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Léon XIV appelle les chrétiens à l’exigence : « Ce n’est pas en édulcorant les contenus que l’on rend le christianisme attirant »

Léon XIV en juin 2025 - Depositphotos
Léon XIV en juin 2025 - Depositphotos
Intégralité du texte : Mercredi 7 octobre, place Saint-Pierre, Léon XIV a poursuivi sa catéchèse sur Gaudium et spes. Face aux « modes culturelles », le Pape rappelle que l’Église doit habiter pleinement le monde sans jamais soumettre la vérité de l’Évangile aux critères du monde

Il y a dans cette nouvelle catéchèse de Léon XIV une distinction essentielle : être présent au monde ne signifie pas devenir semblable au monde. En commentant le quatrième chapitre de Gaudium et spes, consacré à la mission de l’Église dans le monde contemporain, le Pape refuse simultanément deux tentations : celle d’une Église retranchée de l’histoire et celle d’une Église qui, pour être acceptée, abandonnerait progressivement ce qu’elle a reçu mission de transmettre.

« L’Église n’est ni “au-dessus” ni “à côté” du monde, mais elle y est comme enracinée », rappelle Léon XIV en reprenant saint Augustin : Mundus reconciliatus Ecclesia, « l’Église est un monde déjà réconcilié avec Dieu ».

Cette présence au monde découle de l’Incarnation elle-même. Le Christ n’a pas sauvé l’homme à distance : le Verbe s’est fait chair. L’Église ne peut donc être étrangère aux souffrances, aux cultures et aux interrogations des hommes. Mais elle n’y entre pas les mains vides. Elle y porte Celui qu’elle a reçu.

Un cœur « fait pour regarder vers le ciel »

C’est pourquoi Léon XIV situe la première mission de l’Église à un niveau plus profond que la seule organisation sociale : « aider les personnes à s’interroger sur les questions profondes de la vie », celles de l’origine, de la destinée, de l’amour et de la souffrance. Le Pape oppose cette profondeur à deux puissances contemporaines : « la logique du profit à tout prix » et « la manipulation de l’information », capables d’enfermer l’homme dans « un mode de vie centré sur la consommation de biens matériels ». Puis vient cette affirmation qui donne à son propos sa véritable hauteur : « notre cœur est fait pour regarder vers le ciel ». L’anthropologie chrétienne tient tout entière dans cette orientation. L’homme appartient à la terre, mais sa fin ne se trouve pas dans la terre. Aucun progrès matériel, aucune prospérité économique, aucune accumulation de biens ne peuvent satisfaire définitivement un être créé pour Dieu.

La foi ne peut être séparée de la vie

Cette orientation vers le Ciel ne signifie pourtant aucun désintérêt pour la cité terrestre. Le chrétien adore le Christ « le Juste mort pour les injustes » et ne peut donc « accepter l’oppression des petits et des pauvres, ni les structures inéquitables ». Mais Léon XIV pose une frontière fondamentale : les méthodes et la finalité de l’Église « ne sont pas avant tout d’ordre politique ». Son action procède « du témoignage de la foi et de la charité », avec la justice, la paix et la fraternité. Cette exigence vaut d’abord pour les baptisés eux-mêmes. Reprenant Gaudium et spes, le Pape rappelle que le divorce entre « la foi professée et la vie quotidienne » compte « parmi les plus graves erreurs de notre temps ».

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Il ne suffit donc pas de confesser le Christ : la foi réclame une existence transformée par la grâce. Cette responsabilité appartient particulièrement aux laïcs, appelés « à animer le monde par l’esprit chrétien et la vision de l’Évangile ». Léon XIV désigne deux lieux privilégiés de cette vocation : la famille et le monde du travail. Leur mission ne consiste pas à cléricaliser la société, mais à sanctifier les réalités temporelles de l’intérieur.

Ni suivre les modes, ni édulcorer l’Évangile

C’est probablement ici que la catéchèse devient la plus incisive. Le discernement chrétien, enseigne Léon XIV, doit conserver pour « critère suprême » la Parole de Dieu et la Tradition de l’Église.

L’ouverture au monde exige donc « un esprit équilibré et libre de toute mode culturelle », capable à la fois de reconnaître ce qui est bon dans son époque et de demeurer « ferme dans la sauvegarde et la présentation du message évangélique dans son intégralité ».

Et le Pape reprend une formule qu’il avait déjà prononcée en mai : « Ce n’est certainement pas en édulcorant les contenus et en baissant les exigences que l’on peut rendre le christianisme attirant. » Cette phrase récuse une conception de l’évangélisation qui mesurerait la vérité chrétienne à son degré d’acceptabilité culturelle. L’Église peut approfondir son langage, ses méthodes et son intelligence des hommes ; elle ne dispose pas pour autant du dépôt de la foi comme d’une matière qu’elle pourrait remodeler au gré des époques. La conclusion de Léon XIV ramène finalement toute mission à sa source : la sainteté. Citant saint Paul VI, il avertit que sans elle, « notre parole fera difficilement son chemin dans le cœur de l’homme de ce temps ».

L’Église ne transformera donc pas le monde en lui ressemblant davantage, mais en devenant davantage ce qu’elle est appelée à être : sainte, fidèle au Christ et charitable envers tous.

LÉON XIV

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 7 octobre 2026

Catéchèse. Les documents du Concile Vatican II IV. Constitution Gaudium et spes 5. La mission de l’Église dans le monde contemporain (GS, 40-45)

« Frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Poursuivant notre réflexion sur la Constitution conciliaire Gaudium et spes (GS), aujourd’hui nous abordons le quatrième chapitre de la première partie, consacré à la mission de l’Église dans le monde contemporain.

Tout d’abord, le Concile rappelle que l’Église n’est ni “au-dessus” ni “à côté” du monde, mais qu’elle y est comme enracinée. « Mundus reconciliatus Ecclesia », écrivait saint Augustin (Sermon 96) : l’Église est un monde déjà réconcilié avec Dieu ; nous sommes des pèlerins sur terre et nous partageons avec ce monde sa fragilité et sa beauté (cf. GS, 40).

Comme le Fils de Dieu s’est incarné pour donner la vie au monde et le réconcilier avec le Père, ainsi l’Église habite le monde comme signe de l’incarnation de Dieu pour manifester son dessein de faire de nous tous ses enfants au sein d’une seule et grande famille humaine. C’est pourquoi l’Église chemine dans l’histoire au milieu des peuples et des cultures, et « cette imbrication de vie avec les peuples lui fait comprendre de plus en plus que sa mission revêt une portée historique et implique une responsabilité vis-à-vis de la manière dont se tissent les relations sociales » (Lettre encyclique Magnifica Humanitas, 19).

La première mission de l’Église est d’aider les personnes à s’interroger sur les questions profondes de la vie : celles qui concernent notre origine et notre destin, ainsi que celles qui portent sur le sens de l’amour et de la souffrance (cf. GS, 41). La logique du profit à tout prix et la manipulation de l’information risquent d’exercer une pression indue pour que les personnes se conforment à un mode de vie centré sur la consommation de biens matériels, mais notre cœur est fait pour regarder vers le ciel.

Les Pères du Concile rappellent que la mission de l’Église se réalise également en contribuant à la construction de la cité terrestre. Cependant, ses méthodes et sa finalité ne sont pas avant tout d’ordre politique, mais consistent dans le témoignage de la foi et de la charité, ainsi que dans l’engagement en faveur de la justice, de la paix et de la fraternité. En adorant le Christ, le Juste mort pour les injustes, le croyant ne peut accepter l’oppression des petits et des pauvres, ni les structures inéquitables qui perpétuent des conditions de dépendance et d’injustice. La doctrine sociale de l’Église guide l’action des chrétiens, qui collaborent avec toutes les personnes de bonne volonté pour promouvoir le bien commun. « Ce que l’Église, désire par-dessus tout, c’est de pouvoir se développer librement, à l’avantage de tous, sous tout régime qui reconnaît les droits fondamentaux de la personne, de la famille, et les impératifs du bien commun » (GS, 42).

Pour accomplir efficacement la mission évangélique, il est nécessaire que chaque baptisé s’engage à coopérer avec la grâce de l’Esprit-Saint, afin que sa foi soit vivante et s’exprime par des comportements cohérents. En effet, comme le rappellent les Pères conciliaires, le divorce entre la foi professée et la vie quotidienne « est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps » (GS, 43).

Gaudium et spes réserve une mention particulière (cf. ibid.) à la mission des fidèles laïcs qui, en vertu de leur baptême, sont appelés à animer le monde par l’esprit chrétien et la vision de l’Évangile. Les principaux lieux de cette action, que l’on peut à juste titre qualifier de sacerdotale, sont sans aucun doute la famille et le monde du travail, mais elle s’étend à tous les domaines de la vie.

Enfin, l’Église est toujours attentive à ce qui se passe et se développe dans la société (cf. GS, 44). Il appartient à tout le Peuple de Dieu, en particulier aux pasteurs et aux théologiens, de discerner ce qui, dans les cultures de notre temps, mérite d’être pris en considération, en ayant toujours pour critère suprême de discernement la Parole de Dieu et la Tradition de l’Église. Cela exige un esprit équilibré et libre de toute mode culturelle, capable de porter un regard positif sur le monde tout en restant ferme dans la sauvegarde et la présentation du message évangélique dans son intégralité. En effet, « ce n’est certainement pas en édulcorant les contenus et en baissant les exigences que l’on peut rendre le christianisme attirant » (Discours à la séance plénière du Dicastère pour l’Évangélisation – Section des questions fondamentales de l’évangélisation du monde, 28 mai 2026).

Très chers, l’Église, tout en cheminant dans l’histoire, « tend vers un but unique : que vienne le règne de Dieu et que s’établisse le salut du genre humain. » (GS, 45). Elle tend vers ce but avant tout par la sainteté personnelle et l’amour fraternel. Saint Paul VI écrivait : « Sans cette marque de sainteté, notre parole fera difficilement son chemin dans le cœur de l’homme de ce temps. Elle risque d’être vaine et inféconde » (Exhort. ap. Evangelii nuntiandi, 76). Rendons-nous donc dociles à l’action du Saint-Esprit, afin qu’il nous aide à vivre dans la sainteté et la charité, pour que le monde puisse croire et espérer.

* * *

Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins provenant des diocèses d’Amiens, d’Arras, de Marseille et le groupe de “Gens du Voyage”, ainsi aux fidèles venus du Sénégal.

Frères et sœurs, apprenons à cultiver l’ouverture d’esprit et la capacité de porter un regard positif sur les personnes, afin de les aider à accueillir le message évangélique et à devenir des semeurs d’espérance dans la société.

Que Dieu vous bénisse !

Chers frères et sœurs,

notre réflexion porte aujourd’hui sur le quatrième chapitre de la première partie de constitution conciliaire Gaudium et spes, consacré à la mission de l’Église dans le monde contemporain. L’Église n’est ni au-dessus ni à côté du monde, mais elle y est enracinée. Tout comme le Fils de Dieu s’est incarné pour donner la vie au monde et le réconcilier avec le Père, de même l’Église vit dans le monde comme un signe de l’Incarnation de Dieu qui veut faire de nous ses enfants, rassemblés au sein d’une seule et grande famille humaine. La première mission de l’Église est d’aider les personnes à s’interroger sur les questions fondamentales de la vie et de contribuer à l’édification de la cité terrestre. Gaudium et spes réserve une mention particulière à la mission des fidèles laïcs, appelés à imprégner le monde de l’esprit chrétien et de la vision de l’Évangile. Il revient à tout le Peuple de Dieu, en particulier aux pasteurs et aux théologiens, de discerner ce qui, dans les cultures de notre temps, mérite d’être pris en considération, en gardant toujours comme critère suprême de discernement la Parole de Dieu et la Tradition de l’Église. »

Source Vatican

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