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Lutte ouvrière attaque le pape Léon XIV : la vieille antienne anticléricale face au réveil catholique

Les Champs- Elysées lors de la Messe de la Concorde - @tribunechretienne
Les Champs- Elysées lors de la Messe de la Concorde - @tribunechretienne
Le 27 septembre, alors que le voyage de Léon XIV en France n’était même pas achevé, Lutte ouvrière dénonçait déjà le « combat réactionnaire » du Pape, notamment contre l’avortement. Une charge idéologique qui peine à masquer une réalité autrement plus dérangeante pour les tenants d’un anticléricalisme d’un autre âge

Par Philippe Marie

« La messe n’est pas dite » : Le titre choisi par Lutte ouvrière voulait être spirituel. Il pourrait finalement se retourner contre ses auteurs. Le 27 septembre, alors que Léon XIV se trouvait encore en France et que son voyage apostolique devait se poursuivre le lendemain à Metz, Lutte ouvrière avait déjà rendu son verdict. Le mouvement trotskiste dénonçait le « combat réactionnaire » du Pape contre « les droits à la contraception » et « à l’avortement ». Une condamnation publiée avant même que le voyage pontifical ne soit achevé. Il fallait oser réduire ainsi ce qui venait de se passer en France.

Car ces jeunes n’ont pas été conduits de force au Stade de France, pas davantage que les fidèles venus prier à Paris ou à Lourdes. Ils sont venus librement. Ils ont prié, chanté, confessé leur foi et écouté le successeur de Pierre leur parler du Christ. Face à cela, quelques tristes sires continuent de ressortir les vieilles antiennes d’un anticléricalisme que l’on croyait appartenir à un autre siècle : derrière une foule catholique, il faudrait nécessairement chercher une manipulation ; derrière l’annonce de l’Évangile, une entreprise réactionnaire ; derrière la défense de la vie, une volonté d’imposer. C’est surtout refuser de regarder ce qui s’est passé sous leurs yeux.

Parce que l’Église affirme que la dignité humaine ne dépend ni de l’âge, ni de la santé, ni de l’utilité sociale, elle serait réactionnaire. Parce qu’elle enseigne que la vie humaine doit être respectée et protégée de sa conception jusqu’à sa fin naturelle, elle serait réactionnaire. Parce qu’elle refuse de modeler sa doctrine sur les transformations successives de l’opinion publique, elle serait réactionnaire.

Mais depuis quand la vérité d’une conviction se mesure-t-elle à sa conformité avec l’air du temps ?

L’Église ne demande pas au monde l’autorisation de proclamer ce qu’elle croit vrai. Elle a reçu une mission : annoncer Jésus-Christ, rappeler la dignité de toute personne humaine et défendre les plus vulnérables. Elle n’est ni un parti politique ni une agence chargée d’accompagner docilement chaque évolution de la société. Il y a d’ailleurs quelque chose de singulier à voir un mouvement qui prétend défendre les plus faibles reprocher à l’Église de vouloir protéger ceux qui ne peuvent précisément pas se défendre eux-mêmes.

Et que l’on ne vienne pas réduire l’enseignement catholique aux seules questions de bioéthique. Depuis Rerum novarum, l’Église a développé un enseignement considérable sur la dignité du travail, le juste salaire, l’exploitation des travailleurs, la destination universelle des biens, la solidarité et les devoirs des puissances économiques. L’Église n’a attendu ni Marx ni Trotski pour entendre le cri des pauvres : l’Évangile l’y oblige depuis deux mille ans. C’est peut-être précisément ce qui dérange.

Tant que les églises se vidaient, que la foi semblait condamnée à disparaître progressivement de l’espace public et que le christianisme pouvait être relégué au patrimoine, certains pouvaient regarder l’Église avec condescendance. Mais lorsque des foules se rassemblent, lorsque des jeunes affichent leur foi sans complexe et lorsque le Pape rappelle publiquement que l’Évangile comporte des exigences qui ne se négocient pas, les vieux réflexes anticléricaux réapparaissent. Lutte ouvrière invite enfin ceux qui refusent les injustices à ne pas attendre un « au-delà mythique », mais à changer la société « aujourd’hui et ici-bas ». C’est méconnaître profondément le christianisme. L’espérance de la vie éternelle n’a jamais dispensé le chrétien d’agir dans le monde et le pape l’a clairement rappelé lors de son discours à l’Elysée.

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« Le chrétien impliqué dans la vie publique ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie » affirme Léon XIV à l’Elysée » – Léon XIV au Palais de l’Elysée le 25 septembre 2026

L’Eglise a au contraire suscité, au fil des siècles, d’innombrables œuvres au service des pauvres, des malades, des mourants, des prisonniers, des personnes handicapées et des exclus. Le voyage de Léon XIV aura au moins révélé quelque chose que certains ne veulent toujours pas voir : une génération que l’on imaginait définitivement éloignée du christianisme manifeste de nouveau, publiquement, sa soif de Dieu. On peut combattre ce réveil, le caricaturer ou tenter de l’enfermer dans les catégories politiques du siècle dernier. On ne peut plus faire comme s’il n’existait pas.

Alors oui, sur un point au moins, Lutte ouvrière a trouvé le bon titre. La messe n’est pas dite. Et à voir la jeunesse catholique française relever la tête, elle est peut-être même loin d’être terminée.

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