chemin synodal : il veut démontrer qu’en Allemagne existe encore un catholicisme profondément enraciné dans la Tradition de l’Église et convaincu que, selon les mots de son président, « la foi de nos pères est la véritable foi ».


