Le titre choisi est à lui seul une interrogation adressée à notre époque : « Le XXIe siècle : un nouveau temps de martyrs ? » Le 15 septembre prochain, l’Institut patristique Augustinianum, à Rome, accueillera un colloque consacré aux nouveaux martyrs et témoins de la foi. Sa présentation officielle a eu lieu ce jeudi 10 septembre à la Salle de presse du Saint-Siège. Le cardinal Marcello Semeraro, préfet du Dicastère pour les Causes des Saints, Mgr Fabio Fabene et l’historien Andrea Riccardi ont présenté une initiative qui dépasse largement le cadre habituel des procès de béatification et de canonisation. Car l’enjeu est précisément là : tous les martyrs ne seront pas nécessairement canonisés, mais aucun témoignage donné jusqu’au sang ne devrait disparaître de la mémoire de l’Église.
Donner un nom aux martyrs oubliés La Commission des nouveaux martyrs – témoins de la foi, instituée par le pape François en 2023 et désormais rattachée de manière stable au Dicastère pour les Causes des Saints, a reçu une mission considérable : élaborer un catalogue de ceux qui, à notre époque, « ont versé leur sang pour confesser le Christ et témoigner de l’Évangile ». Cette démarche élargit singulièrement le regard. Le cardinal Semeraro l’a rappelé : « la grâce de la sainteté dans l’Église est signifiée, mais non épuisée par les canonisations ».
Autrement dit, la sainteté ne commence pas avec un décret romain. L’histoire contemporaine du christianisme est peuplée de prêtres assassinés, de religieux et religieuses tués dans leur mission, mais aussi de laïcs, de pères et mères de famille, de catéchistes ou de simples fidèles dont le nom demeure parfois inconnu en dehors de leur communauté.
Certains pourront un jour faire l’objet d’une cause de béatification. Beaucoup probablement jamais. Leur sacrifice n’en appartient pas moins à l’histoire chrétienne. « La capacité de souffrir pour la vérité est mesure d’humanité » Le cardinal Semeraro a surtout donné à cette entreprise une profondeur qui dépasse le seul travail historique. Il a choisi de citer Benoît XVI et son encyclique Spe salvi : « La capacité de souffrir pour l’amour de la vérité est mesure d’humanité. » Cette phrase prend une résonance particulière lorsqu’elle est appliquée aux martyrs contemporains.
Le martyr chrétien n’est pas celui qui recherche la mort ni celui qui méprise la vie. Il est celui qui, placé devant l’alternative entre renier sa foi et en supporter les conséquences, demeure fidèle.
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C’est précisément parce que la vie est un bien qu’en faire don pour la vérité constitue, dans la tradition chrétienne, l’un des témoignages les plus élevés de la liberté humaine. À une époque où le christianisme peut sembler, vu d’Europe occidentale, appartenir essentiellement au domaine de l’opinion ou de l’identité culturelle, la réalité du martyre rappelle brutalement qu’ailleurs porter une croix, entrer dans une église, annoncer l’Évangile ou simplement refuser de renier le Christ peut encore coûter la vie.
Un « martyrologe commun » aux chrétiens. Le troisième aspect souligné par Rome est moins connu mais essentiel : celui de l’œcuménisme. La Commission ne limite pas son regard aux seuls catholiques. Jean-Paul II évoquait déjà en 1995, dans Ut unum sint, l’existence d’un « martyrologe commun » entre les chrétiens. Catholiques, orthodoxes, protestants et membres d’autres communautés chrétiennes ont connu et connaissent encore la persécution. Face au bourreau, les divisions historiques entre chrétiens deviennent parfois étrangement secondaires. Celui qui tue un chrétien en raison de sa foi ne lui demande pas nécessairement de préciser son appartenance confessionnelle.
C’est ce que le pape François avait voulu mettre en lumière en demandant que soient rassemblés, à côté des martyrs officiellement reconnus par l’Église, les témoignages documentés de nombreux autres chrétiens. Le colloque du 15 septembre ne cherchera donc pas seulement à regarder vers le passé. Sa question concerne directement notre présent. Le XXe siècle avait déjà été marqué par une multitude de martyrs, victimes des totalitarismes, des persécutions antireligieuses et des guerres. Les premières décennies du XXIe siècle montrent que cette histoire n’est nullement terminée. Et c’est peut-être là le paradoxe : tandis qu’une partie du monde occidental considère parfois le christianisme comme une réalité vieillissante, des hommes et des femmes continuent, ailleurs, de mourir simplement parce qu’ils refusent de renoncer au nom du Christ.


