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Monseigneur Ulrich et Monseigneur Beau pouvaient-ils accepter les honneurs de la République ?

Monseigneur Ulrich  - Monseigneur Beau - Eglise catholique
Monseigneur Ulrich - Monseigneur Beau - Eglise catholique
Au lendemain de l'adoption définitive de la loi sur l'« aide à mourir », la promotion de Monseigneur Laurent Ulrich au grade d'officier de la Légion d'honneur et la nomination de Monseigneur Jérôme Beau comme chevalier interrogent

Le calendrier est parfois plus éloquent que les discours. Le 14 juillet, le Journal officiel publie la promotion de Monseigneur Laurent Ulrich, archevêque de Paris, au grade d’officier de la Légion d’honneur, ainsi que la nomination de Monseigneur Jérôme Beau, archevêque de Poitiers, comme chevalier. Vingt-quatre heures plus tard, la France adopte définitivement la loi ouvrant la voie à l’« aide à mourir », malgré les mises en garde répétées de l’Église catholique.

Personne ne conteste ici les années de ministère des deux archevêques. La Légion d’honneur vient officiellement saluer un parcours au service de l’Église et de la société. Mais un évêque est-il seulement un homme que l’on récompense pour sa carrière ? Ou est-il aussi un pasteur appelé, dans certaines circonstances exceptionnelles, à poser des gestes qui parlent plus fort que les mots ? La question mérite d’être posée.

Monseigneur Laurent Ulrich n’est d’ailleurs pas une personnalité qui laisse les fidèles indifférents. Ces derniers mois, son soutien au projet de remplacement de plusieurs vitraux contemporains de Notre-Dame de Paris, pourtant préservés par l’incendie, a suscité une vive contestation. Historiens de l’art, défenseurs du patrimoine et de nombreux catholiques ont dénoncé un projet qu’ils jugent inutile et contraire à l’esprit de la restauration de la cathédrale. Cette affaire a renforcé chez certains le sentiment d’un épiscopat davantage soucieux d’accompagner les choix des pouvoirs publics que de s’y opposer lorsque les circonstances l’exigent.

Aujourd’hui, un autre symbole interpelle. Depuis des mois, les évêques de France dénoncent une « rupture grave » et un « basculement anthropologique » à propos de la légalisation de l’« aide à mourir ». Les communiqués se sont succédé, les appels à la prière également. Pourtant, au moment même où la République franchit cette ligne rouge, deux de ses plus hauts représentants dans l’Église de France acceptent l’une des plus prestigieuses distinctions de l’État.

Bien sûr, la Légion d’honneur récompense une « carrière » ; elle ne vaut pas adhésion à la politique du gouvernement. Personne ne prétend le contraire. Mais les symboles ont leur propre langage.

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Les catholiques attendent de leurs évêques davantage que des déclarations. Ils espèrent des témoignages capables de manifester clairement que certains principes ne souffrent aucun compromis. A un moment de l’Histoire où la vie humaine devient l’objet d’une simple décision parlementaire, un geste fort aurait sans doute marqué davantage les consciences que de certaines prises de parole.

À l’instar de Rachida Brakni, qui a choisi de refuser la Légion d’honneur par fidélité à sa conscience, Monseigneur Laurent Ulrich – comme Monseigneur Jérôme Beau – pourraient encore poser un acte d’une tout autre portée. L’heure n’est peut-être pas aux honneurs de la République lorsque celle-ci vient de légaliser ce que l’Église considère comme une atteinte fondamentale au caractère sacré de la vie.

Rendre cette distinction serait aujourd’hui un véritable geste de cohérence. Un tel renoncement ne serait ni un affront à la Nation ni un geste partisan. Il serait un témoignage de fidélité à l’enseignement constant de l’Église et rappellerait qu’il existe des circonstances où la force d’un symbole dépasse celle de bien des discours. Dans les périodes décisives de l’histoire, les symboles comptent autant que les paroles. Un refus – ou le retour de cette distinction – aurait une portée considérable. Il dirait aux fidèles, mais aussi à tous les Français, que certains principes sont si essentiels qu’ils valent davantage que les plus hautes décorations de l’État. Ce geste silencieux résonnerait sans doute plus fort que bien des communiqués et rappellerait qu’un évêque est d’abord le témoin de l’Évangile avant d’être le récipiendaire des honneurs de la République.

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