jusqu’à la mort, Jean demeura fidèle à la mission reçue de Dieu.Il aurait suffi à Jean-Baptiste de se taire. Il ne l’a pas fait.Le prophète qui avait appelé les foules à la conversion sur les rives du Jourdain n’adoucit pas son discours lorsqu’il se trouve confronté au pouvoir. Hérode Antipas vit avec Hérodiade, la femme de son frère. Jean lui rappelle sans détour l’interdit : « Tu n’as pas le droit de prendre la femme de ton frère. » Cette parole lui coûtera sa liberté, puis sa vie.
Hérode fait arrêter Jean et le jette en prison. L’Évangile selon saint Marc apporte pourtant une précision remarquable : le souverain sait que Jean est « un homme juste et saint ». Il le craint, le protège même d’une certaine manière et l’écoute volontiers, tout en restant profondément embarrassé par ses paroles. Hérodiade, elle, veut la mort du prophète. L’occasion se présente lors de l’anniversaire d’Hérode. Un banquet est organisé pour les grands de la cour, les officiers et les notables de Galilée. La fille d’Hérodiade danse devant les convives et plaît à Hérode.
Emporté par son enthousiasme, celui-ci lui promet de lui accorder ce qu’elle demandera, allant jusqu’à évoquer la moitié de son royaume. La jeune fille consulte alors sa mère. La réponse d’Hérodiade est terrible : la tête de Jean-Baptiste.
Hérode est attristé. Mais plutôt que de revenir sur une promesse insensée prononcée devant ses invités, il cède. Un garde est envoyé dans la prison. Jean est décapité et sa tête apportée sur un plat avant d’être remise à la jeune fille. Ses disciples viendront ensuite recueillir son corps et le déposer dans un tombeau. La tradition situe son emprisonnement et son exécution dans la forteresse de Machéronte, à l’est de la mer Morte.
La mort de Jean-Baptiste ne peut être séparée de toute sa vie. Dès le commencement de sa prédication, il ne cherche pas à attirer les hommes à lui mais à les préparer à rencontrer le Christ.
« Il faut qu’il grandisse et que moi, je diminue », dit-il dans l’Évangile selon saint Jean. Jean accepte ainsi de disparaître derrière Celui qu’il est venu annoncer. Il avait baptisé Jésus dans les eaux du Jourdain. Il avait désigné devant ses disciples « l’Agneau de Dieu ». Il avait préparé le chemin. Son martyre devient l’ultime accomplissement de cette mission. Sa mort annonce également, d’une certaine manière, celle du Christ : un innocent est condamné alors même que le détenteur du pouvoir sait qu’il ne mérite pas la mort. Hérode cède devant ses convives comme, plus tard, Pilate cédera devant la foule.
L’Église voit ainsi en Jean non seulement le Précurseur dans la naissance et la prédication, mais également celui qui précède le Seigneur dans le sacrifice de sa vie.La mémoire de son martyre est très ancienne. Elle était déjà célébrée en Gaule au Ve siècle et à Rome au siècle suivant.Le Martyrologe romain retient surtout de Jean-Baptiste cette fidélité jusqu’au bout : le Précurseur a rendu témoignage à la vérité dans sa mort comme il l’avait fait durant toute son existence.
Deux mille ans plus tard, son martyre conserve une force particulière. Jean ne choisit ni l’accommodement avec le pouvoir, ni le silence qui lui aurait probablement sauvé la vie. Il rappelle qu’annoncer la vérité n’est pas seulement la proclamer lorsqu’elle est bien accueillie, mais lui demeurer fidèle lorsqu’elle dérange, lorsqu’elle coûte et, parfois, lorsqu’elle conduit jusqu’au sacrifice.


