Vingt-deux ans après le choc mondial provoqué par La Passion du Christ, Mel Gibson n’en a manifestement pas terminé avec l’Évangile. Dans un long entretien accordé à Raymond Arroyo, le réalisateur parle moins de cinéma que de foi, de sacrifice, de Providence, de conversion et de vie éternelle. Le projet l’occupe depuis près de vingt ans, dont dix consacrés à l’écriture. Cette fois, le cinéaste entend aller au-delà des dernières heures de la vie terrestre du Christ pour aborder ce qui constitue, à ses yeux, le cœur du christianisme : la Résurrection.
« Ce n’est pas le sommet », répond-il lorsque Raymond Arroyo évoque la Passion comme l’aboutissement du récit évangélique. « C’est une partie, un événement immense, certes. Mais ce qui est véritablement stupéfiant, c’est que quelqu’un revienne à la vie par sa propre puissance après une mort publique, puis se montre de nouveau publiquement. » Mel Gibson insiste sur le témoignage de ceux qui ont affirmé avoir vu le Ressuscité :
« Il n’y a pas que les apôtres qui l’ont vu : des centaines de personnes l’ont vu, en ont été témoins et l’ont proclamé. » La Résurrection du Christ ne sera donc pas un simple épilogue à La Passion. Le réalisateur veut montrer que le Golgotha ne peut être compris sans le tombeau vide.
Revenant sur La Passion du Christ, sorti en 2004, Mel Gibson assume le réalisme extrême qui avait suscité tant de critiques. « Les représentations précédentes étaient édulcorées : elles donnaient l’impression que c’était facile, alors que ça ne l’était pas. Je voulais que ce soit aussi réel que possible. » La violence du supplice devait, selon lui, rendre perceptible l’ampleur du sacrifice : « Ce n’était pas quelque chose fait à moitié. C’était tout, jusqu’à la dernière goutte. Il n’y avait aucune réserve : c’était l’Agneau entièrement offert. » Plus de deux décennies après la sortie du film, l’acteur-réalisateur dit avoir été particulièrement marqué par les témoignages de conversions reçus au fil des années.
« J’ai vu des lettres témoignant de conversions. Il y a eu des gens qui, après avoir vu le film, sont allés confesser des crimes graves qu’ils avaient gardés secrets pendant des années. C’est incroyable, la puissance qu’il a eue. »
L’un des passages les plus spirituels de l’entretien concerne la Vierge Marie. Mel Gibson explique avoir voulu montrer une mère accompagnant son Fils jusqu’au Calvaire dans une profonde humilité. « Elle était une créature d’humilité. Elle ne voulait pas attirer l’attention ; elle restait toujours en retrait. Elle parlait lorsqu’elle devait parler. Elle était comme une mère pour tous les apôtres. Son grand trésor était l’humilité. » Le cinéaste poursuit : « Imaginez ce que cela signifie de mettre quelqu’un au monde et de le voir souffrir ainsi devant vous… et de l’accepter. Et pas seulement de l’accepter : de pardonner. » Mel Gibson confirme également l’influence des visions de la bienheureuse Anne-Catherine Emmerich sur sa représentation de Notre-Dame des Douleurs.
Le nouveau film doit parcourir les grandes étapes de l’histoire du salut, d’Abraham à Moïse et David, afin de montrer leur accomplissement dans le Christ. « Si vous lisez la Septante, les livres anciens, tout est prophétie christique. Et tout s’accomplit en un seul homme », affirme le réalisateur. Autre changement majeur : contrairement à La Passion du Christ, largement tournée en araméen et en latin, La Résurrection du Christ a été filmée en anglais. Mel Gibson estime que la complexité du récit rendait cette fois les sous-titres trop contraignants.
Le réalisateur garde en revanche une part de mystère. Il révèle qu’un seul acteur de La Passion du Christ apparaîtra de nouveau dans La Résurrection du Christ, sans dévoiler son identité. « Nous allons laisser planer le suspense », se contente-t-il de répondre. Un détail qui ne manquera pas d’alimenter les spéculations à l’approche de la sortie.
Raymond Arroyo interroge enfin Mel Gibson sur les deux décennies nécessaires pour faire aboutir le projet. Le cinéaste y discerne la Providence : « Je pensais que cela arrivait tard, vingt-trois ans après. En réalité, cela arrive probablement juste au bon moment. Ce n’est pas mon calendrier. » Il rapporte alors un conseil reçu de son père, qui lui reprochait de trop s’inquiéter : « Non, c’est un péché. Parce que cela révèle un manque évident de foi dans la Providence et en Dieu. » Mais la déclaration la plus saisissante arrive peut-être à la fin de l’entretien. Interrogé sur ce qui attend l’homme lorsque tout s’achève, Mel Gibson répond immédiatement : « Quatre choses. Vous savez lesquelles : la mort, le jugement, le Ciel, l’enfer. Il faut donc se préparer. »
À cet instant, il n’est presque plus question de promotion cinématographique. Au-delà de l’œuvre cinématographique et de l’attente considérable qu’elle suscite, Mel Gibson remet le spectateur devant la question qui traverse deux mille ans de christianisme : si le Christ est réellement ressuscité, alors la mort n’a pas eu le dernier mot. Le cinéma peut représenter le Golgotha, la pierre roulée et le matin de Pâques, mais il ne peut épuiser le mystère qu’il met en scène. Pour les chrétiens, la Résurrection n’est pas seulement le dénouement extraordinaire d’une histoire : elle est le cœur de la foi et la promesse d’une victoire offerte à tous.
Et lorsque les lumières de la salle se rallumeront, l’essentiel ne sera peut-être pas ce que Mel Gibson aura réussi à montrer à l’écran, mais Celui vers lequel son film entend tourner les regards : Jésus-Christ, crucifié et ressuscité, vainqueur de la mort, hier, aujourd’hui et pour les siècles.


